Le Pont des espions : la Guerre Froide en nuances

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Hasard du calendrier notre chronique sur Le Pont des espions tombe en même temps que les résultats des Oscars qui consacrent Mark Rylance meilleur second rôle. Et le hasard fait bien les choses, car la manière dont l’acteur britannique, déjà apprécié dans Wolf Hall, campe l’espion russe Rudolph Abel est tout à fait représentative de l’ensemble de l’oeuvre, de l’atmosphère qui s’en dégage : en nuances.

Une fois de plus, Spielberg s’attaque à l’Histoire en nous racontant un épisode de la Guerre Froide. Avocat d’affaires, James Donovan (excellent et si humain Tom Hanks) est engagé par le gouvernement américain pour assurer la défense d’un espion russe arrêté sur le territoire. L’objectif est de démontrer la supériorité de la justice américaine sur le système soviétique. D’abord réticent car conscient de ce qu’il risque dans ce climat de chasse aux sorcières, Donovan se charge finalement du dossier par respect pour ses principes. Ayant évité la peine de mort à son client, il va par la suite se retrouver impliqué dans des pourparlers secrets et risqués avec les russes et les allemands afin d’échanger Abel contre un pilote et un étudiants américains imprudemment tombés aux mains du camp soviétique.

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C’est dans une ambiance sombre et assez polaire qu’évoluent les personnages du film. Couleurs neutres, lumières tamisées, ambiances feutrées des bureaux, des parloirs, des antichambres … le scénario de Matt Charman revu par les frères Cohen ne donne pas dans le spectaculaire : la Guerre Froide y apparaît avant tout pour ce qu’elle est, un constant bras de fer entre deux super puissances antagonistes jusque dans leur mode de vie, qui ne peuvent s’affronter directement par peur de l’anéantissement nucléaire. Du coup c’est à celui qui devinera l’autre, qui anticipera ses décisions, ses envies, ses techniques. L’espionnage est la clé de ce jeu de dupes, où les vies et les valeurs très vite n’ont plus d’importance réelle.

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Spielberg n’a pas son pareil pour relater le poids d’une atmosphère, le quotidien d’une humanité aux prises avec les angoisses d’une époque. Le Pont des espions n’échappe pas à la règle, qui baigne dans la haine réciproque des deux camps, la crainte quotidienne de la catastrophe. Ainsi Donovan retrouve son fils de 12 ans retranché dans la salle d’eau, en plein exercice de survie pour contrer une éventuelle attaque nucléaire. Quant aux aviateurs recrutés par la CIA pour survoler l’URSS, ils ont ordre de s’empoisonner en cas de capture. L’érection du mur de Berlin dans la pâleur du petit matin, au milieu des cris et pleurs des familles séparées brutalement rappelle que le clivage politique constitue autant de tragédies individuelles, de destins brisés.

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Raison d’État que Spielberg questionne, en soulignant combien son héros s’accroche à ses convictions, ne lâchant pas un pousse de terrain face à des interlocuteurs pour le moins retors. Film d’espionnage ? Thriller ? Fresque historique ? En brouillant les genres, Spielberg donne à voir la réalité d’une époque. Si son propos soutient la position américaine de façon parfois une peu manichéenne, il n’en demeure pas moins que Le Pont des espions relate avec pertinence le clair obscur d’un temps géopolitiquement complexe. En l’abordant du point de vue des êtres.

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Et plus si affinités

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