Le Bûcher de György Dragomán ou les fantômes de la Roumanie post-Ceausescu

Aux premiers abords Le Bûcher, troisième roman de l’auteur hongrois György Dragomán ressemble étonnamment au Roi blanc, son précédent ouvrage publié dans la collection « Du monde entier » chez Gallimard. Tous deux sont des récits d’apprentissage écrits à hauteur d’enfance, à la première personne. Une enfance roumaine où plane l’ombre de Ceausescu.

Puis apparaissent les singularités : au Roi blanc construit comme une succession de nouvelles, kaléidoscope d’une vie sous dictature, Le Bûcher préfère la formule roman au long cours et situe son action quelques semaines après la chute du camarade général, là où la vie devrait être une fête sans fin… mais qui est loin d’en être une.

La Roumanie vient donc tout juste de se libérer de son dictateur. Emma, treize ans et orpheline, tente de se construire dans un orphelinat. Quand une inconnue s’y présente comme étant sa grand-mère, elle n’a d’autre choix que de la suivre dans sa ville natale. Elle y deviendra une jeune femme en même temps qu’elle découvrira l’histoire sombre de sa famille, impliquée malgré elle dans un système totalitaire où juifs et opposants au régime sont voués à la mort. Aux côtés de son aïeule, sorcière au sens premier du terme, la vaillante demoiselle tentera de trouver sa place dans un monde en pleine transition politique.

Ce qui étonne dans Le Bûcher, intégralement écrit au présent, c’est sa totale opacité. Ce présent, temps de l’action, appelant pourtant à la clarté et la simplicité du récit, flirte sans cesse avec l’ambiguïté. Le Bûcher, elliptique, se dérobe à chaque page. Ainsi le temps file sans qu’on puisse le dater. D’ailleurs, sans la quatrième de couverture, le lecteur n’a nullement conscience que l’action se déroule dans la Roumanie post-Ceausescu.

Autre sujet d’étonnement : la saisissante étrangeté qui se dégage du Bûcher. Et la grand-mère de la protagoniste n’y est pas étrangère. Sorcière, elle use et abuse de la magie. Apparitions fantasques et rituels en tout genre n’ont de cesse de s’entrechoquer aux expériences bien plus prosaïques de la vie d’ado d’Emma comme l’apparition de ses premières règles ou le choix de son premier maillot de bain.

Déjà adapté au théâtre en Hongrie, Le Bûcher, œuvre bien plus complexe qu’il n’y paraît et un tantinet froide, confirme le talent singulier de György Dragomán, auteur de 45 ans né en Roumanie, au sein de l’importante minorité hongroise de Transylvanie, et vivant à Budapest depuis 1988. On comprend que l’auteur ait remporté moult prix en seulement 3 romans et qu’il affole le monde de l’édition à l’international. À suivre de très près.

Et plus si affinités :

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Du-monde-entier/Le-bucher

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