Love letters / Priape, une légende en évolution

Oh mais ça faisait longtemps que nous n’avions pas alimenté notre chronique coquine ! Un manque qu’il convient de combler d’importance en ce début d’année 2014, et quoi de mieux pour le faire que d’évoquer le sur dimentionnel phallique ! Aussi notre nouvel opus de « Love letters » posera-t-il la question : Priape phallique, une histoire de volume ?

Ce n’est pas la première fois que nous évoquons la chose : rappelez vous The Big Dick Mike Show en décembre 2011, ou beaucoup plus récemment les 30 cm des Elmer Food Beat. En cette période de compétitivité accrue, les attributs de la sexualité triomphante se doivent d’être vo-lu-mi-neux, et voy-ants ! Poitrines plantureuses à l’excès, services trois pièces aux dimensions éléphantesques : tout le monde en pince Lolo Ferrari et Rocco Sifredi, sans même se douter l’inconfort occasionné par semblables appendices, très souvent frelatés à coup de silicone et d’injection.

Sans même se douter également que le Rocco n’est qu’une moderne et pâle résultante d’un mythe ancré dans nos inconscients depuis l’Antiquité sous les contours monstrueux d’un certain Priape. Et que ce même Priape a inspiré bien autre chose que des pornos de 3eme zone, puisque son vit a carrément influencé la littérature antique, puis les Humanistes ainsi que les Lumières, oui rien que ça.

Vous en doutez ? Eh bien lisez les lignes qui suivent. Spécialiste de la littérature du XVIIIème siècle, amateur de Sade, héritier des Libertins du grand Siècle, Stéphane Favereaux a scruté cette thématique avec un œil de connaisseur, produisant une analyse précise, pointue, originale et riche en références. Et qui donne tout son sens aux « love letters » en prouvant que la bagatelle peut être intellectuelle.

Aussi nous restituerons cette étude dans son entier, sans la tronçonner comme on le fait habituellement pour les contenus destinés au web. Déjà parce que l’ensemble ne souffre aucune coupure qui déséquilibrerait la démonstration. Ensuite parce que ça ne fera de mal à personne de lire un écrit complet. Enfin parce que, comme dit la maxime populaire avec justesse, plus c’est long, plus c’est bon !

Bonne lecture et profitez bien de ce viagra littéraire !!!

D.N.

« Et aussi bien sur la paille et sur la dure Messer Priape hausse la tête ».

Brantôme.

         Il ne semble pas nécessaire de s’étendre sur une trop longue présentation du dernier des dieux, du diuus minor, qu’est Priape, rappelons tout de même qu’il est le dieu de la fécondité, préposé surtout à la garde des jardins, des vignobles et des vergers. Son ascendance est tout aussi intéressante puisqu’il est le digne rejeton d’Aphrodite (Vénus) et de Dionysos (Bacchus). Né avec un membre viril démesuré, il sera abandonné par sa mère près de Lampsaque, justement à cause de ce membre exorbitant qui définit Priape comme amorphos (difforme). Il était représenté comme un personnage parfaitement humain, à la différence de Pan ou des satyres, mais ithyphallique, et systématiquement en compagnie d’un âne.

            Dieu des jardins romains, on le découvrait surtout en position d’anasurma, retroussant un vêtement drapé chargé de fruits pour exhiber son sexe démesuré. Il devient en fait un épouvantail obscène.

            Lorsque Priape remplissait cet office de gardien, les anciens lui attribuaient une double fonction, prophylactique et tropaïque. Priape doit d’abord contaminer le sol grâce à l’image de fécondité que véhicule sa sexualité ; il est ensuite requis pour assurer la protection des clôtures de jardins contre les malfaiteurs, et cela, autant par anti-fascination que par les menaces sexuelles ou les châtiments corporels, d’irrumation (irrumatio), dont le vecteur est son énorme phallus. Mais Priape parle beaucoup, et n’agit pas !

            Quelle que soit l’époque à laquelle on l’écrit, Priape est toujours sous-jacent à l’éros, voire caché dans l’ombre d’Eros. S’il peut arriver que Priape se fasse moins présent dans la littérature, le XVIIIème siècle saura évhémériser le mythe en l’accordant à la sexualité débridée et parfois agressive des libertins. Mais le mythe commence à évoluer dès l’antiquité avec Catulle[1] qui voit en un priape (la minuscule est employée à dessein, puisque le nom devient commun), un débauché, un homosexuel actif, plus exactement.

            Dès l’antiquité, Priape subit en fait une évolution sémantique. Au XVIème siècle, Poggio, dans ses Facéties, met entre les mains d’un confesseur un cierge de Saint-Priape ! Voilà le diuus minor sanctifié ! La religion chrétienne accepte dans les rangs de ses saints un personnage ithyphallique ; elle devient, par cet acte de transsubstantiation, voire d’idolâtrie, adepte d’un dieu païen. Un état de tension dialectique est en train de venir au jour.

            L’une des principales figures de style que l’on relève alors, lors de la recherche de textes où il est question de Priape, est l’enargeia. En effet, il a rarement droit à un très long développement narratif ; il n’est pas non plus cité à plusieurs reprises, quand il est expressément cité. On ne rencontre souvent qu’une allusion, un terme le désignant, tel « ithyphalle ». En fait, il a souvent une fonction de désignation, exemplaire (à la différence du XVIIIème siècle où sa démonstrabilité sera plus grande).

            Ainsi en est-il de La Cazzaria, dialogue Priapique de l’Arsiccio Intronato Antonio Vignale. Le sexe sert ici de support et de vecteur polymorphe aux initiations de la connaissance.

