Marsatac 15eme / Nasser : #7 ou les fils d’Ulysse

On dit de la Méditerranée qu’elle ne connaît pas les marées. Une mer aux vagues caressantes, baignée de soleil et de chaleur, dans laquelle on aime se plonger avec délice. Qui calme les passions autant qu’elle les irrite.

La mer des Argonautes, des guerriers grecs venus dévaster Troie, … la mer d’Ulysse. Ulysse, le plus intelligent des hommes, au regard fataliste, si lucide, qui observe le monde tout en le subissant. Impassible, un concurrent direct des dieux sans jamais l’avoir voulu, pas même un héros au sens premier du terme, craint cependant au point que l’Olympe va tout tenter pour le détruire, 10 ans de combats stériles, 10 ans d’errance épuisante, avant de regagner Itaque, ravi et amer, corrodé et aguerri par tous ces voyages, désireux de retrouver sa Pénélope, de se lover dans ses bras chauds où il sait pertinemment qu’il ne trouvera plus jamais le repos, ravagé par ses souvenirs et ses tourments.

Une lourdeur existentielle qui transpire à chaque note des mélodies de Nasser, et le nouvel album #7 qui va bientôt sortir le 14 octobre accentue cette tendance, au long de ces 11 morceaux tout en noirceur et en révolte contenue, à l’humanité revendiquée même si elle se charge de tragique et d’impuissance. Nous avions en son temps chroniqué la vidéo de « The World is ours ». Sachez-le, le reste de l’album est tout autant dramatique, dans les riffs de guitare, dans les accents synthétiques, dans la voix du chanteur (« Bronson », et l’incroyable « The League » déclamée comme une oraison ironique et funèbre), qui passe du monocorde las au vibratoire de l’émotion en un quart de ton.

Vibrant ? C’est peu de le dire, et ces mélodies vous entortillent le cœur, telles les serpents de Méduse quand elle vous pétrifie, dans la transe des rythmes comme dans la sécheresse des titres et la gifle des textes. Sans conteste, Nicolas Viegeolat, Simon Henner et Romain Chicha ont de nouveau marqué le point, nous martelant au passage le cerveau d’une volée d’harmonies qui s’y implanteront à coup sûr comme des tubes en puissance. Difficile d’ailleurs de décrocher de l’album qui devient vite addictif, et vous rebondirez de « I’m a man » à « Discoball » ou « Out of control » sans même vous apercevoir que vous vous enfoncez dans ces sables mouvants sonores.

Du très grand art, une maîtrise tranquille et sûre, qui apparaît durant le set prévu pour Marsatac 2013, où le trio tient son rang de groupe marseillais avec fierté et conviction. Et ils le peuvent sans rougir, venus là étrenner ces nouveaux morceaux devant un public compact et convaincu, qui suit au quart de tour une prestation sans aucun temps mort, d’une fluidité absolue dans les lumières, sanglantes ou polaires.

Le feu sous la glace ? En tout cas, la conviction que voici devant nous un très grand groupe en pleine ascension, au potentiel redoutable. Je les rencontre trois heures avant qu’ils montent sur scène, ils couvrent le festival depuis le début, font partie de son ADN et connaissent par cœur cette scène phocéenne ici mise en exergue et qu’ils alimentent de leur créativité.

Le moment était venu d’en discuter. Entretien :

Marsatac 15eme : rencontre avec NASSER by Delfromtheartchemists on Mixcloud

Et plus si affinités

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