Mindhunter 2 : « In every dream home a heartache »

Alors qu’elle ouvre la saison 2 de Mindhunter sur ses harmonies hypnotiques et dérangeantes, la chanson de Roxy Music résume à elle seule l’ambiance délétère qui teinte ces neuf nouveaux chapitres des aventures du trio Holden Ford / Bill Tench / Wendy Carr au pays des serial killers.

Évacuer le spectaculaire

A leur palmarès pour cette seconde édition, la rencontre de David Berkowitz et Charles Manson, la traque de Wayne Williams et de Dennis Rader, un nouveau directeur du FBI bien décidé à faire de cette unité de profileurs le fer de lance du renouveau de son institution, sans compter la lente décomposition de leurs vies intimes à tous.

Peu de scènes de meurtres, pas d’effusion de sang, on évacue le spectaculaire pour se concentrer sur la psyché des tueurs et leurs témoignages, activant ainsi l’imaginaire des spectateurs. La formule, qui avait fonctionné à plein sur la première saison, prend une ampleur inédite tandis que nos enquêteurs se retrouvent sur le terrain face à des dizaines de disparitions d’enfants noirs, dans le climat ultra tendu d’Atlanta.

Le fruit des interdits

En parallèle, l’intrigue se corse alors que le fils de Bill Tench se retrouve mêlé à la mort (accidentelle ou non?) d’un bébé avec en perspective sa possible culpabilité et l’éventualité lancinante de son éventuelle psychopathie avec en filigrane la question récurrente du repérage des comportements déviants dés l’enfance.

Le tout posé avec beaucoup de recul par rapport au contexte de l’époque, dans une Amérique puritaine où l’homosexualité est encore tabou, où l’égalité des droits constitue un leurre. Et les différents tueurs évoqués de faire écho à ces interdits dont ils sont à la fois le fruit et la distorsion. A ce propos, réécoutez avec attention le texte de « In every dream home a heartache ».

Un enjeu d’interprétation

Dénonçant le vide d’existences désespérément vouées au consumérisme, les paroles déroulées par la voix désabusée de Bryan Ferry pourraient exprimer la profonde frustration intérieure de ces assassins d’un genre particulier, dont les héros de la série tentent de dessiner la cartographie mentale pour en neutraliser la violence en amont.

D’où l’enjeu de leur interprétation. Après l’incroyable Cameron Britton en Edmund Kemper, saluons la prestation de Oliver Cooper en Son of Sam terrifiant de vanité, de Damon Herriman plantant un Charles Manson insaisissable comme une anguille, de Christopher Livingston dans la peau d’un Wayne Williams mêlant la déférence et la provocation avec une subtilité inquiétante.

A croire que Mindhunter est en train de devenir un exercice de style incontournable pour les acteurs en quête d’un challenge d’interprétation, car se couler dans le physique, la gestuelle, la diction de ces individus et leur mental constitue un périlleux défi qui peut vit verser dans la caricature, quand il s’agit de demeurer dans le registre de l’odieux. A vérifier sur la 3eme saison qui, si elle n’est pas officialisée, semble s’amorcer au vu du succès des deux premières.

Et plus si affinités

https://www.netflix.com/fr/title/80114855

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