Little Go Girls : women of Abidjan

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Elles sont jeunes, isolées, sans éducation ni argent : pour les gos abandonnées d’Abidjan, la seule solution de survie demeure la délinquance et la prostitution. Rejetées par leurs familles, orphelines, en fuite, elles n’ont comme solution que l’enfermement dans des ghettos où elles se vendent pour une misère. Dans ce véritable piège social, est-il possible de se construire un avenir et de quelle façon ? C’est l’histoire que raconte Little Go Girls.

Une histoire, pas une fiction. Ces filles, Eliane de Latour les a vraiment rencontrées, elle les a vraiment photographiées, a vraiment organisé des expositions, publié des livres, ramené l’argent de la vente en Côte d’ivoire. La cinéaste anthropologue en profite alors pour créer la casa des Gos afin de toutes les épauler pendant leur insertion. « Images de l’intime » précise la réalisatrice qui suit l’évolution de ces femmes blessées dont pas une n’a d’identité légale. Dormir, manger, se préparer pour la séduction du soir, trouver un abri, errer, prendre en charge les enfants, leur quotidien de prostituées constitue la première partie du film, suivi d’un second versant où elles investissent la Casa pour bâtir un lendemain meilleur, entre religion, alphabétisation, vie commune et créativité.

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Qui s’en sortira ? C’est la question posée. Une question qui sert de fil directeur aux études d’Eliane de Latour. Ses recherches au CNRS, elle les a consacrées à la thématique de la réclusion sociale et à la manière de s’en émanciper. Harems, prisons, ghettos, comment les femmes, laissées pour compte de la société africaine, peuvent-elles échapper à ce déterminisme social funeste ? Une fois les moyens obtenus, la volonté suivra-t-elle ? Et la chance ? Que faire de cette variable, comment l’ajuster dans l’équation ? Une subvention qui arrive trop tard, et tout est perdu ? Avec beaucoup de patience, une infinie grâce, sans jamais juger ni se montrer complaisante, la cinéaste approche ces filles, les montre dans leur intimité, leur quotidien. Présente certes, mais sans s’immiscer.

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Belles, travaillées ses images témoignent d’elles mêmes avec une grande humilité, une dignité évidente. Nous ne sommes pas dans du voyeurisme, ni dans de la condescendance affligée. Si elle apparaît au début du documentaire pour exposer la situation, la voix de l’artiste s’éteint ensuite, et ce sont des encarts qui diffusent les faits, laissant toute lattitude au vécu, dans la lourde torpeur équatoriale. On pense alors aux écritures réalistes, à Balzac, Flaubert ou Zola … dont on découvre les portraits au détour d’une page du site d’Eliane de Latour. Trois incontournables de l’écriture réaliste, trois auteurs qui vont révolutionner la perception du réel, sa retranscription dans l’oeuvre d’art.

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Ces trois plumes vont évacuer le fantasme ou le vertueux érigés en modèles sublimés pour se concentrer sur le vrai, le véridique des corps, des émotions, des relations. Peu importe qu’il s’agisse de beauté ou de laideur. Il s’agit de montrer ce qui est. Et de s’en imprégner, de s’en émouvoir, de se révolter peut-être, en tout cas de constater. Très clairement Little Go Girls hérite de cette perception, de cette appréhension du monde, en démontre la nécessité pour se démarquer du catastrophisme ambiant et apporter une alternative au spectaculaire racoleur.

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Et plus si affinités

Pour en savoir plus sur Little Go Girls, consultez le site de la réalisatrice.