Magie et sorcellerie en Europe du Moyen Age à nos jours : autopsie d’une persécution

The Witch, The Jane Doe Identity, Hérédité, Ava’s Possession, Penny Dreadful, The Lords of Salem, Le Projet Blair Witch … la sorcière décidément s’inscrit en première ligne d’une production filmique très impactée par l’image destructrice et vengeresse de l’enchanteresse. En parallèle, notre société secouée par le tsunami #metoo et #balancetonporc réhabilite cette figure historique en la parant d’une aura révolutionnaire et féministe. Ok très bien, … mais c’est oublier les origines même de la sorcellerie qu’il convient d’établir clairement pour en cerner la portée. Et là, rien de mieux que l’anthologique Magie et Sorcellerie en Europe publié en 1994 chez Armand Colin.

Pas récent donc mais incontournable à plus d’un titre. Une publication collective dirigée de main de maître par le spécialiste du sujet Robert Muchembled et qui rassemble des pointures de la recherche historique comme André Julliard, James Sharpe, Wolfgang Behringer ou Marie-Sylvie Dupont-Bouchat pour passer au crible ce sujet ultra sensible. C’est un tour d’Europe de la sorcellerie que tous nous proposent, une sorte de circuit touristique fait de procès, de tortures et de bûchers, à l’heure où notre continent sort péniblement du Moyen Age pour enfanter une modernité pour le moins bancale mais d’une rare violence. La Renaissance met en lumière 10 % d’humanistes, le reste est ténèbres, superstition et fanatisme.

Alors que protestantisme et catholicisme s’affrontent, les sorciers sont pris en étau, écrasés par l’absolutisme émergent qui assoit ainsi sa suprématie. Oui vous avez bien lu : sorciers. Le masculin, étonnamment s’impose, car si la majorité des victimes de cette vague de répression est féminine, nombreux sont les hommes, adultes ou enfants, à être livrés aux flammes, au terme de procès iniques qui ne sont pas toujours le fait de l’Inquisition. Les juges laïcs s’acharnent sans pitié sur cette minorité composée de personnes socialement fragiles, miséreuses, sans éducation, isolées, de parfaits boucs émissaires pour purger la colère populaire alimentée par les guerres, les épidémies, les massacres, la famine, …

Il faut reprendre la main, affermir le pouvoir absolu des princes dans ce climat de guerre civile. Si le schéma évolue de pays à pays, la logique demeure la même, dans cette grande peur du Diable qui terrorise le monde d’alors. La portée féministe de la sorcière se nuance alors considérablement, et chaque auteur de cette enquête passionnante et ultra documentée de revenir sur les enjeux de cette persécution généralisée comme une véritable purge. De quoi largement moduler la perception actuelle, pour apporter d’autres voies d’interprétation, autrement plus inquiétantes.

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