Léonie Pernet, de « Crave » à Passengers … l’art du sans filtre

Que voulez-vous faire de votre vie quand votre prénom désigne à la fois les héroïnes de vaudeville les plus nunuches et les félines élégantes et farouches de la savane ? Pleurer sur cette dichotomie peut-être, ou n’en avoir rien à fiche. Léonie Pernet a coché la deuxième option et c’est d’une allure tranquille et décidée qu’elle embrasse une carrière musicale déjà riche de belles surprises, comme d’autres iraient benoîtement faire leurs courses.

Visage dissimulé sous de longs cheveux noirs, voix d’enfant, caractère bien trempé : la donzelle est faussement discrète, comme ces mômes qui végètent au fond de la classe, cancres trompeurs qui alimentent leur génie dans le secret de leurs pensées, tandis que le prof s’évertue à leur enseigner un droit chemin que jamais ils n’emprunteront, les lignes étant faites pour marcher droit et au pas sans jamais explorer des chemins de traverses pourtant plus intéressants.

Rien à fiche donc : à la manière d’un Iggy Pop, Léonie Pernet trace sa route à elle, sinueuse mais bien définie, qui la mène dans les contrées d’une électro introvertie, émue mais néanmoins travaillée et maîtrisée. Son album Crave en témoigne, soit douze morceaux ultra ciselés, qu’on pourrait prendre pour autant de harakiri mélodiques (avec ce petit arrière goût de Taxi Girl dans la bouche sur certaines intonations), si l’on ne comptait sur la personnalité de la dame, qui n’est pas du genre à se vider les tripes pour rien.

Exit Mishima, nous serions plus dans le registre des figures de Duras, Hiroshima mon amour oblige mais pas trop quand même ; ce n’est certes pas un hasard si Léonie Pernet nous assène une version superbe et reboostée du « India Song » en clôture de son album, digne hommage à la romancière et à son interprète Jeanne Moreau. On appréciera par ailleurs ces bijoux que sont « Nancy », « Rose », « Two of us », « Mister A », « Butterfly ou « African melancholia » … états d’âme parsemés dans les tracks de ce journal intime où l’on regarde défiler le temps, où l’on scrute avec une curiosité amusée ses propres changements de perception.

Et sans en faire tout un plat. Léonie Pernet n’est pas une drama queen, sa musique ne semble pas être un exutoire ni une thérapie … juste un pur plaisir, une émanation naturelle de son être … parce qu’elle est comme ça, c’est tout. Point barre. Pour s’en convaincre, il faut visionner l’étrange et remarquable Passengers où, elle et sa complice, Hanna Ouassim, investissent un des tapis roulants de l’aéroport Charles de Gaulle pour un concert aux néons, dans cette gigantesque bulle désertée par la vie, en transit …

ce concert sans public met en relief l’expertise des deux musiciennes, leur réel plaisir à être là, leur aisance, la facilité avec laquelle elles croisent voix, percussions, synthés, boites à rythme … dans l’instant présent, une occasion de vivre quelque chose de différent, en dehors de ces lignes droites aussi fades qu’inintéressantes, en plein chemin de traverse. L’art du sans filtre …

Et plus si affinités

https://www.facebook.com/leoniepernetmusic/

https://www.deezer.com/fr/album/66197582

https://www.arte.tv/fr/videos/081858-003-A/passengers-leonie-pernet/

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