Opéra de Lyon / La Flûte enchantée : illusion numérique et récit merveilleux

On croit toujours connaitre La Flûte enchantée de Mozart. Les airs nous sont familiers, la musique nous revient en tête. Cependant, on n’a jamais fini de découvrir cet opéra magnifique, ce chef d’œuvre du XVIIIème siècle. Pour clôturer la sublime programmation de l’opéra de Lyon, laissons-nous porter par la mise en scène de Luc de Wit….

 L’originalité de cette représentation est l’œuvre de Pierrick Sorin. Ici rien de classique, l’opéra est centré par une fabrication d’images vidéos en direct. Tout se joue alors sur l’illusion, mais l’illusion anticipée. En effet bien loin des habituels effets spéciaux qui ont pour but de faire croire au spectateur que tout est vrai. Ici, comme une déclaration au public, le metteur en scène implique l’autre dans le trucage visuel. On assiste à la réalisation de la « fausse scène », et l’écran de tulle nous transporte vers une nouvelle poésie. Ce procédé est surprenant et parfois même dérangeant. Cependant, l’opéra lui aussi évolue et quelle belle mise en valeur de la recherche de la vérité par Tamino que de la montrer par un trucage.

 Berlioz écrit « Ici jamais de semblant d’idées, mais des idées bien réelles ; l’inspiration ne faiblit pas un seul instant ». On retrouve en effet le génie de Mozart, par une musique qui surplombe toute interprétation. La Flûte enchantée est une œuvre riche par ses différents registres musicaux que souligne Berlioz justement : le style passionné, le style bouffe et le style religieux antique. Ce dernier est particulièrement mis en valeur par  une magnifique mise en scène des initiés, la puissance du chœur, le talent de Sarastro et l’impact de « O Isis und Osiris ». Comme un hymne à la bonté des Dieux et à la vertu, c’est ce concept qui se personnifie. La musique se fait temple sacré et valeur morale.

 La Flûte enchantée est un conte, une œuvre spectaculaire et populaire, un récit enfantin et merveilleux. Une analyse trop poussée de sa vision didactique abime l’œuvre, cet opéra nécessite un regard simple et lucide, une capacité à se laisser porter par sa dimension onirique. C’est tout d’abord une histoire d’aventure, d’amour et d’amitié. Laissons-nous transporter par les notes, charmer par ces vers :

« Quelle joie de vous retrouver,

Pénétrer joyeux dans le temps, main dans la main.

Une femme qui ne craint ni la nuit ni la mort

Est digne d’être initiée et le sera »

(Les deux hommes en armures, Acte II scène 28)

 

Enfin La Flûte enchantée est une œuvre universelle, ici point de lieu, point de temps établi. On en connait ni l’époque, ni la localisation géographique. Sommes-nous au Japon, en Egypte, aujourd’hui ou en un temps futur ? Peu importe. Cette volonté de ne pas assigner un espace spatiotemporel à l’histoire nous rappelle son caractère universel. L’histoire d’une œuvre qui traverse les époques et les continents. Ce spectacle est pétillant, surprenant, accessible et onirique, laissons nous porter …

Et plus si affinités

http://www.opera-lyon.com/spectacles/opera/fiche-opera/fichespectacle/la-flute-enchantee/

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