MaMA 2017 : qui a dit que la filière musiques actuelles était morte ???

« 6 mois pour debriefer un festival ???? Tu fais chier Padmé, là t’abuses ! » « Non j’abuse pas, je fais bien mon boulot, c’est pas pareil. Débriefer un festival comme le MaMA, ça se fait pas en 24h surtout vu l’ampleur qu’a pris ce Barnum. Alors soit je fais du lance pierre et on reste en surface, soit je prends le temps d’explorer et on fait un truc pertinent ; choisi ton camp, camarade ! » Voici en substance la teneur de l’échange plutôt fleuri que j’ai eu dernièrement avec les hautes instances ARTchemisiennes qui me reprochaient d’avoir largement procrastiné sur mon CR de la version 2017 du Marché des Musiques actuelles, qui avait lieu … à la mi-octobre de l’année dernière.

Le temps de l’observation

Je vous l’accorde c’était il y a quatre bons mois bien sonnés. Et d’aucuns pourraient penser que j’ai

  1. bien procrastiné le coup
  2. manqué d’inspiration
  3. peu de souvenirs de la chose, ayant passé les 3/4 du festoche à m’alcooliser outre mesure dans les apéros pros qui jalonnent l’événement, apéros pros dont jadis je tentais de comprendre la méthodologie éthylique.

Wrong !!!!! Il manque un 4 ! Prendre le temps d’observer, de décortiquer, de visionner, d’analyser les données depuis éditées sur le site de la convention. Bref prendre du recul. Et il en faut à l’heure où cet événement d’envergure vogue tranquillou vers sa première décennie. 8 ans après l’édition initiale d’un MaMA vagissant dans ses couches, le festival a pris son rythme de croisière en tête de l’armada d’une industrie musicale qui semble finalement redevenue sinon guillerette, du moins alerte et combative, après le marasme de la crise du streaming, la chute des ventes DVD et les attentats de novembre 2015.

En plein essor !

  • 5620 pros présents sur site soit 5 % de plus que l’année précédente

  • 52 nationalités revendiquées

  • 2010 structures contre 1953 sur la session d’avant

  • 419 intervenants sur conférences et débats

  • 582 accréditions médias tous supports confondus

En plein essor, le MaMA 8eme du nom refléte un indéniable grouillement de vie, une créativité évidente, et la formidable adaptabilité du système de production/diffusion du milieu musical, à l’heure du tout numérique. Oubliez ici le report des concerts (180 au total répartis sur 16 salles avec 441 artistes à l’affiche et une fréquentation en hausse de près de 20 %), les interviews, l’habituelle ronde des chroniques émerveillées sur la renaissance des groupes et interprètes à la française. En pénétrant d’un pas décidé dans l’enceinte d’un Elysée-Montmartre flambant neuf, c’était le devenir d’un business auto-proclamé moribond que je voulais évaluer. Et j’avoue que la résurrection fait plaisir à voir.

Grouillement de vie

Dixit l’orga du festival en lui-même qui draine moult acteurs du circuit à l’échelle hexagonale, européenne et mondiale. Les majors comme les indés se doivent d’y rayonner, les représentants du marché français y côtoient les moteurs des scènes musicales étrangères, et les bureaux exports y rivalisent en terme de showcases visant à promouvoir leurs musiciens fétiches.Labels, booking, salles de concert, tourneurs, programmateurs, attachés de presse, managers, festivals d’un côté, ministères, associations, fédérations, syndicats, ambassades, média de l’autre … et au centre le MaMA donc qui propose d’orchestrer les échanges sur trois jours de rencontres, de débats, de conférences, le tout application dédiée en main pour paramétrer un planning lourd et complexe, favoriser le speed dating, clarifier les identités … et repérer les activités en émergence.

Et là il y a de quoi faire, entre écoles et formations spécialisées, mutuelles destinées aux intermittents, agences de communication expertes en culture et arts du spectacle, pros de la vidéos 360° et immersive, de la réalité virtuelle, de l’événementiel … Bref tout un microcosme allaité aux mamelles du numérique triomphant et qui y trouve de multiples solutions pour mettre en relation via des réseaux sociaux, connecter marques et musiciens (cf Digizik), améliorer l’expérience des festivaliers (cf Augmented Acoustics), optimiser la production des tickets de concert en les dématérialisant ou en les personnalisant (Dot Technologie, Oscar, …), sécuriser la monétisation du manifestation … 

Le plein de prestations !!!

