On ne naît pas grosse : l’obésité comme une malédiction

Le livre fait grand bruit actuellement, jusqu’aux USA où les chroniques se multiplient. A raison. Car On ne naît pas grosse s’applique à jeter un parpaing résolument nécessaire dans la mare peu ragoutante d’une discrimination sociale intolérable doublée d’une hypocrisie médicale d’envergure.

Aux sources de ce petit ouvrage coup de poing, Gabrielle Deydier et ses 153 kilos. Concernée par les problématiques physiologiques de l’obésité (et ils sont multitude, vous le constaterez au fil des pages), Gabrielle en subit la honte et la ségrégation au quotidien depuis son plus jeune âge. Parce qu’être gros c’est une tare, pire, une malédiction. Et ceux qui ont l’heur de n’en pas souffrir le font clairement sentir aux damnés que le démon de la graisse a possédés.

De ligne en ligne Gabrielle d’une plume incisive et précise comme un scalpel de légiste évoque son propre chemin de croix, ancré dans l’enfance, héritage presque atavique d’une famille en marge, où le rapport au poids pose problème de manière presque générationnelle. Elle y superpose, avec force sources et références, études, statistiques, solutions, protocoles, lois … le regard faussement bienveillant du corps social qui ne peut endiguer la haine déclenchée en ces temps de maigreur impératrice.

Aux yeux du péquin moyen d’esprit et de taille, le gros n’est pas un handicapé, déséquilibré par le rapport schizophrénique que nous entretenons avec une alimentation chaotique et nocive, c’est juste le bouffeur archétypal qui ne peut se refréner, sale, lent, idiot, feignant … plus il remplit d’espace, plus il se cache. Pour qu’on l’ignore, pour éviter les brimades, les remarques blessantes, les insultes. Jusqu’à s’enferrer dans la marginalité, le chômage, l’exclusion … Seule solution : perdre du poids, à tout prix, quitte à prendre le risque d’interventions chirurgicales dangereuses … et souvent peu réussies.

C’est à ce niveau que l’approche de Gabrielle devient proprement angoissante. Le recours à des opérations douloureuses et contre nature n’est pas toujours couronné d’un succès à long terme, loin de là. Le poids revient vite, la dépression avec, le suicide parfois … le tableau dressé est alarmant car il traduit une détresse commune, latente, concrète que l’auteur exprime en des termes presque rationnels, comme une évidence, un silice avec lequel on apprend à vivre, une banalité …

Ne serait-il pas grand temps qu’on modifie le regard porté sur le corps en général et la corpulence en particulier ? La minceur imposée à tous comme le modèle ultime n’est bien sûr qu’une illusion, pire une hérésie. Ne pas s’y conformer relève pourtant du pécher capital, jusque dans le monde du travail. Cependant les personnes charnues ont une vie, sexuelle, amoureuse, émotionnelle, intellectuelle. Gabrielle est une flèche en matière de recherches, d’acquisition des connaissances. Une véritable combattante, une athlète de l’esprit qui apporterait beaucoup par sa clairvoyance, son flair, sa logique.

Si la nourriture physique est compensation du manque affectif, concrétisation corporelle d’une souffrance mentale qui transparaît progressivement au fil de l’enquête comme une thérapie, la nourriture intellectuelle, la soif de savoir, la curiosité viscérale de cette femme éclatent à chaque phrase tel un échappatoire d’abord, puis comme une véritable méthodologie pour appréhender le monde, finalement un plaisir sincère et joyeux d’apprendre, de toujours aller plus loin, de comprendre l’univers, ses mystères, ses dysfonctionnements … de s’enrichir.

Certes On ne naît pas grosse n’apporte aucune solution au problème, pour l’instant du moins (dans une enquête prochaine à n’en pas douter), il dresse un état des lieux, il met à plat une situation vécue de l’intérieur, qui débouche néanmoins vers une révolte de fond, à la fois féministe et humaniste. On a hâte d’en savoir plus, à coup sûr Gabrielle Deydier n’en restera pas là et c’est tant mieux.

Et plus si affinités

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