Le Traître : histoire d’un repenti qui ne voulait pas l’être

Soit le parcours de Tommaso Buscetta, alias le Boss des deux mondes, qui, par son témoignage fera tomber les grands parrains de Cosa Nostra, Toto Riina et le clan Corleone en tête. Un enième films de mafieux, me direz-vous ? Certes mais qui tranche avec le style musclé de Gomorra, Suburra, Piranhas et consort. Il s’agit de revenir en arrière, dans les années 80, quand les familles siciliennes s’entre-tuent pour le contrôle du trafic de stupéfiants. Sans plus aucune pitié, aucune morale. La fin d’une époque, d’un monde.

C’est cet écroulement progressif que le réalisateur Marco Bellochio donne à voir en se concentrant sur la figure de Buscetta, ici incarné par le très charismatique Pierfrancesco Favino. Un Buscetta qui refuse d’être qualifié de repenti, mais qui, de témoignage en procès, regrette la disparition de « sa » mafia, pétrie de sens de l’honneur et de respect. Un leurre ? Le personnage est changeant, ses motivations demeurent opaques : peur, vengeance, colère … Nul ne sait vraiment, pas même le juge Falcone qui l’interroge des jours durant.

Est-ce étonnant ? Pur produit de la logique mafieuse, Buscetta est impénétrable, totalement illisible, incompréhensible pour le commun des mortels. Devant les tribunaux, les différentes confrontations avec ses anciens comparses demeurent inaudibles, ponctuées de sous-entendus, de menaces larvées, de ce dialecte sicilien que les magistrats peinent à décrypter dans cette ambiance de commedia dell’arte, d’opéra bouffe. Et d’hypocrisie latente. Car les mafieux opèrent main dans la main avec les politiques, qui s’accrochent à leurs privilèges comme des moules à un rocher.

Tourné dans une atmosphère presque pirandellienne, dans un style qui évoque Main basse sur la ville de Francesco Rosi, Le Traître dépasse la violence des meurtres pour évoquer celle, beaucoup plus pernicieuse, d’une classe sociale enfermée dans ses conventions, sa vision du monde, et totalement incapable de s’en affranchir. Par certains moments, le réalisateur aborde ce microcosme comme s’il s’agissait d’une secte, imperméable aux scrupules et aux remords, au respect d’autrui, sclérosée par son avidité.

Les séquences du Maxi-Procès de Palerme sont à ce titre tout à fait parlantes, particulièrement bien restituées et d’autant plus effrayantes qu’elles sont à la fois bouffonnes, absurdes et brutales. Le traître ajoute donc au biopic la chronique sociale, émaillant son propos de véritables images d’archives qui évoquent les convulsions de cette époque troublée.

Et plus si affinités

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