Mon Autopsie : Jean-Louis Fournier intus et in cute

Rousseau l’avait stipulé aux débuts de ses Confessions : il allait tout déballer de sa vie, citant au passage le poète latin Perse pour expliciter la profondeur de son introspection « intus et in cute ». A l’intérieur et sous la peau … Jean-Louis Fournier va plus loin, qui s’imagine sur une table de dissection pour retracer les passages marquants de sa vie, s’offrant au passage le luxe d’une histoire d’amour avec sa légiste, la belle Egoïne.

Auteur, documentaliste, humoriste, cinéaste, le monsieur s’est toujours singularisé par un humour mordant et un goût sincère pour les jeux de mots. Pote du regretté Desproges avec qui il initiera La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, propulsé sur les planches du Théâtre du Rond-Point par Jean-Michel Ribes pour y interpréter deux pièces tirées de ses romans, il est en sus le papa de la Noiraude et d’Antivol, oiseau sujet au vertige, entre autres facéties télévisuelles.

Autant de créations qu’il se plaît à évoquer en termes drôles et nostalgiques tandis qu’Egoïne le dépèce allègrement, histoire de savoir comment c’est à l’intérieur d’un poète. Et le défunt séducteur de la laisser fouiller ses intimités, tout content de plaire encore aux dames, d’ajouter post portem une belle à la longue liste de ses amours, qu’il relate avec plaisir tout en regrettant le mal qu’il leur fit en trompant ses amantes et épouses à qui mieux mieux.

Rapide à lire, subtil et détaché, Mon Autopsie se lit vite, comme de rapides confidences murmurées dans la chaleur d’une alcôve. Ces mémoires sélectives racontent par bribes les élans, les envies, les angoisses d’un créatif qui trouva son salut dans la grande aventure télévisuelle avant de s’émanciper dans l’écriture. L’occasion de quelques anecdotes savoureuses sur l’ORTF et ses us et coutumes, de plusieurs souvenirs salés-sucrés, parfois amères ou indigestes sur les réalités peu amènes de l’humanité.

Cette mise à nue surprenante se termine par un pied de nez, comme seul Fournier peut en inventer. Malicieux, un brin masochiste, jubilant, il s’amuse à choquer le lecteur en imaginant avec moult détails la belle scientifique lui retourner les tripes. Et le pire, c’est que très vite, on s’en amuse aussi, en venant à apprécier l’idée même du trépas comme une vaste plaisanterie, un joyeux voyage où il fait bon se souvenir et ne rien regretter.

Et plus si affinités

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