Le Malandain Ballet à l’Opéra Victoria Eugenia de San Sebastian : les Basques bondissants

La soirée de gala à l’opéra Victoria Eugenia de San Sebastian débutait par Nocturnes (2014) de Thierry Malandain, un ballet en forme de marche perpétuelle, de procession rectiligne et têtue, légère et fluide, évoluant de cour à jardin en d’irrégulières cadences, prouvant le savoir-faire technique et la clarté visuelle du chorégraphe. Magistralement interprétés au piano par Thomas Valverde, lequel avait été colloqué au même niveau que les danseurs, en retrait, côté gauche de la scène, les Nocturnes de Chopin ont suscité au choréauteur nombre de trouvailles échappant toutes – quasiment – au note-à-note. Le lyrisme du compositeur étant paradoxalement accentué par le minimalisme et la simplicité apparente de la suite de mouvements.

Il faut dire que la chorégraphie est synonyme d’élégance. Les costumes dessinés par Jorge Gallardo, coupés par Véronique Murat, les éclairages signés Jean-Claude Asquié et l’exécution optimale de la jeunesse dansante ont emporté l’adhésion de la salle. La mise en scène n’a ici pour objet que de faire naître l’émotion, laquelle procède du double déchiffrage de la partition – celui du pianiste et celui du danseur. Danse et musique opèrent – coopèrent – donc en un même continuum. Le vocabulaire demeure académique mais est actualisé par les chutes, les boucles gestuelles, le travail au sol et, naturellement, par les pieds nus des interprètes. D’inédits enchaînements l’enrichissent sans cesse.

Chopiniana

Rêverie romantique, la dernière création en date de Malandain, reprend le titre attribué par Fokine en 1907 à un ballet qui fut rebaptisé au Châtelet, deux ans plus tard, Les Sylphides. Il demanda à Alexandre Glazounov d’orchestrer des études, des nocturnes et des préludes de Chopin (d’où le nom de Chopiniana qui le désigne parfois encore) n’ayant a priori, pas plus que ses valses, polonaises et mazurkas, vocation à être dansés – Isadora eut l’audace de détourner ces plages musicales de leur destination première. Le site de la Compagnie Malandain indique que celui-ci conçut en 1990 une autre version des Sylphides pour le Ballet Royal de Wallonie.

Dès le lever de rideau, le chorégraphe joue avec le symbole des dames blanches : le tutu long de Taglioni, une « nuée de gaze » qui « spiritualise » la ballerine*. La danse « taquetée » ou terrestre, à base de pas sur pointes « rapides et serrés » qu’André Levinson opposa à celle « ballonnée » jure avec le l’élévation caractérisant le ballet romantique. Le vilain canard et tous les autres cygnes, filles et garçons identiquement parés, y aspirent, qui tiennent pour idéal le couple princier. Dans le musical Bathing Beauty (1944), un Red Skelton en tutu court pastichait la sylphide, esquissait un ou deux entrechats et posait plaisamment la question du genre dans le ballet.

Malandain ne recherche pas la caricature mais un certain nivellement par le haut, le danseur étant « déchargé » de son rôle de porteur. La parité étant en ce sens respectée, il n’est plus besoin de « se disputer à propos du sexe des anges », écrit-il dans le programme.

Note :

*Expressions d’Emile Zola, in La Curée (1871) et de Maurice Brillant, in Problèmes de la danse (1953)

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Et plus si affinités

http://malandainballet.com/

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