L’Enfance volée de Jan Broberg : autopsie d’un prédateur sexuel

1974 : la petite Jan Borberg disparaît. Elle est en compagnie de son voisin Robert Berchtold, un voisin et ami intime de ses parents, qui devait l’emmener à son cours d’équitation. L’enfant et son kidnappeur reparaîtront cinq semaines plus tard, reprenant leur vie sans aucun problème. Jusqu’au second enlèvement. Voici résumée en quelques mots l’affaire Broberg/Berchtold, dont le true crime Abducted in plain sight – L’Enfance volée de Jan Broberg explore les dessous proprement effrayants.

Diffusé par Netflix qui a décidément inscrit ce genre comme une spécificité de son catalogue, le documentaire signé Skye Borgman expose en détail et sans concession le portrait d’un prédateur sexuel dans ce qu’il a de plus destructeur. Car Berchtold n’est pas qu’un pédophile, c’est aussi un dangereux psychopathe doublé d’un manipulateur dont la perversion n’a pas de borne.

Séquence après séquence, confrontant les témoignages et l’approche chronologique du dossier, Borgman décrit les mécanismes enclenchés par Berchtold pour noyauter la famille de sa future proie qu’il a immédiatement repérée, s’attacher les parents et la fratrie avec de les rendre dépendants affectivement, exploitant chacune de leurs croyances, de leurs valeurs, de leurs failles psychiques avec une intelligence démoniaque, sans aucun scrupule ni remord.

Au fil du temps, les parents de la petite ferment les yeux, laissent se mettre en place la logique de cet enlèvement, n’ont pas notion un instant que ce rapt fut doublé d’un viol répété, voient leur fille devenir ingérable, totalement influencée par les mensonges de son agresseur qu’elle érige en amour de sa vie alors qu’elle n’a que treize ans.

Il faudra du temps, beaucoup de patience pour sortir de cette situation épouvantable, confondre le criminel et panser des plaies qui ne seront jamais totalement cicatrisées. Les confidences des parents, des sœurs, de Jan elle-même démontrent l’énorme travail de résilience opéré pour réparer des dégâts profonds. Le malaise est croissant, tandis que la logique de ce qui relève d’un endoctrinement se met en place.

Et un sentiment total d’impuissance face à cet individu calculateur qui a anticipé son crime, l’a préparé de longue date, s’est très probablement délecté de chaque étape franchie le rapprochant de sa victime. Le documentaire, en se concentrant sur le désarroi et la souffrance des Borberg met en exergue et avec beaucoup de tact la question délicate mais essentielle de la victimologie.

Par ailleurs le traitement du sujet évacue toute valorisation du criminel. La figure de Berchtold apparaît dans ce qu’elle a de plus néfaste. A ce titre, on aurait aimé entendre l’avis de son épouse et de ses enfants, qui subirent également ses manipulations, éventuellement le récit de ses autres cibles … car, et c’est là le plus tragique, Jan ne fut pas la seule. C’est l’aspect le plus poignant du film, qui donne à voir l’aisance avec laquelle ce type de criminel échappe à la justice, sous le masque de la sympathie la plus trompeuse.

Et plus si affinités :

https://www.netflix.com/fr/title/81000864

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