            Quant à François Maynard, poète priapique le plus caractéristique du Cabinet Satirique, il écrivit des Priapées[2] , poèmes en l’honneur des organes génitaux que l’on invitait la femme à bien considérer, et surtout à faire en sorte de les mettre « en service ».

Priape semble avoir alors, de plus, acquis une fonction épidictique quand le sacré devient païen[3], presque burlesque. On observe toutefois un goût durant les XVIIIème et XIXème siècles pour le grossissement caricatural. Les sexes surdimensionnés des bourreaux sadiens ne peuvent à ce propos être totalement éludés.

            La plus signifiante des évolutions de Priape réside donc dans la perte d’attribution : Priape n’existe plus guère en tant que gardien, fonction qu’on lui attribuera très occasionnellement lors du siècle des Lumières. En fait, si Priape perd une de ses attributions majeures, il en acquiert une nouvelle tout aussi intéressante : celle d’agir. On l’autorise enfin à faire tout ce dont il menaçait les voleurs des jardins dont il avait la garde. Il devient l’incarnation de la virilité, la subjectification de la sexualité mâle, il permet l’extase ainsi que nous allons le voir au XVIIIème siècle.

Priape et priape, le XVIIIème siècle phallique.

            Bien sûr, notre dieu évolue dès l’antiquité à la fois dans sa façon d’être représenté, mais aussi dans son devenir métonymique et métaphorique. Mais la spécificité du XVIIIème siècle, le siècle par excellence de la littérature libertine, entendons pornographique, érotique, amène à se pencher sur trois références en matière de dictionnaire ou d’encyclopédie. Y voir la façon qu’à ce siècle de décrire Priape, à un moment de son  évolution, à un moment précis de l’histoire des idées, des mœurs, dans un siècle où la censure et la religion sont plus que jamais prégnantes, permet peut-être de mieux comprendre les importantes évolutions que les écrivains lui ont fait subir.

            A l’article Priape de L’Encyclopédie, on peut lire :

            PRIAPE. s. m. (mythol) Dieu de la mythologie si nouveau qu’Hésiode n’en fait aucune mention. La fable dit que le dieu étoit fils de Bacchus & de Vénus. Junon […] rendit monstrueux l’enfant que Vénus portoit en son sein. […] [Elle] le fit élever à Lampsaque, où il devint la terreur des maris.

            Priape étoit le dieu des jardins; on croyoit que c’étoit lui qui les gardoit et les faisoit fructifier. C’est pourquoi les romains mettoient sa statue non seulement dans leur jardins potagers, mais aussi dans ceux qui n’étoient que pour l’agrément, & qui ne portoient aucun fruit, comme il est aisé de le voir dans une épigramme de Martial (L. III, 58).

Priape étoit représenté le plus souvent en forme d’Hermès ou de Terme, avec des cornes de bouc, des oreilles de chèvre, & une couronne de feuilles de vigne ou de laurier. Ses statues sont quelques fois accompagnées des instruments du jardinage, de paniers pour contenir toutes sortes de fruits […] ou d’une verge pour faire peur aux oiseaux.[4]

            L’ascendance divine est là, mais quid de sa fonction de fécondité ? Quid des célébrations phalliques ? On sait qu’il effrayait les maris, mais il n’est pas dit explicitement pourquoi ; à tout le moins pouvons-nous le deviner. Peut-être la mémoire collective s’en souvient-elle au point qu’l n’est plus nécessaire de le préciser plus avant. Quoique l’on note la présence d’une verge qui fait fuir les oiseaux, mais elle vient à la suite d’une liste d’outils, comme quelque chose de purement accessoire[5]. Il peut effectivement s’agir du phallus, mais alors sa fonction n’est plus que celle d’un simple épouvantail, sans aucun rattachement à la fécondité qu’on lui attribue habituellement. Cette verge peut aussi être une baguette de bois ou de métal que l’on utilise pour frapper, pour corriger ; elle est un signe d’autorité. Peut-être est-ce celle du dieu présidant aux jardins auquel on a fait subir le supplice d’Abélard. Il n’y a plus la moindre trace de l’érotisme dont Priape était empreint depuis quelques siècles.

            Il faut en fait poursuivre la lecture de l’imposant volume pour avoir plus de précisions anatomiques sur le dieu ithyphallique et se plonger dans le domaine médical :

            PRIAPISME, s. m. (med. plat.), priapismus; maladie dont le nom indique d’avance  la siège et le caractère[6]. Il est dérivé de Priape, ce vil tronc de figuier que quelques poëtes lascifs avoient divinisés, & qu’ils representoient sous le figure d’un homme avec une verge d’une grosseur démesurée pour symbole de son empire ; c’est la partie de l’homme qui est soumise à la domination de cet infâme dieu, qui est attaqué de Priapisme[7] ; elle est aussi presque toujours allongée et grossie, en un mot, dans une violente érection, mais cette érection est convulsive, accompagnée d’une douleur fort vive […].

