Opéra de Lyon : Rusalka ou la féérie tragique

Opéra hautement tragique, Rusalka raconte l’amour impossible entre une fille des eaux et un prince. Devenue muette pour accéder au monde des mortels, l’héroïne va pourtant se confronter à la trahison. Les deux mondes étant incompatibles, c’est sans surprise que les deux protagonistes ne pourront s’aimer que dans la mort.

Après le magnifique Vaisseau fantôme, Rusalka, l’opéra de Dvorak, nous entraîne dans un monde féérique, rappelant La Petite Sirène d’Andersen. Histoire d’un amour impossible, la mise en scène de Stefan Herheim nous fait voyager durant 3h30 de spectacle magnifique. Production du Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles, la mise en scène nous livre ici une interprétation moderne et pessimiste du conte d’origine : Rusalka princesse des eaux devient une prostituée aspirant à une vie conjugale « normale ».

Les décors, merveilleux, décrivent une ville vivant dans l’effervescence : plongés  dans le centre d’une cité d’Europe Centrale, les anonymes passent et repassent au rythme de la musique, dans ce lieu en constante mutation : nous ne sommes donc pas étonnés qu’un sex shop devienne un magasin de robe de mariée puis une boucherie. Le bar sur la gauche nous rappelle Les Noctambules de Hooper passant de Lunatic à Solaris. Cependant l’univers féérique du conte n’est pas oublié dans ce parti pris de modernité.

L’opéra nous fait réellement rêver et nous replonge en enfance, nous sommes ébahis par la fête de l’acte 2 et son lâché de confettis ou par la princesse descendant du ciel dans sa robe à paillettes. Les références d’actualité poussent notre réflexion au cœur d’un monde magique, la tendresse est oubliée et remplacée par un endroit où le sexe est une marchandise, les femmes se métamorphosent en dévergondées et l’héroïne finit comme une prostituée.

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Les allusions à d’autres spectacles présentés par l’Opera de Lyon ces dernières année sont troublantes. A quelques semaines du Vaisseau fantôme, on ne peut s’empêcher de rapprocher Rusalka de l’œuvre de Wagner. Le lyrisme sensuel, ressort du chef d’œuvre romantique, nous rappelle les thèmes prédominants wagnériens. L’errance dans un monde marin nous bouleverse. D’autre part, se servir d’un monde féérique presque enfantin pour traduire une réalité profonde en plus d’être un procédé souvent utilisé nous fait penser à La Petite renarde rusée de Janacek, programmé il y a deux ans à l’Opéra de Lyon : le spectateur se retrouvait la aussi émerveillé par un monde enfantin mais riche d’enseignements.

La réflexion sur l’issue tragique d’un amour impossible perturbe le spectateur. La belle ondine est prise au piège par l’Esprit des eaux. L’eau toujours angoissante est l’élément représentatif du temps qui passe mais aussi de la continuité et de la perte. Comme Lamartine l’évoque dans son poème « Le lac » :

« Eternité, néant, passé, sombres abimes,

Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?

Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes que vous nous ravissez ? »

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L’eau qui engloutit nous invite à réfléchir sur le caractère non réversible de la métamorphose. En effet, Rusalka en  accédant au monde des vivants renonce à son enfance et devient adulte sans jamais pouvoir revenir vers son innocence initiale. Là où l’amour n’était que platonique, un simple reflet, après la transformation, le retour dans le monde des eaux, la passion ne pourra se vivre que dans le monde de la mort. Le charme de cette alliance féérique et tragique nous transporte dans l’au delà. La mise en scène nous enchante. Les applaudissements ne cessent pas, Rusalka est bien là.

 

Et plus si affinités

http://www.opera-lyon.com/spectacle/opera/rusalka

 

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