Music Box : Costa-Gavras face à la traque des criminels nazis

Nous abordions le sujet en début de semaine avec la chronique de la série documentaire The Devil next door. Il se trouve que l’affaire d’Ivan le Terrible a inspiré d’autres lectures, notamment le film Music Box de Costa-Gavras. Sorti en 1990,ce long métrage de deux heures évoque comment l’avocate américaine de renom Ann Talbot prend en main la défense de son père Michael Laszlo, accusé d’être un ancien tortionnaire nazi.

Le récit scénographié par Costa-Gavras et Joe Eszterhas se concentre sur l’engagement farouche, viscéral de Ann, qui vit cette accusation comme un véritable outrage, et part en croisade pour défendre ce père qu’elle aime tant, avec qui elle entretient une relation presque fusionnelle, et dont progressivement elle commence à douter. C’est cette prise de conscience terrible que Costa-Gavras observe, cette volonté de savoir malgré tout, de percer le mystère, de découvrir enfin la vérité.

Même si elle est atroce. Et atroce, elle sera, au terme d’une enquête qui tient à la fois du huis-clos affectif et du polar, genre dans lequel Costa-Gavras excelle depuis son premier film, le haletant Compartiment Tueurs. Ici moins de frénésie mais une pression qui monte progressivement, avec des pics éprouvants durant certains passages du procès en extradition, au fil de témoignages absolument épouvantables. Là encore le personnage d’Ann Talbot est central, qu’on voit tenir des conter-interrogatoires d’une grande dureté alors qu’elle mesure en son for intérieur toute l’horreur vécue par ces rescapés.

Pour tenir ce rôle, Jessica Lange a foncé ses cheveux, effaçant ainsi l’aura de blondeur qui la caractérise ; sa détermination n’en est que plus flagrante, ainsi que sa souffrance. Car le personnage d’Ann vit cette affaire comme un calvaire, un déchirement. Face à elle, Armin Mueller-Stahl, acteur allemand qui tourna pour enter autres pour Fassbinder, plante un Mike Laszlo hiératique, droit dans ses bottes, dont le regard presque transparent ne flanche jamais. Et dont on n’arrive pas à déterminer s’il fut ou non l’auteur des abomination qu’on lui reproche. Même si, peu à peu, des signes, des gestes, des remarques donnent à voir la vérité.

Une vérité soigneusement cachée sous l’apparence d’une vie américaine normale, avec femme, enfants, job à l’usine, copains, engagement anti-communiste, respect des racines hongroises … une façade bien évidemment, consolidée par l’amour filial, et ce petit-fils en véritable adoration devant ce papy athlétique qui vante les bienfaits d’un esprit sain dans un corps sain. C’est ici qu’intervient la question de la transmission, difficile car tout a été mis en œuvre pour effacer les preuves, la mémoire. Témoignages remis en cause, partialité des témoins, pièces à conviction contestables, opération Arlequin …

Tout y passe pour évoquer ce travail d’escamotage effectué par les américains au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale afin de récupérer une partie de l’appareil d’espionnage nazi, spécialisé dans le renseignement anti-communiste. Il faudra un séjour en Hongrie pour enfin déterminer le vrai. E rendre justice. Très précis, Costa-Gavras joue la carte du réalisme : c’est un vrai magistrat, J.S. Block, qui interprète le personnage du juge Silver, après avoir conseillé le réalisateur sur le fonctionnement de la justice américaine. Le souci de vérité échappe du reste au metteur en scène Quelques temps après le tournage, le scénariste Joe Eszterhas apprendra les activités fascistes de son propre père, et mettra un terme a leurs relations.

Et plus si affinités

https://www.universcine.com/films/music-box

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