L’usage des aphrodisiaques […] est une des causes les plus ordinaires du priapisme ; cette cause a souvent lieu chez les vieux libertins.[8]

            Les précisions anatomiques sont là, mais elles restent d’ordre purement physiologique, accompagnées d’une explication pathogénique de la médecine du siècle. Les vieux libertins sont les indignes enfants aux grands besoins en pilules érectiles d’un dieu divinisé par des poëtes lascifs, qui ont eux-mêmes divinisé l’ithyphalle, comme si nulle trace n’en existait dans les mythologies grecque et romaine ! La littérature n’a pas trouvé sa place dans l’article mythologique, mais dans l’article médical ! On remarque la prégnance du vil tronc de figuier déjà chanté par Horace[9]. Dans ce dernier article, Priape recouvre sa figure humaine, figure que lui ont accordée les poètes, si l’on en croit l’article mythologique où il semble plus proche de la description d’un satyre[10]. Peut-être devons-nous voir là une de ces « ruses de raison » chères à Diderot : on masque derrière un article à vocation médicale un contenu délicat. Quant à la verge citée précédemment, elle fait probablement partie de ces « ruses », en désignant sous couvert d’un outil du quotidien, par le jeu de la synonymie et de la pluralité signifiante, l’attribut phallique démesuré qui n’effraie alors pas que les oiseaux. Ces procédés permettent de saisir l’hostilité des milieux politiques et religieux face à cette entreprise de compilation des savoirs. Le conseil de Louis XVI avait compris que « sous des dehors obscurs et équivoques« , l’Encyclopédie visait à « détruire l’autorité royale, à établir l’esprit d’indépendance« .

            En fait, il existe entre ces deux articles que nous venons de citer un autre article, d’ordre littéraire, qui peut faire figure de transition entre le dieu du premier article et les poëtes lascifs du second :

            PRIAPEES, s. f. (Belles lettres) terme de poésie ; est un nom qu’on a donné aux épigrammes, aux pièces obscènes & trop libres, & qui ont été composées sur Priape, dont il y a plusieurs exemples dans les catalectes des anciens. Voyez Priape.[11]

Obscènes, soit, mais trop libres… il semble que ce siècle a produit quantité de textes autrement plus lascifs, moins équivoques.

            Si l’on continue dans ce domaine encyclopédique du XVIIIème siècle, le plus explicite des exégètes quant à la nature phallique de Priape est un prêtre, docteur en théologie, Moreri, qui écrit :

            PRIAPE, priapus, dieu des anciens, fils de Bacchus et de Vénus, présidoit aux jardins et étoit adoré à Lampsaque […]. Junon, jalouse, fit naître cet enfant difforme avec des parties d’une grosseur extraordinaire,  […] Vénus, ayant honte d’avoir mis un tel enfant au monde, le laissa à Lampsaque.

[…] Le culte de Priape ne s’est introduit qu’assez tard chez les Grecs, quoiqu’il fut honoré chez les Egyptiens, & dans la Palestine sous le nom de Beelphegor. Hésiode ne connoissoit point ce dieu, mais les poëtes Grecs ont écrit depuis, comme Orphée et Théocrite, en ont fait mention.

[…] Plusieurs ont fait de Phallus un Dieu particulier et distingué de Priape, quoiqu’ils soient aussi infâmes l’une que l’autre. On appeloit Priape l’Hyphallus, c’est-à dire le phallus d’Adonis, que l’on nommoit Hyaeus.

[…] Ce qui paraît le plus constant, c’est que Priape est un dieu imaginé, dont il n’y a aucun fondement dans l’histoire, que l’on a fait présider aux actions les plus déshonnêtes.[12] 

            L’ascendance de Priape reste la même, évidemment ; elle est plus encore détaillée que dans l’Encyclopédie. Moreri part à la recherche préhellénique de ce dieu. Quoiqu’il en soit, Priape est imaginé infâme, mais ce lexicographe est un des seuls, pour le moment, à parler clairement, certes en termes modérés judicieusement choisis, de l’attribut phallique monstrueux. Il paraît minimiser la présence du dernier des dieux dans la littérature comme dans la mythologie… les anciens en ont fait mention. Son attribution de virilité, sa présidence à la génération est là, implicite (les actions les plus déshonnêtes), sans toutefois que soit explicité le rituel consistant à flatter de la main le membre raidi. Le côté profane reste également très marqué, l’immoralité tout autant, comme si elle était une inéluctable conséquence du paganisme. Priape reste sempiternellement infréquentable.

            Voyons à présent ce qu’en pense le « Trévoux » :

            PRIAPE, s.m. Est un dieu fabuleux du paganisme adoré à Lampsaque, ville de l’Hellespont, lieu de sa naissance, fils de Vénus & Bacchus. Priapus. Il étoit aussi le dieu des jardins. Ils ont nommé de son nom la partie honteuse des hommes, parce qu’il l’avoit d’une grosseur extraordinaire, & pour cela il étoit fort révéré des femmes; jusques là que l’Ecriture fait mention que le Roi Asa détrôna sa mère Maacha, parce qu’elle avoit consacré un bois à Priape, & présidoit à ses sacrifices? Il en détruisit l’idole & la jeta dans la rivière.[13]

            Maintenant, le sexe masculin s’appelle un priape, devenant nom commun, cela à cause de sa grosseur extraordinaire (antonomase) ; nous nous abstiendrons de tout commentaire sur cette appréciation ontologique. On a encore affaire à une figure païenne, ce qui est vrai, mais un complément historique est apporté par l’auteur. Il s’agit de l’anecdote concernant le roi Asa. Ce souverain nous offre le lien entre deux articles, ceux de Moreri et du Trévoux : Asa, roi de Juda (IXème avant J. C.) lutta contre l’idolâtrie (il détruisit l’idole de Priape, nous dit Trévoux), il aurait vaincu les Egyptiens et  aurait été en guerre contre Baasa d’Israël. Moreri explique aussi que le culte priapique s’est transporté d’Egypte en Palestine ; peut-être est-ce au cours de ce conflit évoqué plus haut que le culte phallique fut importé, avant que d’être adopté par les Grecs.

