Musée National de l’Histoire de l’immigration : des dates, des faits, … des hommes

Photographies Delphine Neimon et Benjamin Getenet

Dans le sillage de l’exposition Ciao Italia qui évoque les temps forts et les retombées de la diaspora italienne en France, il convient d’explorer les collections permanentes du Musée National de l’Histoire de l’immigration, pour comprendre à quel point notre pays s’est enrichi de ces transferts de populations, bien que les rejetant régulièrement. Racisme, intégration, mixité des cultures, l’ancrage prend souvent des accents poignants, interrogeant profondément la notion d’enracinement, de patriotisme.

L’escalier menant aux salles récapitule les temps forts de cette odyssée, entre progrès et périls. La chronologie déroulée sur les murs blancs souligne les différentes sources géographiques de ces flux, depuis la moitié du XIXeme siècle avec les Polonais, jusqu’à aujourd’hui avec l’arrivée des syriens martyres. Réfugiés politiques, expatriés économiques, certains viennent en toute conscience, d’autres car ils n’ont plus le choix. Et les lois de se succéder, qui pour autoriser cette venue au nom d’une économie à vivifier par manque de travailleurs, qui pour stopper ce flot jugé envahissant et vampirisant.

Mais ce ne sont que des dates et des faits. Qu’en est-il des hommes ? Le terme d’immigration englobe des tragédies, des vies brisées, des espoirs infinis, des déceptions comme des réussites. Le musée aborde les facettes de cette transplantation en neuf réalités : Émigrer – Face à l’état – Terre d’accueil, France hostile, Ici et là-bas, Lieux de vie, Travail, Enracinements, Sportifs, Diversité. De vitrine en vitrine, on suit les étapes d’un exode, ce qu’il implique, les obstacles qu’on rencontre, qu’on doit franchir, ceux que jamais peut-être on ne pourra abattre.

Cela commence avec le simple fait de faire sa valise : on ne peut tout emporter, alors que prendre ? Qu’est-ce qui est essentiel ? Matériellement, concrètement ? Émotionnellement ? Déjà le déchirement transparaît dans le simple contenu des bagages, le son des serrures qui se ferment, … Puis vient le voyage, l’arrivée, pour ceux qui ont pu migrer en toute sécurité sans se noyer, se faire abattre comme des chiens, se faire arrêter dans leur fuite … vient alors la question des papiers, d’un statut officiel à déterminer face à une machine administrative aveugle activée par des lois mutantes selon l’état du pays, prospère ou en crise.

C’est que la France de tout temps a développé un discours contradictoire, fière de protéger les persécutés, frileuse à l’idée d’héberger des bouches inutiles. Le mal du pays va doucement s’installer tandis qu’on lutte pour trouver sa place dans ce nouveau périmètre, où se loger est aussi problématique que de travailler. Et puis doucement, on va faire souche, adoptant les mœurs du pays, préservant son patrimoine culturel, mélangeant les deux tendances, prêt à défendre les valeurs de cette terre d’adoption avec son sang s’il le faut, l’enrichissant de son savoir faire, de ses talents, de sa langue et de sa gastronomie.

Le parcours accentue ce point, mettant en avant l’implication des populations immigrées dans la défense du territoire et de la société, dixit l’action de Manouchian et ses résistants, tous issus des Francs-tireurs et partisans – Main d’œuvre immigré qui lutteront contre les nazis avant que ces derniers ne les exécutent. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, et l’exposition met aussi en avant l’apport des artistes venus d’Ailleurs, en confrontant leurs œuvres inspirées par la question de la migration avec les documents officiels, les archives et les témoignages portant sur l’aspect purement social.

Très complète, la collection est aussi vivante : la galerie des dons est régulièrement enrichie par les récits et les objets apportées par des familles issues des différentes diasporas. En constant renouvellement, les vitrines abordent donc le souvenir et le vécu d’individus déterminés, qu’ils soient originaires du Portugal, de Grèce ou d’Afrique pour ne citer que ces origines. Ces souvenirs en disent long sur les émotions ressenties, la volonté perpétuelle de définir une synthèse harmonieuse entre culture d’origine et patrimoine français. On ressort de ce long périple avec un regard transformé, admiratif et terrifié à la fois, par ce qu’implique départ et arrivée. Et l’on se prend à redouter d’avoir un jour à vivre pareille épreuve, car il faut beaucoup de temps, une volonté farouche et des convictions profondes avant de trouver sa place dans de nouveaux horizons.

Consultez l’album photo.

Et plus si affinités

http://www.histoire-immigration.fr/

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