Le Modèle Noir – De Géricault à Matisse  : noires inspirations au Musée d’Orsay

Depuis le 26 mars et jusqu’au 21 juillet, le Musée d’Orsay expose Le Modèle Noir – De Géricault à Matisse. Sublime et nécessaire exposition qui questionne la représentation des Noirs en France – et plus particulièrement à Paris – dans les Beaux-Arts, de la Révolution française aux années cinquante débutantes. Une trentaine d’évènements s’ajoute à cette exposition, tout comme la publication d’un catalogue, ouvrage autant consacré à l’art qu’à l’Histoire qu’il faut impérativement se procurer.

Invisibles

Sur le scandaleux tableau, elle se tient derrière la prostituée alanguie, Olympia. Tenant un bouquet de fleurs pastel, sa robe pâle l’extrait de la pénombre dont son visage possède la même noirceur. Si de nombreuses pages ont été écrites sur ce tableau d’Édouard Manet, exposé au Salon de 1865, notamment sur sa licence, force est de constater l’inexistence de commentaires relatifs à Laura, modèle Noire du peintre, fictive servante de la cocotte Olympia. Laura est invisible. À lui seul, le chat qui figure sur le tableau à ses côtés a recueilli bien plus de commentaires outrés.

Invisibles : tels sont les modèles noirs dans la peinture en cette fin de 19ème siècle, tout comme ils l’étaient déjà à l’époque de la traite atlantique. Pour un Albretch Dürer qui nomme son modèle sur ses gravures à la mi-16ème (Portrait de Catherine), combien d’artistes ont omis de nommer tous leur modèle à la peau d’ébène ? Pourtant l’amateur d’art les connaît bien, ces femmes et ces hommes : il y a Joseph le Nègre, dominicain et modèle favori de Géricault, d’Horace Vernet ou Théodore Chassériau. Il y a aussi Maria l’antillaise, que les clichés de Nadar immortalisèrent. Mais aussi Jeanne Duval, Chocolat ou la première star mondiale Noire Joséphine Baker.

Exposition pionnière

Avec Le modèle noir – de Géricault à Matisse, le Musée d’Orsay se lance le défi de réhabiliter ces modèles, « l’art se devant de découvrir et révéler la beauté que les préjugés et la caricature ont recouverts » dixit Alain L. Locke. Et c’est une exposition pionnière en France car pour la première fois, un grand musée français s’intéresse à la représentation des Noirs dans les Beaux-Arts, sujet étudié depuis plusieurs décennies aux États-Unis. Une exposition d’art presque autant que d’histoire, tant elle dresse un conséquent tableau socio-culturel du Paris moderne.

Mené par la Wallach Art Gallery de New York et le musée d’Orsay, cette exposition est une grande fresque illustrée d’œuvres de Géricault, Girodet, Carpeaux, Cézanne, Matisse, et riche de peintures parfois fort peu connues, récoltées dans les musées français, qui dote enfin tous les modèles Noirs d’une visibilité nouvelle. Une réussite indéniablement, tout comme le catalogue de l’exposition publié chez Flammarion et somme inépuisable d’informations.

Une humanité spoliée

Divisé en quatre parties richement illustrées et couvrant la période 1788-1954, le catalogue déroule l’Histoire avec un grand H. Celle du peuple Noir : de la traite atlantique, en passant par la Révolution, l’abolition de l’esclavage, les zoo humains et l’arrivée de la culture afro-américaine dans l’entre deux-guerres. 21 plumes signent les textes dont celles du spécialiste de la Révolution française Stéphane Guégan, de l’historien des États-Unis Pap Ndiaye, de l’historienne de l’art Anne Higonnet ou encore Lilian Thuram, membre du Haut Conseil à l’intégration et président de la fondation Lilian Thuram-Éducation contre le racisme. Au fil des 385 pages de l’ouvrage défile l’éprouvante histoire d’une humanité spoliée, reniée, brisée. Croquée ou flashée par des artistes novateurs qui avaient saisi toute la beauté de ces êtres.

À l’heure où cris de singes résonnent dans les stades de football, trafics de Noir-e-s prolifèrent en Afrique du Nord et (top) models et autres stars Noires se voient blanchir leur peau sur papier glacé, la lecture du Modèle noir – de Géricault à Matisse est plus que jamais recommandée, tout comme la visite de l’exposition d’Orsay et sa centaine d’œuvres. Exposition qui s’entoure d’une programmation culturelle ouverte à de multiples voix, et novatrice, en écho aux thématiques soulevées. Elle a aussi inspiré deux publications : Le jeune homme noir à l’épée, récit poétique et CD (coédité par Orsay, Présence africaine et Flammarion) d’Abd Al Malik d’après le tableau de Puvis de Chavannes, et une nouvelle de Marie Ndiaye, Un pas de chat sauvage, coéditée par Flammarion et le musée d’Orsay et inspirée par Maria Martinez photographiée par Nadar.

Et plus si affinités :

https://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/expositions/aux-musees/presentation-generale/article/le-modele-noir-47692.html?tx_ttnews%5BbackPid%5D=254&cHash=b8029aa197

https://editions.flammarion.com/Catalogue/hors-collection/art/le-modele-noir

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