            Le lien avec la littérature des Lumières, l’évolution à la fois littéraire et ontologique de Priape, peut se voir avec l’article suivant :

            PRIAPEES. s. f. est un nom qu’on a donné aux épigrammes ; & aux pièces obscènes et trop libres, qui ont été composées sur Priape, dont il y a plusieurs exemples dans les catalectes des anciens. Priapeia, obscaena.[14]

Cet article est parfaitement similaire à celui de L’Encyclopédie, nul besoin donc, d’y revenir, si ce n’est qu’il fait mention des Priapeia, ces invocations poétiques sur les murs du temple à Priape du jardin de Mécène[15]

1. Du phallique au phallus.

            Ce siècle dont on a dit qu’il était l’âge d’or du libertinage fait donc évoluer Priape en en omettant, sciemment ou pas, certains aspects dans les articles de L’Encyclopédie ; rappelons tout de même que cet ouvrage partait d’une volonté de mémorisation. C’est oublier un peu prestement ce qui caractérise le dernier des dieux. Quoiqu’il en soit, même si sa survivance en tant qu’être qui faisait naître une érotique propre est mal en point à la lecture de ces articles, il n’en va pas de même dans le corpus des romans libertins du XVIIIème siècle. Il survit sous différentes formes, le fétichisme régnant le faisant renaître sous une forme métaphorique, voire métonymique.

            L’évolution principale tient de l’ontologie, de la mythologie, de la fonction de fécondité, de gardien. Priape devient un mythe de la virilité dans le domaine érotique, sexuel. Il confirme en fait ce mythe sous des dehors quelque peu différents. Il reste héros de la virilité sexuelle.

            Priape se métamorphose en un libertin étalant ses exploits. La différence avec l’antique Priape est que, durant le Siècle des Lumières, Priape agit autant qu’il parle ; il met l’accent sur une accumulation quantitative certaine. Si Priape résidait encore en son temple, celui-ci aurait plus une fonction de lupanar que de temple consacré !

            Si l’on reste dans ce domaine religieux, les statues ont dû, eu égard à l’un des sens que revêt un priape au XVIIIème siècle (un godemichet[16]), faire quelques cauchemars où elles étaient victimes de castration. Toute sa puissance divine est transférée dans son phallus. Ce phallus est une subjectification divine avant le dieu lui-même. La peur qu’il pouvait inspirer aux maris (L’Encyclopédie) ou aux oiseaux (gardiens des vergers), est à présent vecteur d’extase sexuelle… et de peur aussi, à la lumière des proportions que Priape arbore. Peur aussi pour les candidat(e)s qui vont avoir à subir les assauts d’un priape.

            En fait, la mythologie s’avère être ici une histoire de mots, de sèmes. Sur les six cents synonymes désignant la verge, le priape est le plus signifiant : les sèmes dont il est porteur sont révélateurs du programme à venir de la relation sexuelle – Employer le terme « amoureuse » dans le type de romans dont nous allons extraire quelques illustrations du « priapisme » dix-huitièmiste serait indélicat -. En fait, peu importe le terme employé pourvu que la sensation soit là !

            Priape est donc, sous toutes ses formes, l’objet d’un nouveau culte érigé autour de l’amour physique, du libertinage. Ce culte est souvent excessif, matérialiste, uniquement orienté vers la recherche du plaisir total, préconisant un changement incessant de partenaire. Sous la plume de Mirabeau, Priape devient le patron des fouteurs[17] que l’on invoque en cas de besoin :

            Foutons, foutons !… O mon vit ..! déploie tes ressorts de fer ! que tout cède à ton impulsion puissante !… Evoé, Amour !… Evoé, Priape ![18]

            Je propose donc une académie […] Chaque récipiendaire doit être inventeur d’une posture au moins. […] Alors on verra fleurir le priapisme, qui vaut bien le déisme.[19]

On n’adore plus un dieu phallique ; la passion frénétique, l’adoration, se reporte beaucoup plus sur le phallus, sur la nature. On passe de la spiritualité à la réalité concrète. On ne touche plus le phallus en espérant un retour sous forme de fécondité, mais on le touche (au mieux) dans un espoir de plaisir physique ; le tout étant accompagné d’une nouvelle façon de penser, d’envisager la relation de l’homme avec ses semblables. On reconnaît Priape comme objet de jouissance, non plus de crainte. Le corps devient un objet jouissant. On fait l’apprentissage d’un corps parcellaire (uniquement phallique), presque uniquement physiologisé. Ce dieu peut également être assimilé à la figure du libertin sadien :

            La débauche elle-même est encensée, on élève des temples à Priape […] et le lingam, espèce de membre viril que les filles de l’Asie portent à leur col, n’est autre chose qu’un meuble à l’usage de Priape.[20]

2. La présence textuelle

            Bien qu’il ait subi une relative évolution ontologique, mythologique, mais en aucune façon physique, il reste des réminiscences antiques dans la littérature érotique du XVIIIème siècle. Prenons par exemple le culte à Priape, sème antique s’il en est, avec Granval fils, créateur de quelques comédies érotiques dans le cadre d’un théâtre privé. La première des représentations eut lieu en 1750 et s’appelait La Nouvelle Messaline. Nul n’est besoin de détailler les mœurs quelque peu dissolues de cette impératrice romaine qui sacrifiait déjà plus qu’à son tour au divin phallus. Elle offrira, dans cette pièce, avec « trois fouteurs », un sacrifice à Priape. Les trois hommes s’avérant impuissants, Messaline déclame, parodiant Corneille en un sanglot :

            O rage ! O désespoir ! O Venus ennemie !

