Michel-Ange, Origines d’une renommée – Guillaume Cassegrain : aux sources de la fama

Les éditions Hazan viennent de publier la savante étude que l’historien de l’art Guillaume Cassegrain a consacrée à la figure majeure de la Renaissance, Michel-Ange Buonarroti (1475-1564). Étant donné que son génie est – a été, et ce, dès le départ – universellement reconnu, c’est aux sources de la fama, autrement dit, de la légende de l’artiste que puise le chercheur pour composer Michel-Ange, Origines d’une renommée. Aux témoignages, aux critiques, aux notes diverses qui nous restent de cette époque, rédigés par l’entourage, les historiens et autres théoriciens comme Condivi, Vasari, Danti, Varchi. Et aussi par lui-même.

Plus qu’aux faits et gestes particuliers, aux anecdotes, aux échos sur le créateur – peintre, sculpteur, architecte, poète, penseur – à qui l’on doit, excusez du peu, le David de Florence, La Pietà de la basilique Saint-Pierre, le Moïse du tombeau de Jules II, Le Jugement dernier et le plafond de la chapelle Sixtine, c’est à sa personnalité – à ce qu’on appelait jadis le « tempérament », en l’occurrence teinté de mélancolie, pour ne pas dire de « bipolarité » – et à son esthétique que s’intéresse l’auteur. D’où un portrait qui nous paraît à la fois juste et précis, objectif et abstrait, documenté et synthétique. Parmi les nombreux thèmes traités, certains nous toucheront bien entendu plus que d’autres. Et en particulier ces notions qu’on pouvait penser contemporaines – cf. l’art « conceptuel », pour ne prendre qu’un exemple – qui, dès le Quattrocento, avaient en réalité commencé à faire débat sous une forme certes différente de celle d’aujourd’hui.

Dès son introduction, Guillaume Cassegrain part du principe qu’une œuvre d’art plastique est déjà, est aussi, « langage ». Les tableaux ne sauraient être selon lui « de simples jeux de formes que l’œil, même naïf, peut appréhender sans effort ». Les œuvres véritables seraient, de ce point de vue, celles dotées d’un « fond » obscur. Celles de Michel-Ange, qui découlent des concepts les plus profonds, sont, ainsi que l’observait déjà Vasari, difficiles à « lire ». D’autant qu’elles abondent en signes, donc en sens, et qu’elles tirent parti d’un « système ornemental » expressif, d’une maîtrise technique absolue, d’une organisation architecturale complexe à base, par exemple, de « fenêtres aveugles » et de « tombeaux détachés du mur ». C’est sans doute cela qui fit écrire à son contemporain Andrea Calmo, dans une lettre adressée au peintre « divin » : « Vous êtes trop grand ».

Pour caractériser le style, certains historiens du Cinquecento opposèrent le colorito d’un Raphaël (et des Vénitiens en général) au disegno de Michel-Ange (propre aux Florentins), sa « maîtrise parfaite de tous les arts du dessin » incluant celle de la peinture au sens le plus large du terme. Pour d’autres, comme Vasari, ce qui importait surtout chez ce dernier, c’était qu’il représentait ni plus ni moins que « l’akmé de l’histoire artistique ». Dans la mesure où son métier lui permettait d’englober « la totalité de ce que les artistes ont produit ou produiront » sans qu’il n’ait besoin d’« innover » plus que cela. Son œuvre est de ce fait transhistorique, « totalisante » ; elle transcende les époques, les manières et les genres. Par ailleurs, les commentateurs les plus récents « ont longuement glosé sur le non finito de Michel-Ange » – un critère esthétique qu’on associe plus volontiers à l’art moderne du XXe siècle.

Citons pour conclure un des poèmes de Michel-Ange où celui-ci s’adresse au Seigneur en évoquant son art : 

« Lorsqu’en ton nom j’ai conçu une image, elle ne va pas sans son pendant, la mort, là où l’art et le génie se dispersent. Mais si, comme d’aucuns le croient, je peux me consoler en pesant qu’elle revient à la vie, de telle sorte que je te serve encore, si l’art me suit ».

Et plus si affinités

https://www.editions-hazan.fr/livre/michel-ange-origines-dune-renommee-9782754110624

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