Livre « Dans le jardin de la bête » : être ambassadeur à Berlin en 1933 …

Ambassadeur, c’est un métier. Ambassadeur à Berlin en 1933, c’est à la fois un sacerdoce, et une interminable partie d’échecs avec le diable. Surtout pour W.E.Dodd que Roosevelt parachute en Allemagne alors que ce professeur d’université, historien et germaniste émérite, n’a aucune formation diplomatique et certainement pas la fortune nécessaire pour mener le train du plénipotentiaire attitré des USA en terre allemande. Qui plus est au sortir d’une crise économique mondiale.

Et pourtant … Embarquant femme, fille, fils et sa vieille voiture, Dodd prend le chemin de la capitale de ce qui est en train de devenir le IIIeme Reich. Et déboule alors que doucement mais sûrement, Hitler, ses lieutenants, ses SA et ses SS mettent la ville et le pays en coupe réglée. Avec la barbarie rampante qu’on imagine, et les dommages collatéraux qui vont avec.

Ressortissants américains passés à tabac pour avoir refusé de faire le salut nazi au passage des troupes de Rohm, pressions et menaces, fausses promesses, refus de payer la dette pourtant conséquente due à l’Amérique, Dodd n’est pas au bout de ses peines, et son séjour va vite tourner à au cauchemar, et à la prise de conscience. Car en débarquant à Hambourg, il n’a guère notion du danger que représentent les nazis. Mais il va assez vite le mesurer.

C’est cette appréhension que Erik Larson met en lumière dans son remarquable récit intitulé Dans le jardin de la bête. Une enquête aussi précise que riche d’informations, qui suit pas à pas l’installation de Dodd et de sa petite famille dans un climat d’insouciance exaltée, et leur progressive découverte de la catastrophe en marche, avec le climax de la Nuit des Longs Couteaux comme preuve irréfutable des dérives du régime hitlérien.

L’analyse de Larson donne à voir le positionnement contestable des USA qui, pour récupérer leur argent, vont passer sous silence les brutalités infligées aux juifs comme aux intellectuels et aux opposants politiques. L’antisémitisme est du reste assez répandu en Amérique, comme partout en Occident à cette époque. Les passages à tabac sont minimisés, on ferme les yeux. Les rares diplomates qui tirent la sonnette d’alarme sont moqués. On connaît la suite.

D’abord modéré, Dodd avertira sa hiérarchie avant de devenir la « Cassandre des diplomates américains » multipliant les conférences pour dévoiler les projets de conquête d’Hitler. Le cheminement de sa propre fille, américaine émancipée, séductrice et enthousiaste, est également parlant : d’abord séduite par le nazisme, elle va également déchanter, prendre peur, tourner casaque pour s’intéresser au communisme … ce n’est pas sans rappeler le parcours des sœurs Mitford.

Et c’est juste toute la folie de cette période qui transparaît dans la narration de Larson, alimentée par les mémoires, les journaux intimes, les lettres, les témoignages des personnages qu’il décrit. Un véritable thriller salué par le romancier Philip Kerr et qui donne à voir un Berlin en train de basculer dans la démence, avec le monde à sa suite.

Et plus si affinités

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