            Etais-je réservée à cette ignominie ?

            N’est-ce donc pas pour toi le plus sanglant affront

            Qu’on m’ait enfin réduite à me branler le con ?[21]

Même sous le ciel de Priape, la chair masculine peut s’avouer vaincue ! Le drame cornélien éclate dans sa grandiloquence lorsque « l’auto-sexualité » est le dernier recours de la débauchée.

            Sacrifier à Priape pourrait impliquer la présence du temple, ispo facto, de la statue : c’est ce motif que l’on retrouve dans Point de lendemain[22] de Vivant Denon, où il fait tourner une statue d’Amour qui devient celle de Priape :

            Nous sortîmes de la grotte pour aller lui porter notre hommage. La scène avait changé. Au lieu du temple et de la statue de l’amour, c’était celle du dieu des jardins […] Nous avions aussi quelques grâces à rendre à ce nouveau dieu.[23]

            Le paganisme semble à ce moment reprendre le pas sur le christianisme, Priape est à nouveau adoré. Andréa de Nerciat n’est pas en reste dans Le Diable au corps où il narre les exploits de le Tréfonsier qui donne une « fête priapique » dans une maison située sur les boulevards parisiens, cette orgie n’excluant en rien une assez fine psychologie, ce qui n’est pas systématique dans le genre qui nous occupe. Cet auteur mettra en sous-titre des Aphrodites, un autre de ses romans : Fragments thali-priapique pour servir à l’histoire des plaisirs.

            Pour rester dans le domaine mythologique, dans Le Tempérament (Granval), la reine Belendraps trompera le roi Ratanfort (l’onomastique est une fois encore révélatrice des tempéraments), avec Impicus, grand Prêtre de Priape. Ces fêtes priapiques sont topiques dans la littérature du siècle, forcément topiques si l’on considère que la moindre orgie peut être assimilée à une telle fête ; mais restons-en aux souvenirs antiques, et penchons-nous sur Mirabeau qui dédie l’une de ses bacchanales au « dieu de Lampsaque » :

            […] mais ce spectacle nouveau nous rendait encore plus acharnés à fêter le dieu de Lampsaque. Les trois groupes ayant consommé leur sacrifice […][24]

            Le culte à l’hellespontiaque existe toujours mais évolue considérablement : il n’est plus guère question de lui apporter des fruits, des pampres, mais on tend à lui offrir la chair des corps emmêlés en guise d’offrande à sa puissance sexuelle. Margot la Ravaudeuse, l’héroïne de Fougeret de Monbron dans son roman éponyme, rend également hommage au Triverge[25] :

            Pierrot me colla contre le mur. Ah ! puissant dieu des jardins ! Je fus effrayée à l’aspect de ce qu’il montra. Quelles secousses ! Quels assauts ![26]

            Il est difficile de croire à la lecture de cet extrait que Priape ait encore quoi que ce soit à voir avec la divinité. Il ne semble plus être qu’un vit permettant la jouissance physique ; plus du tout de spiritualité dans l’acte de sacrifice à Priape. Seules comptent les sensations physiques. Quant à Sade, il offre à ses lecteurs sa vision d’une fête priapique :

            Nous croyons outrager la pudeur en nous offrant tout nus aux regards des uns et des autres : presque tous les peuples du midi vont ainsi sans y entendre la moindre finesse; les anciennes fêtes  de Priape, et de Bacchus se célébraient de cette manière.[27]

            Autre motif relevé : le culte à un Priape, non plus en termes de puissance sexuelle, mais de potentielle fécondité. Jacques Vergier, qui laissa des contes en vers, sur le modèle de La Fontaine, où l’on voit Saint-Guignolé (Saint identifié à Priape : collusion entre christianisme et paganisme remarquée dans L’Oratoire d’une dévote, de Béranger), dont les épouses malheureusement stériles allaient flatter de la main l’effigie phallique dans le but de devenir fécondes, d’avoir un jour des enfants. Le culte de Priape se métamorphosera ensuite en pure relation sexuelle chez Boyer d’Argens :

            Cependant les outils de nos pères reprennent leur première consistance. Les libations bachiques sont interrompues de temps à autre par des libations à Priape. Toutes imparfaites que fussent celles-ci, nos frappards semblent s’en contenter, et tantôt mes fesses, tantôt leur revers servent d’autel à leurs offrandes.[28]

            L’érotisation des corps se mue en prolifération d’objets fétiches, véritables parades à  la castration. Dans cet univers où les objets magiques essaiment comme autant de métonymies du corps s’institue toute une série de médiations par l’intermédiaire desquelles les corps tout à la fois communiquent entre eux et se tiennent à distance, écrit A. Deneys-Tunney[29]. Elle résume bien l’une des évolutions du diuus minor qui devient, par l’activité potentielle qu’il incarne, par les exploits, les jouissances paroxystiques qu’on lui doit, le diuus maior.

            En effet, Priape perd sa substance divine avec sa majuscule qui devient minuscule, mais il gagne en possibilité d’action là où, sous l’antiquité, les mots n’étaient pas suivis d’actes. Il désigne et incarne le sexe masculin dans toute sa splendeur et sa virilité extra-ordinaire. L’antonomase le métamorphose en verge érigée.

