Les 3 éléphants / J.C.Satan : le rock est une mécanique incantatoire

Selon la légende, les chats noirs tachés de blanc échappaient à la vindicte populaire, à la crucifixion ignominieuse et aux sévices les plus terribles car on les croyait touchés du doigt de Dieu. De même les cinq félins de J.C.Satan portent cette auréole salvatrice irradiant leur diabolique fourrure noire.

J.C. Satan : entre ange et démon, dans la plus pure tradition du rock, dans ce qu’il a de plus fébrile, de plus mystérieux, de plus simple également, depuis qu’un certain Robert Leroy Jonson lança le coup d’envoi de cette musique unique en signant le pacte tendu d’une main griffue et tremblante d’émotion par un Lucifer redevenu un instant radieux ?

Paula la chanteuse aux allures d’Anna Magnani sous mescaline, à la voix de hyène siouxsienne éclatera probablement de rire en lisant ces lignes, elle qui se veut d’un rationalisme intransigeant, scientifique, voltairienne dans l’âme, philosophe des Lumières. C’est qu’à la base, J.C. Satan est une blague, un délire de potes, une antithèse, une manière d’accoler les contraires. Pas l’ombre d’un message religieux, plutôt une rigolade de potaches.

Et puis de morceau en morceau, les musiciens s’ajoutant au gré des rencontres, le puzzle a pris forme, le son aussi, les textes également : crades, irrévérencieux, sans pitié, ne reculant pas d’un pouce, profitant de l’expérience de chacun, Arthur par exemple qui a éclusé plus d’un combo, tissant le son de ses riffs vitriolés de cave en bar, jouant comme un forcené, comme un possédé à s’en faire éclater les veines comme d’autres s’explosent le cœur à coup de shoots.

A ses côtés Ali, blonde et fine derrière sa gratte, qui vous empoigne la rythmique comme une tigresse, une bacchante venue des limbes, tandis que Paula fouille ses cordes vocales, à genoux, en sueur, possédée, une croix blanche scotchée au ventre, que Dorian torture ses synthés de façon hypnotique, Romain ses tambours incantatoires (ce soir-là il est remplacé, son poignet n’a pas résisté, semble-t-il). Et ça gicle de partout !

Preuve :

Et là, ils sont encore calmes, les mélodies vont monter en puissance tandis qu’on passe des tonalités punk à celles du garage, à celles de la psychédélique, avec parfois des ruptures plus stoner, du blues. Pas vraiment du Cramps, pas vraiment le Gun Club, mais les âmes tourmentées de Lux Interior et Jeffrey Lee Pierce flottent pour sûr au dessus de la scène et sur leurs visages blafards, s’étire le sourire épanoui des bonnes fées, assurées que la succession est en de bonnes mains.

Avec des albums comme Sick of love, Hell death samba ou  Faraway Land et la kyrielle d’EP qui vont n’avec, comment ne le seraient-ils pas ? Et plus encore avec cet entretien que nous allons avoir à bâtons rompus, sur les poufs de la désormais fameuse biblio lavalienne, où nous échangeons sur la religion, la politique, le rôle du musicien et de l’artiste dans la société, l’usage des tremplins, le passage à Bourges, eh oui, ce sont des Inouïs … et ils s’en tapent, conscient que l’important, le vital, c’est le labeur quotidien, jouer jour après jour. Car les J.C. Satan sont des bosseurs, des bourlingueurs, … et surtout des passionnés. Enjoy, chers lecteurs/auditeurs  et des milliers de mercis à la bande des J.C.Satan car ce fut une très belle rencontre, et une mise au point pleine de bon sens et de raison :

J.C.Satan aux 3 éléphants : une rencontre ! by Delfromtheartchemists on Mixcloud

Photos : Etienne Miloux – Gaelle Evellin

Et plus si affinités

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