Les Princesses vagabondes … entre fuite picaresque, ironie à la Voltaire et amours de soeurs

Il était une fois quatre filles de France, vieillissantes et esseulées, au cœur d’un royaume en dislocation, Enfermées dans leur palais comme dans une bulle, abandonnées de tous ou presque, elles durent fuir les émeutes pour survivre, quitte à finir leurs jours dans un pays étranger où elles s’éteignirent à petit feu dans l’indifférence générale. Mais avant quel périple, mon Dieu, que Frédéric Lenormand nous conte dans son roman Les Princesses vagabondes, avec son humour délicieux et une véritable tendresse pour ses héroïnes.

Il faut dire que le sort de Mesdames, rejetonnes de Louis XV et de son épouse Marie Leszczynska, ne fut pas ce qu’il y a de plus enviable. Nées femelles quand seul un garçon pouvait assurer la dynastie, elles furent reléguées au fin fond de nulle part dés leur naissance, puis rappelées à la Cour où quatre d’entre elles crurent bon de décéder, laissant l’autre moitié s’abîmer dans le célibat, voire le carmel pour Louise qui en sortit très impactée mentalement. Adulant un père qui préférait ses favorites, les trois autres intriguèrent à qui mieux mieux pour imposer le parti bigot au sein d’un Cour dissolue, s’en prenant par ailleurs à Marie Antoinette dont elles se firent une ennemie redoutable.

Bref Adélaïde, Sophie, Victoire et Louise étaient de sales gamines mal élevées, qui trompaient l’ennui en complotant quand elles ne faisaient pas du jardinage, de la musique ou de la broderie. La Révolution déboule dans leur univers de conte de fée pour les ramener brutalement dans la réalité. Pour survivre aux hordes de sans culotte qui mettent Versailles à sac, il faut fuir, loin, en Italie par exemple, à Rome, près du Pape, qui n’est pas forcément ravi de voir débarquer ces harpies, puis à Naples auprès de Marie Caroline, reine de ce petit royaume, sœur de Marie Antoinette, pleine de ressentiment pour ces garces qui ont pourri la vie de sa cadette qu’elle aime tant.

Vous l’aurez compris, l’exil de Mesdames ne va pas être évident. Mais sous la plume de Frédéric Lenormand, cela devient un véritable roman picaresque, dans le plus pur esprit voltairien, dont du reste il a conté les aventures policières dans d’autres livres. Nos quatre princesses rivalisent de vacheries en tous genres et d’inventivité pour échapper à leurs poursuivants, n’oubliant jamais leur rang ni leurs origines, devenant au final les dernières ambassadrices d’une monarchie moribonde dont elles contemplent les ruines fumantes et les spectres, impuissantes et résignées.

Et c’est là la force de ce récit attachant de montrer ces dames dans leur humanité la plus douloureuse, au moment où l’on si attend le moins, pour rappeler le triste sort imposé aux princesses et aux filles de monarque, sacrifiées à l’étiquette, considérées comme des reproductrices, des ventres à vendre au gré d’une alliance territoriale. A leur manière mesdames firent front : jamais elles ne se marièrent, faisant capoter toutes les perspectives d’union, préférant rester ensemble au chaud dans leur fratrie, crachant ainsi sur le pouvoir des mâles, affirmant dans leurs dernières années un courage, une volonté que d’aucuns pourraient leur envier.

On referme l’ultime page de cette histoire avec énormément de regret, l’âme à la fois légère d’avoir tant ri, lourde devant ces destins sacrifiés, happés par la force de l’Histoire, attristée devant la teneur tragique des derniers mots prononcés.

Et plus si affinités

http://www.editions-jclattes.fr/les-princesses-vagabondes-9782709619028

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