            Il n’y a bien sûr pas que le roman qui mette en scène Priape. Au XVIIIème siècle fleurissent pamphlets et libelles obscènes, pornographiques, qui s’en prennent, à grand renfort de grossièreté, à toutes les institutions royales, voire aux personnes royales. Sous couvert d’un libelle, on a affaire à une description impudique d’objets que la pudeur dissimule, avec un goût du grossissement caricatural plus que certain. Les titres mêmes de ces œuvres, nous verrons ensuite un exemple de libelle, répondent de cette obscénité où l’on dissimule sous des noms caricaturaux les lieux d’impression, les imprimeurs, etc. :

            Les Etrennes à Priape, ou recueil de chansons foutro-critico-energico-lubriques, dédiées à tous les crasseux disciples de Saint-François, par un Bande-à-l’aise de la rue Tire-Boudin (à Paris, l’an 2 de la liberté)

Ou encore

            Les Foutreries chantantes, ou les Récréations priapiques des aristocrates en vue par la muse libertine, à Couillardinos, de l’imprimerie Vit-en-l’air (1791).

Parmi, donc, ces pamphlets révolutionnaires, citons Le Bordel National[30]: le frontispice représente la reine Marie-Antoinette et une citoyenne : Théroigne, devant une statue de Priape qu’elles ornent d’une main de guirlandes, cependant qu’elles flattent le vit dressé de leur main restée libre. Ce même pamphlet contient un Hymne à Priape, chanté par ces deux femmes.

            Les Phallophories de Sycone[31] ne sont pas mortes, pas plus que l’absence d’information dans les dictionnaires contemporains n’empêchent la mémoire collective de rendre hommage à ce dieu. Les auteurs de ces textes sont souvent des maîtres-chanteurs, des tacherons de la plume ou des écrivaillons payés à la feuille qui espéraient tirer de gros gains, des profits substantiels, des écrits diffamatoires qu’ils commettaient, écrits qui s’attaquaient le plus souvent à Louis XVI et à son entourage proche.

            Priape, dans ces textes, est, comme tout autre dieu ou terme désignant quelque chose de sexuel un alibi que l’on utilise dans un but évident de diffamation, de grossièreté outrée, et il permettra aisément l’immixtion du sexuel incarné dans n’importe quel type de texte. La mémoire du lecteur s’en souvient. Presque tout, dans ce type d’écrit, concourt à la facilité scripturale. L’érotomanie des écrivants mène à la facilité et à la grossièreté.

            Pour ce qui concerne le plus grand nombre d’occurrences de Priape dans le roman dix-huitièmiste, le procédé le plus récurrent reste l’antonomase, priape n’est plus que la verge qui permet de jouir.

            Pour désigner l’état d’excitation dans lequel se trouve Margot la Ravaudeuse, Fougeret utilise une périphrase :

            Je pâmai de rage, d’amour et de désirs : j’avais en un mot, tous les dieux de Lampsaque dans le corps. Le joli tempérament pour une fille de quatorze ans ! mais, comme l’on dit, les bons chiens chassent de race.[32]

Quant à Thérèse, l’envie qui grandit en elle provient de l’iconographie :

            Le cinquième jour, après une heure de lecture, je tombai dans une espèce d’extase. Couchée sur mon lit, les rideaux ouverts de toutes parts, deux tableaux -les Fêtes de Priape-, les amours de Mars et de Vénus- me servaient de perspective.[33]

            Le culte, qu’il ait sa forme antique ou celle du XVIIIème siècle, est présent dans tous les domaines de l’art, de la littérature, de la gravure, de la peinture, etc. Il met à chaque fois la personne qui y est confrontée dans un état proche de la pâmoison, si l’on en croit ce que l’on vient de lire.

            Ce Priape qu’on célèbre à l’envi sur les autels de la chair est le dieu antique qui, certes, a évolué : il est devenu synonyme d’extase sexuelle avant que d’amener à l’extase « mystique », quoique dans quelques couvents de cette littérature, les deux soient parfois liés. Nous parlions plus haut d’une récurrence pour ce qui concerne l’antonomase : ce processus est utilisé par les auteurs dans le but de rajouter un terme de plus  à la longue litanie des synonymes du sexe masculin[34]. S’il l’est pour nous remémorer les dimensions arborées, il est très peu des héros des romans libertins qui ont à envier Priape, ne serait-ce que les bourreaux sadiens : prenons l’exemple du géant anthropophage Russe Minski :

            A l’égard du membre dont tout cela part, le voici, dit Minski en mettant au jour un anchois de dix-huit pouces de long sur seize de circonférences, surmonté d’un chapeau vermeil et large comme le cul d’un chapeau.[35]

            Même si Priape n’est pas nommé, sa figure est sous-jacente à cette description, d’autant plus lorsqu’on poursuit la lecture et que l’on voit que Minski provoque la peur parmi les membres de son harem, et qu’il vit dans une grotte qui ressemble plus à un sanctuaire où est célébré un culte au libertinage paroxystique.

            Un priape désigne donc ici un vit « naturel », aux dimensions rappelant celles, supposées, du dernier des dieux mais il peut également désigner un « meuble », un leurre sexuel dont on se sert dans un but de jouissance, soit un godemichet. Dans cette occurrence, les deux Priapes ont encore quelques sèmes communs: la taille et le matériau. Ces priapes sont souvent faits de bois, alors que dans l’exemple précédent, seule la taille restait en commun. Mais la peur qui naissait à la vue du dieu était suivie d’actes au XVIIIème siècle, faut-il le rappeler.

