Niki de Saint Phalle, en son Grand Palais …

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L’exposition Niki de Saint Phalle (1930-2002), au Grand Palais, nous présente un personnage attachant – parfois un peu agaçant aussi, à force de perfection dans tous les domaines ou presque, aussi bien le mannequinat que l’écriture, le dessin, l’anti-peinture, la sculpture, le « happening », la co-réalisation de films, les interviews, la théorie, etc. On la connaît en France surtout pour ses Nanas, pour la Fontaine Stravinsky de Beaubourg, conçue et fabriquée avec son mari Jean Tinguely, ainsi que pour son graphisme appliqué, tel celui de l’écriture d’écolière un peu trop sage pour l’être vraiment.

Autodidacte dans le domaine artistique, mais attirée par la création depuis sa (plus ou moins) tendre enfance, elle se forme sur le tas en fréquentant les musées et un milieu artistique auquel elle se lie facilement, tant et si bien qu’elle assimile peu à peu les procédés et moyens nouveaux dont usent les plasticiens à partir des années cinquante, aussi bien aux Etats-Unis qu’en France, puisqu’elle a la chance de posséder une double culture. Plus que les techniques, elle perçoit très vite les nouvelles règles qui gouvernent l’art contemporain, dont elle sera, il faut dire, l’exception, pour ne pas dire la caution, en tant que femme. Parmi ses premiers soutiens, on mentionnera le galeriste Alexandre Iolas et le théoricien de l’art contemporain Pierre Restany, concepteur du « Nouveau Réalisme ». Elle peint donc. « Peindre calmait le chaos qui agitait mon âme », écrira-t-elle. Elle peint et elle assemble. Au début, pas vraiment de façon convaincante. Comme le prouvent ces œuvres bi et tridimensionnelles qui garnissent certaines salles de l’exposition, là où il eût fallu, selon nous, en écarter plus d’une ! Il faut dire aussi que ce style de tableaux, de collages et d’assemblages est le lot commun des rapins au sortir de la guerre. Disons que son « matiérisme » n’est pas (encore ?) au point.

Et puis il y a ce (son) coup d’éclat, de maître (et de feu !), cette idée – et pas seulement l’idée, d’ailleurs, sa réalisation, sa mise en forme et en scène, l’idée seule n’ayant pas de valeur en soi – des Tirs (1961), autrement dit de ses tableaux peints, d’abord par lancers de fléchettes, puis à coups de 22 Long Rifle crevant une à une les poches remplies de couleurs dissimulées dans une couche épaisse d’apprêt virginal. Les sources Dada et surréalistes de ce (de cette) geste ne font aucun doute (cf. le film Entracte, 1924 ou bien le Second manifeste du surréalisme, 1930). Sauf qu’ici le résultat obtenu ne vise pas la qualité plastique – là où même le ready-made, objet en principe insignifiant, en conserve une, en tant qu’objet artisanal ou industriel –, l’accent n’étant pas non plus mis sur la signature de l’artiste – le public est invité à participer à ces tirs forains – mais sur le processus lui-même. L’intention (avec sa part de non intentionnalité, le hasard entrant en jeu, en ligne de compte ou de mire) paraît plus importante que l’œuvre. Le paradoxe étant qu’une certaine valeur marchande reste attachée aux fétiches, consacrant les tableaux-cibles massacrés, comme des traces d’une « action » éphémère sans repentir aucun, au même titre que les photos et les films shootés lors de ces rares séances de Tirs

Niki de Saint Phalle
Vive l’Amour, 1990, 45 x 55 cm, feutre et gouache sur bristol, Sprengel Museum, Hanovre, © 2014 Niki Charitable Art Foundation, All rights reserved / Photo : Ed Kessler

Du coup, si l’on peut dire, le reste pourrait paraître pâlot. Or, pas du tout, même si on assiste, effectivement, au retour à la peinture-peinture – et à la sculpture-sculpture. Les productions du couple artistique Tinguely-Saint Phalle, inspirées par Schwitters, leurs constructions de type Merzbau, des sculptures habitables aux rondeurs rassurantes font songer aux maisons en adobes du Nouveau Mexique, aux rocailles ornées de céramique des îles Borromées, aux délires recouverts de mosaïques d’un Gaudi, au bric-à-brac d’un Facteur Cheval. On demeure dans le décoratif, certes, mais un décoratif de mieux en mieux exécuté, avec des techniques et dans des styles évolutifs. Dans ses œuvres personnelles, le goût de l’ornemental, combiné à celui des rondeurs (par principe féminines) et du monumental donne naissance à une longue série de Nanas, dont, curieusement, on ne parvient pas à se lasser (des Nanas en grappes et en groupes, agencées, surlignées et colorées façon Dubuffet, on passe à des Ménines funèbres incarnant des souvenirs précis de l’artiste qui cite au passage, consciemment ou pas, Vélazquez, des personnages au visage aplati comme ceux de Chaissac, rutilants et inquiétants comme ceux de Richard Lindner.

Skull (méditation room), 1990
Skull (Meditation Room), Sprengel Museum, Hanovre, donation de l’artiste en 2000, © 2014 Niki Charitable Art Foundation, All rights reserved / Photo : Michael Herling

Les figures mastodontesques de Niki prennent des teintes de plus en plus saturées. A tel point, qu’à un certain moment, on a l’impression quelle est tentée de remplacer la peinture par des lumières colorées. Un des clous de l’exposition étant une salle occupée par des totems aztèques, une gigantesque tête de mort incrustée de précieuse pierraille, et de lumineuses réalisations somme toute aussi mystiques que les Tirs ou les Nanas. Des pièces comparables aux vitraux de nos cathédrales.

 

Et plus si affinités

http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/niki-de-saint-phalle

 

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