Mytho : le cancer raté d’Elvira Giannini

Elvira Giannini, la quarantaine épuisée, coincée dans un pavillon de banlieue entre un mec qui la délaisse, des mômes qui l’ignorent, un patron qui la harcèle, un papa trop protecteur, des voisins trop parfaits … et une charge mentale de quinze tonnes. Du coup lorsqu’on lui annonce que les petites boules graisseuses poussées en son sein sont bénignes, elle craque. Elle annonce à son compagnon qu’on soupçonne un cancer.

Qui va l’avouer aux enfants, puis au reste de la famille. La nouvelle fait tache d’huile … et soudain tout le monde est tout gentil, tout mignon, tout attentif. Et Elvira obligée de continuer à mentir. Et là c’est l’escalade, la chute … la rédemption ? C’est justement tout le prix de la série signée Fabrice Gobert à la réal et Anne Berset au scénario que de laisser les portes ouvertes sur le devenir de cette cellule familiale explosée par le mensonge maternel.

Et les autres, car dans cette histoire Elvira s’offre d’un coup et dans une crise terrible un bon gros énorme mensonge là où ses proches dissimulent à longueur de journée, portant des masques grotesques pour tromper le vide de leur existence commune. Si l’annonce de la maladie injecte initialement un peu de bonheur dans cette situation implosive, cela ne dure guère. Car les bases sont bien évidemment pourries et depuis belle lurette.

On en rit, on critique … avant de rendre gorge. Car très vite on se devine dans la détresse profonde de cette femme, de son partenaire, de ses gosses … Qui n’a pas un chouia déguisé la réalité pour attirer l’attention, l’affection, un brin d’intérêt, échapper à ses responsabilités, éviter de grandir trop vite, se rassurer, se duper soi-même peut-être ? Pour finir par se prendre le réel en pleine tronche, car il nous rattrape toujours … A moins de changer ses perspectives, d’assumer ses envies, ses choix … à ses risques et périls.

« Arrêter d’arrêter » dira un personnage qui sait bien de quoi elle parle et à quelles extrémités fatales ce genre de tartufferie peut mener. Pas évident à faire, et cela va entraîner pas mal de reparamétrages de vie et dans la douleur. Et pour porter ce chaos des corps et des cœurs, Marina Hands alterne douceur, candeur, dureté et malice, donnant la réplique à un Mathieu Demy complètement paumé face au séisme qui frappe cette femme dont il ne sait plus trop s’il l’aime ou si elle lui est indifférente.

En six chapitres décalés et émouvants sans jamais verser dans le niaiseux ou le ridicule, Mytho déroule la fable de l’indifférence progressive qui gangrène les relations humaines, en couple, dans la famille, au travail … Comment demeurer soi-même quand on fait partie d’un tout, comment se trouver et s’épanouir quand on doit vivre avec autrui dans des relations affectives qui ressemblent surtout à des liens et des entraves … Qu’est-ce qui fait qu’on reste, qu’on part, qu’on revient …

Le spectateur fera le plein de questions, devra construire ses réponses face au cliffangher final … qui pourrait déboucher sur une saison 2 ? On aimerait … mais ne serait-ce pas trahir le propos de cette série magnifique et hors normes ?

Et plus si affinités

https://www.arte.tv/fr/videos/RC-015621/mytho/

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