Mindhunter : on entre en profilage comme d’autres au carmel …

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C’est l’une des séries phares de la rentrée 2017 … et c’est largement justifié ! A plusieurs titres, Mindhunter peut revendiquer fièrement son statut de production leader dans un domaine où la compétition ne manque guère, surtout quand on évoque la thématique particulièrement exploitée du tueur en série. Millenium, Esprits criminels, Le Mentaliste, Hannibal, … les créateurs du secteur ne manquent guère d’imagination quand il s’agit de poursuivre le psychopathe en goguette, ce qui occasionne une enfilade de meurtres à la fois gore et imaginatifs … trop peut-être en regard d’une réalité bien plus effrayante de par sa banalité. C’est justement ce caractère à la fois insipide et glauque que Mindhunter saisit aux cheveux, et c’est ce qui fait tout son prix.

Il faut dire que les dix épisodes de la première saison se concentrent sur l’émergence du concept de meurtre en série au début des années 80, d’après les recherches effectuées par l’agent spécial du FBI John E. Douglas, épaulé dans ses investigations et son analyse par un de ses collègues, Robert Ressler et la psychologue universitaire Ann Wolbert Burgess. Adeptes d’assassinats sadiques, de scènes de crime sanglantes et autres amusements du genre, passez votre chemin ; Mindhunter par définition se détourne du spectaculaire largement mis en scène par l’industrie du cinéma pour relater cette quête complexe, patiente et autrement douloureuse.

C’est que pour parvenir à leurs fins, et comprendre la logique, les motifs, le schéma mental de ces meurtriers dont ils soupçonnent l’existence et le pouvoir de nuisance, nos trois comparses vont devoir, contre l’avis de leur hiérarchie, aller recueillir l’information à la source, en auditionnant plusieurs criminels condamnés, au fin fond de leur prison. Et ce qu’ils vont y apprendre va certes construire leur approche, mais par ailleurs les entraîner de l’autre côté du miroir, dans les méandres d’esprits tortueux, manipulateurs et hautement dangereux. Doucement, les trois enquêteurs interprétés avec beaucoup de retenue par Jonathan Groff, Holt McCallany et Anna Torv, sentent leur existence glisser, fascinés qu’ils sont et à leur corps défendant par ces ténèbres humaines.

S’y reconnaissent-ils ? C’est toute la question, tandis qu’ils se laissent happer sans même le comprendre dans ce tourbillon, dont ils comprennent progressivement qu’ils ne pourront s’en extraire. Une astuce pour enrichir le scénario ? Non, John Douglas, dans les nombreux ouvrages qu’il a écrits sur le sujet, témoigne de cet investissement quasi obsessionnel, qui lui a du reste coûté sa vie de famille. On entre en profilage comme d’autres au carmel, avec la foi du missionnaire. Il en faut quand on a devant soi un Edmund Kemper totalement désinhibé, qui raconte par le menu son parcours de massacreur, détaillant chaque meurtre avec une précision de chirurgien, explicitant ses actes en les raccordant avec l’analyse froide de son vécu chaotique, sous le joug d’une mère tyrannique qu’il terrassera lors d’un crime ultime, avant de se rendre aux autorités qui peinaient à l’arrêter.

A ce titre soulignons la prestation exemplaire de Cameron Britton qui investit le personnage de cet assassin, avec un détachement, une ambiguïté tout à fait justes. Ajoutons-y la réalisation équilibrée de Fincher, qui évacue le sensationnel (étonnant quand on évoque Seven ou Fight Club) jusque dans le choix des couleurs, le travail des lumières, l’orientation des cadrages, la cadence des images pour s’orienter vers une hybridation entre l’entretien psychologique, le portrait intériorisé et le documentaire. L’effet est d’autant plus saisissant que l’angoisse provient des personnages eux-mêmes, non de l’exhibition de corps suppliciés, dont on ne perçoit la réalité que via les clichés morcelés du générique, un rapide aperçu sur des photos d’enquête. La violence alors réside dans le récit des tueurs, leur regard, leur attitude quand ils témoignent, leur gestuelle, la manière dont le masque, au détour d’une révélation, se fend brusquement pour révéler le gouffre de leur être.

Exit le tueur sublimé qu’on modèle et médiatise comme un star, demeure la triste réalité : des ogres modernes, médiocres, vides, dont il faut traquer l’esprit disloqué et dévorateur pour tenter de les stopper dans leur entreprise de destruction.

Et plus si affinités

https://www.netflix.com/fr/title/80114855

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