MCJP : Koki Nakano et Vincent Segal en concert

La Maison de la Culture du Japon à Paris ou MCJP nous a convié, fin avril 2018, au concert du pianiste-compositeur Koki Nakano et du violoncelliste Vincent Segal dans le magnifique auditorium boisé à l’acoustique idéale situé à quinze mètres sous le niveau du fleuve Seine.

On sait les pianistes nippons parmi les meilleurs au monde, depuis au moins deux générations déjà. Restait à connaître le répertoire du trentenaire Koki Nakano qui s’est produit en duo avec son partenaire de jeu désormais habituel, le virtuose français du violoncelle Vincent Segal. On nous avait affranchi comme suit : « L’univers musical du jeune pianiste et compositeur Koki Nakano oscille entre romantisme et minimalisme, et s’inspire aussi bien de la pop, du jazz que de la musique classique. » Qui dit « oscille » suppose une certaine hésitation entre des options musicales qui représentent autant de dégradations ou de progressions (selon que vous soyez chagrin ou extatique), disons de nuances entre le couple antagoniste populaire/savant.

Le jeune homme a le look, coco, avec son pantalon large de marin d’Hakata, sa chemise noire cintrée à col anglais étroit, ses mocassins en daim à galons, portés sans façon ni chaussettes, manière Keith Jarrett en goguette à Montreux, sa coupe de cheveux à la Kim Jong-un, somme toute contredite par de filiformes favoris et un soupçon de barbiche bebop. Le vétéran est sagement mis, costumé et cravaté en banquier, ère macronienne sans doute exige. Des deux, pourtant, c’est lui qui donne l’impression d’absolues aisance et liberté. La barre ayant été mise haut par le compositeur, selon les dires du violoncelliste se remémorant la phase de déchiffrage des partitions, il n’a d’autre choix que de faire montre de maestria pour en rendre tous les signes palpables et les accorder au phrasé discontinu, donc surprenant, de l’auteur. Le minimalisme attendu jure parfois avec le « trop de notes » reproché parfois aux plus grands – à Mozart, à Liszt, à Chopin. A propos de ce dernier, Gide écrivait en 1921 : « Il semble qu’il y ait trop de son, trop de notes aussitôt qu’on ne comprend plus la parfaite signification de chacune ».

La difficulté, du reste, surmontée, est d’autant plus grande que le tempo ne cesse de s’emballer, dès le début du concert (qui s’ouvre par un morceau jazzy de style répétitif interprété en solitaire par le pianiste). Le duo formé à l’initiative de Laurent Bizot de la maison de disques (comme on disait jadis) No Format restitue en chair et en os, sans les béquilles ou prothèses de la sono, les plages de leur album intitulé en français Lift : Consensus, Petite pièce pour un inconnu, Supposed to Be a Mistake, Silhuouette, Introduction I, Introduction II, Tiergarten, Pendulum, A Lady Just Quit Smoking, Hug, Ribbon : Rhythmic Gymnastics, D’un pas habile, Une fin d’été ensoleillée. Les citations anciennes (des plus baroques à celles inspirées par Satie ou par des membres du Groupe des Six), la conservation (dans tous les sens du terme) de la tonalité, le respect de l’esprit et de la lettre (= de la grille) du jazz, le recours systématique aux boucles mélodiques, harmoniques et rythmiques rend très plaisant à écouter l’ensemble des titres réunis par le CD.

De fait, chaque composition a été applaudie par une salle pleine et prête à craquer ; l’interprétation a soulevé admiration et enthousiasme sans discontinuer ; l’ovation finale a obligé les musiciens à concéder un rappel et à conclure la soirée le plus gaiement du monde.

Et plus si affinités

https://www.mcjp.fr/fr/agenda/koki-nakano-et-vincent-segal

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