O.J.Simspon – Made in America : la nausée …

Alors que les États-Unis n’en peuvent plus de visionner le très remarquable clip de Childish Gabino aka Donald Glover (70 millions de vues depuis la mise en ligne début mai), « This is America » me rappelle de loin en loin la claque monumentale du documentaire O.J.Simpson – Made in America.

Réalisée en 2016, multi-primée, oscarisée même, la fresque signée Ezra Edelman dissèque par le menu le parcours ô combien édifiant de « The Juice ». Étudiant modèle, sportif d’exception, footballeur béni, véritable dieu des stades porté aux nues par un public conquis, Simpson a réussi le tour de force d’effacer sa couleur de peau et d’intégrer la jet set blanche en pleine période de conquête des droits civiques pour les noirs.

Une lutte que jamais il ne revendiquera, qu’il n’épousera pas, quand d’autres athlètes célèbres comme Mohammed Ali embrasseront cette cause qui les concerne au premier chef, quitte à y laisser leur carrière. Doté d’un ego certain, O.j. Simpson veut rayonner, s’enrichir, prendre racine dans la haute société pour ce qu’il est : un record man doublé d’un entrepreneur particulièrement offensif. Il y parvient … jusqu’au jour où il est accusé du meurtre de son ex-femme.

Un meurtre sordide, d’une violence incroyable, qui survient après plusieurs années d’humiliations et de brutalités conjugales avérées. Tout incrimine l’ancien joueur … mais ses avocats vont construire leur défense sur la question raciale, exploitant les tensions qui existent entre la population noire du pays qui n’en peut plus d’être brimée, et des institutions autistes, forces de police en tête, dont le racisme est dénoncé à longueur de bavure.

Résultat : O.J.Simpson sera acquitté au terme d’un procès ultra médiatisé, par des jurés en majorité de couleur, inéduqués et parti pris, dont certains avoueront devant la caméra de Edelman qu’ils ont agi pour se venger des injustices vécues. Quid des deux victimes proprement mises en pièce, des familles en deuil, des enfants laissés pour compte ? Rien, mis de côté, tandis que les témoins se font démolir lors de contre interrogatoires particulièrement vicieux, où l’on joue délibérément la carte de l’émotionnel, laissant le rationnel au placard.

Huit heures durant, le réalisateur met à plat ce destin hors normes en le confrontant aux discriminations raciales qui déchirent le pays ; la mise en regard balaie cinquante ans d’Histoire … et nous met mal à l’aise. Car dans l’enceinte de ce tribunal, les jurés, soumis depuis tant de temps à l’injustice, se montrent aussi aveugles et subjectifs que leurs bourreaux. Il faudra le procès civil, deux ans plus tard, puis celui d’un O.J.Simpson déchu, bad boy sur le retour, arrêté pour tentative de cambriolage et enlèvement, pour inverser la vapeur. Le sentiment de gâchis, la mise en évidence d’une faille sociale irréversible sont évidents, du prisme déformant des média et l’on ressort du film avec la nausée.

Et plus si affinités

https://www.arte.tv/fr/videos/076940-000-A/o-j-simpson-made-in-america/

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