Littérature / En souvenir d’André – Martin Winckler : Vers un droit du mourir ?

Le dernier livre de Martin Winckler En souvenir d’André fait écho au rapport Sicard et au récent film Amour. L’auteur et médecin à succès pose le problème épineux de la fin de vie et de l’aide au suicide. Ayant déjà dénoncé la formation universitaire dans Les 3 médecins ou les problèmes dans un service de gynécologie dans Le chœur des femmes, Winckler se lance ici dans un véritable plaidoyer sur l’accompagnement vers la mort.

Dans ce « roman », Daniel est un médecin qui pour s’occuper de la douleur se retrouve dans une pratique illégale de la médecine ; pour des questions d’éthique, il finit par aider les personnes souffrantes à mourir. Sans prendre expressément position ou chercher à convaincre les lecteurs, on cherche ici à sensibiliser sur une réalité non aliénable : la médecine n’est pas toute puissante. En effet cette médecine qui guérit de mieux en mieux a un prix, celle de laisser des patients condamnés. L’avancée de la science et de la technique se retourne contre elle : comment prendre en charge quand les traitements ne sont plus efficaces ?

Le rapport Sicard remis à François Hollande le 18 décembre veut éclairer le débat sur l’euthanasie. Il interdit toujours le suicide actif mais admet une assistance au suicide dans certains cas et surtout il met en lumière l’insatisfaction de beaucoup de citoyen dénonçant une médecine du tout curatif. Luc Perino écrit que si la mort est un échec médical alors la médecine est un échec permanent. En effet il est avant tout question de soulager la douleur pour rendre à l’individu toute sa dignité d’être humain.

On peut être parfois choqué par les propos de Martin Winckler et surtout on peut ne pas adhérer à cette vision de la médecine comme « donnant la mort » mais on est forcément touché. Qu’importe notre avis sur la fin de vie, on partage tous cette volonté de développement du palliatif. Quand la technique se retrouve confrontée à sa propre limite, le « care » doit gagner du terrain par rapport au « cure ». Il s’agit d’écouter, d’accompagner comme le fait dans l’ouvrage ce médecin qui avant de donner une dose iatrogène, écoute des histoires de vie, des moments de confidences de celui ou celle qui voit la mort en face.

Faisant écho à cette célèbre phrase de Pasteur « guérir parfois, soulager souvent, écouter toujours », c’est ici une vision ontologique qui est mise en lumière. Le lecteur se demande « Et moi, qu’est-ce que je ferais ? ». Cet ouvrage est l’occasion de se poser des questions, de réfléchir à un débat d’actualité nous touchant tous.  Douleur et souffrance doivent être soulagées, aucun malade ou mourant ne doit être oublié, négligé, abandonné.

Si le droit de mourir comporte des risques moraux,  psychologiques, sociaux, il est ici question de s’interroger sur un droit du mourir, c’est-à-dire celui d’être accompagné vers la fin. Les soins palliatifs, nouvelle branche de la médecine qui reconnaît son propre échec, nous transmettent le visage d’un exercice médical plus humain.

Et plus si affinités

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