Tout ce petit monde se retrouve au sein du forum MaMA Invent (dans la salle du Trianon plus spécifiquement), afin de présenter son savoir-faire, ses produits et prestations, chacun dans son box comme dans le plus traditionnel des salons d’entrepreneurs. Cette année on y croisait entre autres Pikip Solar Speakers et son «matériel sonore écologique et innovant pour des performances culturelles & musicales sans impact sur l’environnement et loin de toutes prises électriques »,  les représentants de « la musique Phygitale, premier disque vinyle connecté au monde », Klox « plateforme technologique spécialisée dans la communication digitale ciblée et la gestion de la data », Soonvibes  « première plateforme de musique dédiée à la découverte de jeunes talents », le logiciel INTRAZIK « pionnier de la gestion de projet dédié au spectacle vivant » ou Little Corner qui accroche ses écrans digitaux publicitaires dans les toilettes des lieux culturels les plus propices à une visibilité porteuse.

Il faut croire que la formule plaît vu la fréquentation, la répartition des différents pôles sur l’Elysée-Montmartre, le Trianon et la FGO Barbara. Moins d’attente et de rassemblements (sécurité oblige), plus de cadrage et de structuration : c’est le métier qui parle, largement inspiré par l’expertise Printemps de Bourges (quand on vous dit que c’est un métier). Au passage on notera l’efficacité de l’event en terme de visibilité publicitaire : le fascicule destiné aux pros désireux d’exploiter la manifestation pour se mettre en lumière propose une large gamme de solutions depuis la bannière numérique jusqu’au kakemono en passant par la citation sur l’annuaire en ligne, l’affichage sur les écrans digitaux disséminés partout dans le périmètre, le logo inscrit sur le tote bag du festival … ou la présence lors des conférences.

Une encyclopédie vivante d’un marché en mutation

Les conférences justement ! 120 en tout, plus les débats, les ateliers, les focus … autant de moments qui diversifient le traditionnel apéro pro, pour démonter et interroger les rouages d’un environnement économique et social en pleine transformation. Profonde et durable. Protéiforme à l’heure des convulsions numériques. Comment financer un groupe, une structure, un événement ? Quelles sont les problématiques à cerner pour mieux communiquer ? Quels outils innovants sont à disposition ? Comment rayonner à l’international ? Comment saisir l’identité des publics émergents ? Quel devenir pour le copyright, les droits d’auteur, d’exploitation ? L’auto-production, cela suppose quelle réalité aujourd’hui ? On pourrait gratter des pages de questions comme celles-là, tant il y a à interroger sur le secteur. On écoute de plus en plus de musique, la demande est énorme, la longévité minimale, les us et coutumes mutants.

Pas facile de se raccrocher à des valeurs sûres : la réactivité et l’adaptabilité demeurent les compétences à développer ainsi que l’information constante et la sécurisation, des lieux, des échanges monétaires, des données, des événements, des créations … Application du décret sonore, traitement des datas, exploration des habitudes musicales de pays étrangers, montée en puissance des influenceurs, traque de nouveaux talents sur la toile, … Le MaMA ne fait pas qu’organiser, il compile. Podcast, vidéos, il garde trace des échanges, des débats et les diffuse, les partage, composant ainsi une banque de données précises et évolutives, d’une édition sur l’autre. Le professionnel qui ne pouvait être présent, l’artiste qui s’interroge sur son développement, l’organisateur d’événements culturels qui doute, tous peuvent se plonger dans cette encyclopédie en gestation, pour y trouver des réponses, des questionnements, des outils inédits, des solutions …

C’est ainsi que le MaMA, de rassemblement pro qu’il était initialement s’est hissé au statut de convention pour dessiner d’année en année et toujours plus précisément les contours d’un marché de la musique qui renaît de ses cendres pour se diversifier et s’ouvrir avec une inventivité qui laisse béat. Par le biais de sa chaîne Youtube comme de son site, le festival excède son temps initial et déploie une influence constante, qui le positionne comme un élément phare du secteur, une valeur, un moteur, gardien des savoirs initiaux, révélateur de tendances et outil pédagogique avec lequel il faut désormais compter et pour très longtemps.

 

Et plus si affinités

http://www.mamafestival.com/fr/

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