            Le culte de Priape s’est éteint avec le paganisme, mais quelques tenants traditionnels au XVIIIème siècle conservent encore cette pratique, ces cérémonies, et des femmes de l’Indostan portent dévotement à leur col le lingam qui représente les paries de la génération des deux sexes entrelacés.[36]

Quant au temple qui lui est consacré, c’est à Sade que nous devons sa description :

            Le prince, pour nous recevoir, avait fait construire un temple à Priape, dans les bosquets de son jardin ; de mystérieuses allées d’orangers et de myrtes conduisaient à ce temple magnifiquement éclairé […], différents groupes de jeunes gens presque nus, au nombre de trois cents, remplissaient ça et là tous les intervalles ; et sur la haut de l’autel paraissait Francaville, debout, sous l’emblème de Priape, dieu du temple où nous étions introduits, des groupes d’enfants venaient l’encenser tour à tour.[37]

3. Piron : L’Ode à Priape.

            Alexis Piron est étudiant en droit lorsqu’il écrit cette Ode. Ecrite après boire, un autre étudiant l’emporte et la révèle au public du siècle. Un scandale vient au jour. Piron est menacé de poursuites et évite l’esclandre en désavouant cette œuvre obscène dans laquelle il donne une image de volupté païenne.

            Dans les premiers vers de ce texte, la Théogonie d’Hésiode n’est pas loin. Piron en appelle aux muses qui deviennent les Neuf garces ; il veut également foutre l’amant de Daphné, Apollon. Il l’invoque comme le parangon du fouteur. Priape lui apportera l’aide nécessaire dans le feu de l’action. La Théogonie devient une Foutromanie, titre d’un autre texte pornographique de ce siècle.

            La mythologie païenne n’est plus qu’une immense partie carrée où les corps s’enchevêtrent ; le sexe est leur unique raison d’être. Priape devient donc un dieu extrêmement important puisqu’il préside maintenant aux amours divines. Il supplante presque sa mère dans ses fonctions de déesse de l’amour, si ce n’est que celui-ci  n’est que physique.

            Qu’à Priape on élève un temple,

            Où jour et nuit l’on vous contemple,

            Au gré des vigoureux fouteurs :

            Le foutre servira d’offrande,

            Les poils et les couilles de guirlandes

            Les vits de sacrificateurs.[38]

            Une fois de plus sont mises de côté les attributions de gardiennage et d’épouvantail de Priape ; on n’en conserve que sa propension à accomplir (ou à aider), les derniers outrages de la sexualité. Tous les Dieux passent pour de fieffés fouteurs ; les lieux mythologiques sont métamorphosés en lupanars, Piron voulant, tout au long du texte, y faire montre de ses capacités sexuelles forcément immenses puisque sous l’égide de Priape.

            Les derniers vers de cette Ode résonnent presque comme une morale, à tout le moins comme un constat de Piron :

            Qu’on me méprise et me déteste,

            Que m’importe ; mon vit me reste,

            Je bande, je fous, c’est assez.[39]

Il faut également noter que Sade reprendra ces vers dans l’Histoire de Juliette. La paraphrase devient anticléricale et homosexuelle.

En guise de conclusion…

            L’évolution de Priape est patente, dans l’oubli d’une partie de ses fonctions : gardien, épouvantail obscène. On tend à ne conserver de lui que la représentativité sexuelle, virile, fécondante, ithyphallique surtout.

            Les célébrations mystiques sont devenues habitudes de passions scéniques sexuelles. L’évolution, dans la relation à la divinité, devient superstitielle, d’un athéisme substantiel, qui ne se pare plus de religiosité ou de spiritualité, quoique l’on rencontre nombre de temples où se tiennent des sacrifices à Priape dans les textes érotiques du XVIIIème siècle.

            Le logos antique laisse place à un éros obscène, gymnique. On accorde aux libertins un éloge patronymique découlant du nom de l’ithyphalle. Quoique vaillants dans le déduit, et malgré la permanence érectile dont ils sont affublés, on pourrait être plus tenté d’y voir une pathologie qu’une capacité exemplaire à l’accomplissement sexuel. La nature prônée au XVIIIème siècle peut en partie se retrouver dans l’évolution de ce dieu dont on a retiré la substance divine pour la remplacer par une nouvelle capacité d’agir, ce qu’il ne faisait pas sous l’antiquité. Tout émane de la nature, soit ! Si Priape en émane, il doit avoir des caractéristiques plus « humaines ». Priape devient parfois un histrion quelque peu vantard, permettant un changement de point de vue. On passe de la spiritualité au physique, du mens au corpus, de l’extase à la jouissance. Quant aux temples que l’on retrouve dans les textes, aux peintures, peut-être doit-on y voir la résurgence de l’antiquité, ne serait-ce que dans l’iconographie qui revisite hardiment les mythes antiques.

            Au siècle des Lumières, Priape est devenu  libertin, il parle peu, mais agit beaucoup, ou on le fait agir, parce qu’on en est la métonymie, ou la subjectification.

            Quid aujourd’hui de l’évolution ontologique de Priape ? Un vingt-et-unième siècle qui met en exergue les dimensions réelles ou supposés de mâles comme signe de potentielle pleine réussite de l’union des corps est-il si fondamentalement éloigné de ce que le siècle libertin des Lumières mettait en avant ? L’histoire et les mœurs écriront elles-mêmes la suite de l’Ode au diuus minor


[1] Catulle, 4, 7, 4

[2] Les Priapées de Maynard, Bruxelles, Jules Gray, 1864

[3] Le chansonnier anticlérical Béranger montre, dans L’Oratoire d’une dévote (chanson érotique publiée en 1834), Claire priant devant un Priape sanctifié avec un paroissien illustré d’emblèmes phalliques. La messe deviendrait alors presque intéressante.

