Le Louvre à Lens : la décentralisation culturelle vivifiée

Le Louvre : le palais parisien des rois de France, le centre névralgique du pouvoir monarchique devenu à l’ère moderne un bastion de la culture, enrichi de chefs d’œuvre essentiel de l’histoire des arts.

Un fleuron que tous visitent avec un air recueilli, pénétrant la Pyramide pour ensuite découvrir la Joconde, les trésors de la Mésopotamie, les mystères de la sculpture médiévale, de la civilisation romaine. Un voyage dans le temps et l’espace, dans un lieu constamment repensé, revisité, reconfiguré, afin de donner aux œuvres l’oxygène dont elles ont besoin pour exister aux yeux de spectateurs toujours plus nombreux.

Un travail sans fin qui trouve son extension dans une politique d’expositions, d’ateliers, de conférences, de projections proposant un autre regard sur l’Histoire des arts. Et aujourd’hui le musée de Lens. Cinq bâtiments de verre et de métal, 28 000 m2 de surface dans un parc de 20 hectares, et une configuration innovatrice en matière de rapport aux œuvres :

  • La Galerie du Temps (installée dans la Grande Galerie) qui exposera pendant 5 ans des chefs-d’œuvre du Louvre, selon une présentation chronologique inédite, de la naissance de l’écriture vers 3 500 avant JC jusqu’au milieu du 19e siècle, avec toutes les civilisations et techniques représentées ;
  • La Galerie des Expositions temporaires qui proposera une nouvelle scénographie à chaque exposition ;
  • Le Pavillon de verre offrant un espace d’approfondissement, à travers des expositions thématiques annuelles ;
  • L’Espace découverte qui ouvre sur les réserves visibles et visitables du musée ainsi que sur les ateliers de restauration ;
  • Une salle de spectacle de 300 places pour approfondir la connaissance des œuvres ;
  • Un Centre de ressources consacré à la documentation de pointe.

L’ensemble conçu par l’Agence japonaise SANAA propose plus qu’une simple décentralisation géographique. En se dropant dans un Pas de Calais au passé industriel dur, trop souvent décrié par la capitale et isolé, Louvre Lens réconcilie deux univers culturels pour n’en faire qu’un. Ainsi l’accès à la connaissance n’est plus l’apanage d’une région qui jusqu’à ce jour confisquait les pouvoirs, les énergies créatives et les systèmes décisionnels. En déménageant certains de ses plus beaux bijoux jusque dans le Nord et cela pour cinq ans, le Louvre marque un tournant dans la manière de préserver et transmettre la connaissance.

Et Louvre Lens de devenir ainsi un espace expérimental où l’on pensera le musée de demain ? Ce n’est pas improbable quand on envisage les expositions proposées pour cette inauguration. La Galerie du Temps met ainsi en perspective des œuvres balayant plus de vingt siècles d’humanité, répartis non par civilisation mais par époque, ce qui apporte une vision transversale et permet de prendre en compte les inspirations communes, les différences, les influences des uns au autres si il y en eut.

Conçue dans un esprit similaire, RENAISSANCE Révolutions dans les arts en Europe 1400-1530 met en relation un ensemble d’œuvres illustrant la gestation et l’émergence de l’ère humaniste et permet de mieux saisir en quoi ce siècle fut déterminant dans l’Histoire des hommes et des arts.

L’initiative plaît et ce week-end de vacances devrait accueillir le 100 000eme visiteur depuis l’inauguration le 12 décembre 2012. Moins d’un mois pour faire ce carton : qu’on ne vienne pas dire alors que la culture est morte en France. Il y a toujours un public, une curiosité, une envie. Intacts, présents, impliqués. Qui génèrent de l’action, une activité économique dans un bassin professionnel en souffrance. Et qui justifient pleinement cette décentralisation culturelle autant qu’ils la vivifient.

Et plus si affinités

http://www.louvrelens.fr/musee