Näss, Fouad Boussouf, Cie Massala : rythmes envoutants pour âmes aimantes

Sept hommes, au lointain, dos au public font face à un immense mur bleu gris. Sorte de refuge, ils y reviendront régulièrement tout au long de la pièce. Les danseurs revêtent un blouson, un manteau, une veste, ils s’apprêtent. Avec leur seconde peau, ils semblent prêts à explorer le rythme dans une énergie collective puissante. Näss, la dernière création de Fouad Boussouf, puise son écriture dans les danses et rythmes traditionnels marocains tout en s’interrogeant sur ceux liés aux cultures urbaines. Dialogues entres les corps et les musiques, entre mysticisme de la tradition Gnawa et syncrétisme de la danse hip-hop. Tout est affaire d’échanges, de ponts tissés entre le panel coloré d’une culture et celui d’une autre. Fouad Boussouf n’oppose pas tradition et modernité, mais s’inspire de ce que chacune apporte artistiquement à cette quête de souffle rythmique collectif.

Näss signifie « les gens » en arabe et fait référence au célèbre groupe Nass el Ghiwane (« Les gens bohèmes ») qui a fait connaître la culture Gnawa dans les années 70 avec le mouvement hippie. Si Fouad Boussouf s’inspire de l’histoire et de la musique de ce groupe, c’est avant tout pour la proximité des textes poétiques, anticonformistes et engagés, avec ceux du rap et la culture hip-hop de cette même époque aux États-Unis. C’est donc entourés de sept jeunes danseurs explosifs aux personnalités singulières, que Fouad Boussouf, a créé ce corps-choeur qui évolue dans un espace rythmique et sonore incroyablement exaltant. Chacun des danseurs participe à cette énergie collective, donne de la voix aux corps qui exultent et vibrent sans cesse. Que ce soit dans un mouvement de tête, dans un saut, une marche, les corps expriment une revendication à être ensemble et à déployer l’univers du collectif qui n’est autre que la somme d’individualités uniques.

Elias Ardoin, Sami Blond, Mathieu Bord, Maxime Cosic, Loïc Elice, Justin Gouin, Nicolas Grosclaude créent une homogénéité, un groupe fort et soudé, quand bien même la confrontation résonne dans les corps et l’espace. Ils sont les uns avec les autres, prêts à traverser joies et douleurs. Et il semble bien que ça n’est que parce que joies et douleurs sont partagés qu’ils font sens. Cette jouissance est très perceptible tout au long de la pièce et elle nous porte, à l’image de la belle création musicale de Roman Bestion. Marcheurs insatiables, acrobates inventifs, les sept danseurs sans jamais quitter le plateau, composent une partition éclatante. Entre chassés-croisés sautillants, piétinements inlassables, regroupements jaillissants, marches bondissantes, au sol comme en l’air ils déplacent des montagnes. Le spectacle de Fouad Boussouf est à prendre comme un souffle aux rythmiques colorées par ses racines tribales africaines (notamment les danses et musiques traditionnelles d’Afrique du Nord) et sa culture hip-hop. Il parait évident que les migrations des unes vers les autres ne cessent d’enrichir l’imaginaire du chorégraphe.

La porosité entre les cultures est indéfectible et nourrit chacun dans son cheminement. Näss (les gens), est une création fondée sur une énergie propre aux rythmes insufflés dans la partition musicale. Et c’est bien ce souffle commun qui meut les danseurs et les transporte d’un espace à l’autre, d’un état de corps à un autre. La vibration se fait ressentir tout au long de la pièce, par les divers rythmes toujours puissants imprimés dans les corps des danseurs. Et puis, parfois, émergent des moments de suspension qui redonnent encore plus de force à la trame rythmique du spectacle. Il ne s’agit pas de quelque chose d’extérieur aux danseurs mais bien d’un autre type de vibration qui les traverse. Tee-shirts à moitié relevés, les danseurs en ligne cherchent de leurs mains le tee-shirt du voisin, pour ne le lâcher que tardivement. S’ensuit un étirement collectif et une chaîne de corps aux visages cachés. Les jambes s’enracinent alors un peu plus les bras et bustes se déploient. L’espace de la fraternité semble vaste à la vue de cette chaîne humaine. Pas besoin de voir là où l’on va. Être au plus près ce qui nous ancre, faire de chacune des vibrations et tensions ressenties un moyen d’accéder à l’autre et à l’espace qui l’entoure suffit à leur rendre la vue.

Telles sont les perceptions qui se dégagent de cette chaîne dansante. Arrivée à son paroxysme et une tension maximale, les visages apparaissent à nouveau se dégageant des tee-shirts qui les entravaient. Les liens et les corps se resserrent, à nouveau chargés ils repartent explorer d’autres cieux. Näss (les gens), est un pur moment de danse où le souffle commun des interprètes (bien qu’issus de disciplines parfois différentes) exalte le spectateur. La capacité de Fouad Boussouf à écrire ce lien permanent entre racines tribales, racines africaines et hip-hop, invite le spectateur à entrer dans la danse sans préalable. Cette danse, depuis 2006, date de création de la compagnie Massala, est énergétique et fait résonner longtemps chez la plupart d’entre nous le goût du rythme et de l’être ensemble.

Et plus si affinités

http://www.massala.fr/compagnie-massala.html

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