No Man’s land : personne n’a rejoint ce bourbier par hasard

Antoine, architecte, la petite trentaine bourgeoise et tranquille, entre compagne, parents, envie de gamin, appart parisien bien sympa. Il suffira d’une vidéo visionnée au détour d’un journal télévisé pour que tout bascule ; car sur l’écran, en plein bombardement, c’est sa sœur qu’il croit distinguer. Sa sœur Anna, disparue dans un attentat deux ans plus tôt. Sa sœur adorée avec qui il s’était brouillé, qu’il n’a jamais revu. Et dont il est persuadé qu’elle est encore vivante. A tel point qu’il plaque tout pour partir la chercher en Syrie … et plonger dans l’enfer des combat entre kurdes et djihadistes.

Aucun jugement

Voici le pitch de No Man’s Land, qui fait grand bruit actuellement, à raison. Qu’il s’agisse du thème, du scénario, de l’interprétation, de la réalisation, la série d’Oled Ruskin mérite son succès. L’intrigue mêle avec talent et subtilité crise familiale et conflit armé sur fond de terrorisme et d’espionnage. Sont mis en parallèle le destin d’Antoine et Anna au sein des bataillons de résistance kurdes et le parcours de trois amis convertis à l’islam radical pour rallier Daesch. Aucun parti pris, aucun jugement, personne n’a rejoint ce bourbier par hasard, quittant le confort de vies occidentalisées pour courir à corps perdu après des valeurs fondamentales.

A lire également :  Kalifat : une série qui fait froid dans le dos

Pas de pitié

Liberté, vérité, fraternité, égalité, foi … la mise en regard est sidérante dans la mesure où les deux camps sont finalement similaires dans leur engagement presque frénétique, leur violence, leur sens du sacrifice. Et les dégâts qui vont avec. Destruction de la structure familiale, déséquilibre mental, souffrance physique et psychique imposée et subie, de part et d’autre … Les personnages, très différents, venus des quatre coins de la planète, de milieux variés, se battent pour imposer leur vision du monde, conquérir une place sous le soleil de cette nouvelle terre promise, quitte à tout détruire sur leur passage. Pas de pitié dans cet univers sismique livré à la guerre et à la férocité.

A lire également :  L’État islamique de Mossoul : quand Hélène Sallon dissèque les rouages d’une entreprise totalitaire …

Une quête complexe

Remarquablement interprétée par un casting hors pair où Félix Moati côtoie Mélanie Thierry, Souheila Yacoub, James Floyd et consort, No Man’s Land se singularise par son réalisme, son exactitude. Notons surtout son approche particulièrement énergique d’un conflit dont on cerne encore mal les contours et les répercussions. Ici pourtant, les problématiques ressortent de manière frappante, humaine. De même le contexte, les enjeux, les leviers psychologiques, les motivations des protagonistes. Sur fond de conflit, nous découvrons des héros en quête d’eux-mêmes, une quête complexe et sans fin, qui ne peut qu’attirer la convoitise manipulatrice des puissants.

Et plus si affinités

https://www.arte.tv/fr/videos/RC-019886/no-man-s-land/?xtor=SEC-697–[Serie_et_fictions_programmes]-[No_Mans_Land]–[]&gclid=Cj0KCQiA2af-BRDzARIsAIVQUOcArtrXkRXDCb2JE39porHyo2CuUMB6TwG7oBaM4KZzAioO6H6vgWgaAvMWEALw_wcB