L’escale : la dignité de l’exil

Regardez bien cette bande annonce :

Vous avez noté ce garçon à la bouche tordue par une cicatrice ? En plein milieu du tournage, il est mort. Tué par des voleurs alors qu’il a dû retourner en Iran, sa patrie d’origine, après des mois passés en transit en Grèce comme clandestin, dans l’attente de papiers qu’on ne lui donnera jamais. Non je ne spoile pas, je m’insurge, je me révolte.

Tout comme le sujet de ce film : Kaveh Bakhtiari y suit le quotidien d’une dizaine de migrants coincés dans un no man’s land juridique, dépourvus d’identité et de présent, en attente d’un passage vers l’Europe et la vie. Nous les stigmatisons du nom infâme de « sans papiers », terme hautement péjoratif sentant la délinquance et la faute. Mais derrière cet euphémisme hypocrite, se cristallisent la souffrance de l’exil, la peur au quotidien, la perte de soi, le déracinement le plus douloureux, l’abandon permanent.

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 Des voyous pensons-nous à longueur de journal télévisé, des êtres humains répondent-ils de leur cachette. Eux qui risquent la mort plutôt que de demeurer dans leurs pays d’origine où de toute façon ils sont condamnés car ils portent en eux les principes de démocratie et de liberté qui sont soit disant les nôtres, que pour rien au monde nous ne voudrions être amputés mais que nous leur refusons, au péril de leurs têtes, alors que pour beaucoup, éduqués et inventifs, ils sont porteurs de richesses et de créativité.

Très vite, on s’attache à ces hommes dont le plus jeune a tout juste 16 ans : à l’âge où nos fils courent les filles et jouent sur internet, lui se cache dans ce terrier propice et insalubre qu’est le petit appartement d’Amir, lui-même en transit sur cette terre inhospitalière de la Grèce déchirée par la crise. Ils attendent tous de passer, comme le feraient les âmes au bord du Styx, en quête d’un Charron plus efficace et moins corrompu que les autres, d’une opportunité, d’un moment favorable. Se grimant au besoin, devenant fous dans cette expectative qui peut durer des années.

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Clandestins. Morts vivants. Les termes sont forts, les images sidérantes de beauté tandis que chacun se raconte, humblement ou avec humour, philosophie, détachement, fatalisme ou colère. On rit, on pleure, on angoisse, on espère dans cette atmosphère surréaliste qui ravale le Huis-Clos de Sartre au stade de comptine pour enfant. Car si l’enfer c’est les autres, dans le cas de nos fugitifs, c’est aussi une sauvegarde vitale et on reste confondus et honteux devant la solidarité dont ils font tous preuve au cœur de cette détresse.

Que voulez-vous que j’ajoute après cela ? Sinon de voir le DVD de ce documentaire d’une très rare valeur ainsi que les entretiens qui le complètent, pour nous informer, ressentir, et nous rappeler tous que derrière le discours médiatique racoleur et les volontés politiques coercitives, il y a des êtres humains. Et rien ne dit que demain nous ne serons pas à leur place peu enviable.

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Et plus si affinités

http://www.escalelefilm.com

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