« Ce n’est pas la fin du monde » : Dolan, une fois encore, émerveille

Xavier,

Permets moi de t’appeller Xavier, tu te décris comme proche de ton public, accessible et nous avons presque le même âge. J’étais de tes admiratrices des premiers films, amoureuse de ton cinéma, fidèle et toujours éblouie. Cependant, Juste la fin du monde, ce nouveau film, je l’ai détesté avant d’entrer dans la salle de cinéma.

dolan

Que t’était-il arrivé ? Cannes encore une fois, le succès te propulsait, on ne te présentait plus, tu perdais de ton charme. Bon, je te l’accorde, tu es doué et maintenant célèbre, je ne vais pas te le reprocher. Quand la liste des acteurs a été révélée, j’ai presque fait une attaque : Ulliel, Baye, Seydoux, Cassel et Cotillard. Ils sont géniaux, tout le monde le sait, mais c’est bien là le problème : avais tu renié tes interprètes québécois ? Allais-tu gâcher ce talent si rare, celui de propulser des inconnus dans de magnifiques rôles ? Un peu moins bête et têtue que j’en ai l’air, je suis quand même allée voir Juste la fin du monde pour constater si cette oeuvre annonçait la fin de ton génie. Tout orgueil mis de côté, il faut avouer que ton film était à l’image des précédents : une œuvre d’art. J’avais tort de douter. Je suis repartie bouleversée et émue comme les cinq dernières fois.

Librement adapté de la pièce de Jean Luc Lagarce, tu as rendu au theatre une belle lecture cinématographique. L’histoire est simple et sans artifices : Louis, 34 ans, revient voir sa famille avec qui il n’a plus de contact depuis douze ans … pour annoncer son diagnostic de fin de vie. L’absence, le retour, le manque de communication et l’ambivalence des sentiments sont des thèmes que tu retranscris toujours avec émotion et beauté. Nous nous interrogeons d’abord sur la capacité d’une famille à ce que « rien ne change » quand il est question de sentiments. Mais en douze ans, tout a changé : une petite sœur qu on a pas vu grandir, des neveux jamais rencontrés, une mère mise de côté. Cependant l’absence a engendré un mystère, traduit par de l’admiration pour certains, de la jalousie pour d’autres.

Ce film est l’histoire d’une nouvelle à annoncer, d’une sentence devant tomber, d’un décès à préparer. Pourtant ce personnage en quête de sens n’y parvient pas, noyé dans une tragédie familiale, enfermé dans l’unite de temps et d’action, accablé par un dialogue quasi inexistant : la logorrhée des monologues tait ce qui est difficile à prononcer. Le non verbal est parfaitement filmé et retranscrit, le drame s’accélère, sans répit pour le spectateur. Pas de happy end, on en est certain. Un clin d’oeil, une musique connue, un sourire sont les rares secondes ou l’on peut échapper au flot des disputes. Avec toi, Xavier, l’histoire n’a que peu d’importance, ce sont les sentiments qu’il faut mettre en lumière. On retrouve des procédés bien à toi, dans un style immuable : des flashbacks ressemblant à un tableau, une musique parfaitement choisie.

Cependant ce dernier film est plus mature et plus recherché, ici les sentiments nous échappent, le spectateur passe une heure et demi à essayer de comprendre chaque personnage mais l’ambivalence prend le dessus. On cherche à disséquer, analyser, maîtriser les ressentis et réactions des protagonistes sans jamais y parvenir. Xavier, excuse-moi d’avoir juger trop vite, d’avoir voulu enfermer ton cinema dans la redondance du familier. Ce dernier film est à la hauteur de ton talent et n’a jamais aussi bien retranscrit par une BO incroyable et des plans au plus près des personnages la célèbre citation de Dostoievski : « toutes les familles heureuses se ressemblent, chaque famille malheureuse est malheureuse à sa manière. »

Et plus si affinités

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