Merci patron ! … à tous les Klur du monde !

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Cela aurait pu s’intituler « Le PDG, le chômeur et le fakir » oui, Merci patron ! aurait pu une fable, une fiction moralisatrice destinée à éduquer les gamins. Malheureusement, par son sujet, son propos et sa stratégie, le film de François Ruffin évoque bien plus La Saga des Conti, documentaire chroniqué dans ces colonnes en septembre 2014 mais dont le discours est toujours d’actualité avec cette maxime : « celui qui ne se bat pas a déjà perdu ».

En l’état, ceux que nous voyons ici se battre pour leur survie s’appellent les Klur, un couple de chômeurs, virés de leur usine après que LVMH en ait pris le contrôle. Licenciements en masse, délocalisations, des centaines de personnes sur le carreau, les allocations qui fondent comme neige au soleil, les dettes, les huissiers, la saisie, … pendant ce temps le PDG envisage de partir en Belgique profiter d’une politique fiscale plus clémente. Nos Klur acculés à l’expulsion croisent le chemin du journaliste Ruffin qui, refusant de filmer leur détresse quotidienne sans rien faire, va prendre le taureau par les cornes et orchestrer le sauvetage. Pour ce faire un petit courrier bien troussé, courtois mais ferme, envoyé au PDG, annonçant que s’il ne rembourse pas les dettes, la presse sera avertie, ainsi que plusieurs politiques et influenceurs, et tant qu’à faire l’Elysée.

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Chantage !!! méthodes de malfrat !!!! Jamais une grande fortune de France ne cédera à pareille manœuvre, enfin !!!! Eh bien c’est tout le contraire, et là où on s’attendrait à voir débarquer un avocat drappé dans l’honneur de la boite, c’est un barbouze qui déboule dans le salon pour entamer des négociations secrètes dignes des tractations de la Guerre Froide. On en pleurerait de rire, le ton de Ruffin étant à l’ironie, avec ses airs faussement candides et son Maroilles de la paix sociale, parce que les Picards savent recevoir, mais quand ils crèvent de faim. Sauf qu’en 1H30, Ruffin, sa bande et les Klur trouvent la faille de la cuirasse, la faiblesse de la muraille et la font proprement exploser, y creusant une brèche béante comme une autoroute ; cette faiblesse c’est la peur. Eh oui, nos chers dirigeants capitalistes trouillent à fond de voir tous ces travailleurs fichus à la rue relever la tête et demander leur dû. Des revendications invraisemblables, des yachts à Monaco, de comptes cachés au Panama ? Non non, juste un boulot pour manger et vivre, garder la maison qu’on a mis 30 ans à acquérir à la sueur de son front. Mais ça c’est déjà trop enfin !

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Bah oui, manquerait plus que tous les Klur du monde y aillent de leur petite bafouille et réclament juste compensation pour le préjudice subi … eh bien figurez-vous que ça pourrait bien arriver. Car bâti comme il est, le film de Ruffin fait justement le trait d’union entre documentaire, fable et action sociale. Éducation populaire ET démonstration de force, où Machiavel échappe aux mains des puissants pour inspirer les petites gens. En ne lâchant pas un pouce de terrain, on obtient ce qu’on veut et ce qui est juste. Discours positif qui redonne leur dignité aux gens : Merci patron ! commence à gagner les coeurs, avec plus de 300 000 entrées au compteur au 14 avril 2016, presque deux mois après sa sortie. Pourtant c’était mal barré, à la base. Refusé par le CNC, le projet a dû être financé au participatif, … récoltant plus que la somme initialement nécessaire ! L’Acrimed, Attac, l’économiste Frédéric Lordon, Le Monde diplomatique, les soutiens se sont accumulés, certains vont même jusqu’à murmurer que Merci Patron ! serait à l’origine de Nuit debout.

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Ce qui est sûr, c’est que le film souligne avec vigueur l’incurie de nos capitaines d’industrie, leur mépris des ouvriers qu’ils jettent comme des kleenex, appauvrissant ainsi le pays avec une nonchalance inacceptable. Pas pour rien que le réalisateur se voit blacklister au dernier moment de plusieurs émissions où il était invité. En effet, outre l’aspect purement humain, intolérable, on assiste dans son film au démantèlement d’une industrie jadis importante et respectée, réalisant par la même occasion que le Made in France n’est plus qu’une vaste fumisterie, néanmoins payée 1000 euros le costume (du coup on se fout aussi du consommateur qui croit payer à pris d’or la façon française … qui est en fait roumaine bien moins rémunérée). Un dépeçage en règle, qu’il est temps de stopper ?

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Avec son film, Ruffin joue- t-il les agitateurs ? Non il veut la justice, … mais les deux ne sont pas incompatibles et son documentaire respire l’air du temps. En cela il me rappelle étrangement, allez savoir pourquoi Le Mariage de Figaro. Un véritable succès signé par un certain Beaumarchais, fouteur de merde de son état qui disait tout haut ce que tout le monde grognait tout bas ! On en parle encore ! C’était en 1784 ; cinq ans plus tard, c’était la Révolution.

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Et plus si affinités

Pour en savoir plus sur Merci Patron ! suivez ces liens :

http://www.fakirpresse.info/

http://www.jour2fete.com/index.php/films/248-merci-patron

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