Night call : journalisme de l’extrême et manipulation de la violence

Février 2019, nous chroniquons Velvet Buzzsaw … et plongeons dans le travail de Dan Gillroy. L’occasion de visionner Night Call … et de rester sur le cul devant la violence du propos … et sa justesse. Le film est culte et ce n’est pas un hasard, car il colle à une réalité dont tous les jours nous vivons les dérives.

Reprenons : ferrailleur sans le sous mais doté d’une féroce ambition, Louis Bloom découvre sa vocation un soir, devant un accident de voiture particulièrement sanglant ; derrière les flics qui s’échinent à sortir la victime de l’habitacle en flammes, des journalistes filment. Ils n’aident pas, ne se mettent pas en retrait pour laisser les secours opérer … ils filment, avides, puis partent à toute allure livrer leurs vidéos aux chaînes de télévision locales et régionales qui en feront leurs choux gras. Louis immédiatement se trouve dans cette logique … et va tout faire pour devenir le meilleur dans ce domaine. Et je dis bien tout.

Via ce profil de psychopathe qui ne recule devant rien pour parvenir à ses fins, amoureuses comme médiatiques et financières, Dan Gillroy passe à la moulinette l’univers de ces médias voyeuristes qui vivent de la peur et de la colère, l’alimentant chez leurs spectateurs à longueur de journée et de nuit, d’images ultra-violentes où la panique et la mort se mêlent au sang, faisant fi de la vérité pour jouer uniquement la carte du sensationnalisme. Le marché est juteux mais concurrentiel, aussi tous les coups sont permis … et les sujets ne manquent pas dans une Los Angeles vouée à toutes les brutalités.

Joué par un Jake Gyllenhaal halluciné, effrayant de rapacité, d’arrivisme et de calcul, Louis donne une saveur écœurante au rêve américain qu’il incarne avec autant de délectation que de froideur. Il prend un pied évident à capter massacres et décès via sa caméra, pire il en devient le secret metteur en scène, le scénariste silencieux mais efficace. Si vous étiez fâché avec les « merdias », ce film par ailleurs fascinant et d’une rare esthétique dans le traitement de la photographie, des lumières et des couleurs, ne va pas arranger les choses.

Il a cependant le mérite de démonter avec une intelligence acérée les rouages à l’œuvre dans une attraction diabolique qui relève de l’envoûtement. L’image de la violence, orchestrée sans qu’on le devine même (et pourtant les signes abondent d’une manipulation), capte le regard et l’esprit dans une immédiateté qui annulent toute réflexion, enferme dans un émotionnel létal. On ne peut faire plus clair dans l’évocation des dérives d’une industrie médiatique vouée au rendement plutôt qu’à la quête de la vérité.

Et les journalistes dans tout ça ? Ils jouent le jeu ou ils dégagent. Les concurrents ne manquent guère qui les remplaceront, sans aucun scrupule. La justice ? Elle est pieds et poings liés. La société ? Elle est aveuglée, incapable de réagir, elle attend son shoot de bad news gorgées d’hémoglobine … vous niez ? Au prochain attentat, à la prochaine manif musclée, calculez le temps que vous aurez mis à vous connecter, que vous resterez pour scruter vidéos et clichés … le règne des infos en boucle est bien là, il surfe sur nos affects primitifs … et Night call le démontre avec brio.

Et plus si affinités

http://www.paramountpictures.fr/film/nightcall/

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