 

[4] L’Encyclopédie, Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, mis en ordre et publié par M. Diderot […], par M ; d’Alembert, tome treizième, pp. 357 – 358

[5] On mettait alors dans la main droite de Priape une faux (falae saligna, in Virgile, Géorgiques, IV, 111 et Tibulle, I, 4, 8) ou un bâton (Priapeia, 63, 9)

[6] Il est connu, mais l’auteur de cet article se plait à l’expliciter… médicalement s’entend.

[7] Les amours de Priape ont en effet la chair triste. Celui qui est atteint de cette pathologie est soumis à une impossibilité de jouissance et à la stérilité. C’est une forme de nymphomanie sans fin.

[8] L’Encyclopédie, tome treizième, pp. 358 – 359

[9] Horace, Satires, I, 8, vers 1 : Olim Truncus eram ficulnus, inutile lignum (J’étais autrefois un tronc de figuier, bois sans valeur.)

[10] Il convient cependant de noter que Priape a souvent été mis aux côtés d’autres dieux présentant des caractéristiques communes : Ithyphallos et Tychon, tous deux dieux ithyphalles. C’est à peu près tout ce que l’on sait d’eux. On peut aussi penser à Conisalos, divinité lubrique représentée exécutant des danses indécentes (cf. Aristophane, Lysistrata, vers 982, et Les Oiseaux, vers 159 et sqq.)

[11] L’Encyclopédie, p. 358

[12] Le Grand Dictionnaire Historique (Nouvelle et dernière édition) ou le mélange curieux de l’histoire sacrée et profane, […] par L.M. Moreri, docteur en théologie, tome cinquième, MDCCXXXII, p. 351.

 

[13] Dictionnaire Universel françois et latin, vulgairement appelé Dictionnaire de Trévoux, tome sixième, MDCCLII, p. 331.

[14] Idem.

[15] Ces pièces sont dues entre autres à Domitius Marsus, à Cinna, à Horace, Virgile ou Mécène lui-même. Priape s’y accompagne d’un discours profus, de chansons versifiées sur des rythmes divers. Ces jeux poétiques sont liés à l’histoire de la religion. L’offrande est alors faite sous forme de paillardises.

[16] On peut en relever l’usage dans Aristophane, Lysistrata, et leur description technique dans Le Rideau levé, de Mirabeau, pp. 112 – 113.

[17] Mirabeau, Ma Conversion, Paris, UGE, coll. « 10/18 », p. 33.

[18] Mirabeau, op. cit., p. 66. Evoé est, de plus, le cri des Bacchantes ! On n’oublie pas l’ascendance divine de Priape.

[19] Mirabeau, op. cit., p. 100.

[20] D.A.F de Sade, Histoire de Juliette, in Œuvres, tome II, Paris, Gallimard, coll. « Pléiade », 1998, p. 341.

 

[21] Extrait de La Nouvelle Messaline cité par S. Alexandrian, Histoire de la Littérature érotique, p. 160.

[22] Dans la version de 1777 de ce texte.

[23] V. Denon, Point de lendemain, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1995, p. 96.

[24] Mirabeau, Hic et Haec, ou l’art de varier les plaisirs de l’amour, Paris, UGE, coll. « 10/18 », 1995, p. 195.

[25] C’est ainsi que Priape est qualifié dans une Priapée : At, 0 Triphalle, saepe floribus novis […] ; Nous avons cependant maintes fois, ô Triverge […], in App. Verg, pr. II, vers 4.

[26] Fougeret de Montbron, Margot la Ravaudeuse, in Romans Libertins du XVIIIème siècle, Paris, R. Laffont, coll. « Bouquins », 1993, p. 681.

[27] D.A.F. de Sade, Histoire de Juliette, in Œuvres, tome III, Paris, Gallimard, coll. « Pléiade », 1998, p. 340.

[28] Boyer d’Argens, Thérèse Philosophe, in Romans Libertins du XVIIIème siècle, Paris, R. Laffont, coll. « Bouquins », 1993, p. 643.

[29]  A. Deneys-Tunney, Ecritures du corps, de Descartes à Laclos, Paris, P.U.F., coll. « Ecritures », 1992, p. 13.

[30] Un autre texte parut sous la plume de cet auteur anonyme : Le Nouveau Dom Bougre à l’Assemblée Nationale, ou l’Abbé Maury au bordel, suivi de ses Doléances au Dieu Priape et d’une Ode aux Bougres, par l’auteur du Bordel national, s.l.n.d. Ce texte était côté 140 dans l’Enfer de la Bibliothèque Nationale.

[31] Il s’agit de célébrations antiques grecques au cours desquelles les familles brandissaient un cierge, simulacre phallique, en procession, avec force chants phalliques rivalisant d’obscénité. Les chants sur Priape réapparaitront au XVIIème siècle, sous la plume de Pierre Corneille Blessebois à qui l’on attribue un opéra intitulé Priape, en 1694, et dont on a retrouvé livret et partition.

[32] Fougeret de Montbron, op. cit., p. 680.

[33] Boyer d’Argens, op. cit., p. 655.

[34] Ces six-cents termes sont répertoriés par Pierre Guiraud, Dictionnaire érotique, précédé d’une introduction sur les structures étymologiques du vocabulaire érotique, Paris, éditions Rivages et Payot, 1993.

[35] D.A.F. de Sade, Histoire de Juliette, U.G.E., coll. « 10/18 », p. 569.

[36] Démeunier, L’Esprit des usages et des coutumes des différents peuples, Londres et Paris, 1785, t. II, p. 285

[37] Sade, Histoire de Juliette, p. 1054

[38] Piron, L’Ode à Priape, vers 25 à 30.

[39] Piron, op. cit., vers 118 à 120.

 

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