L’Ambigu Monsieur Macron – Le Grand manipulateur : la saga de Marc Endeweld nous concerne tous

« On combat bien ce qu’on connaît bien » diraient certains … sans aller jusqu’à adopter ce belliqueux vocabulaire, on peut affirmer que la lecture des deux ouvrages dédiés par Marc Endeweld au parcours d’Emmanuel Macron donnent des clés nécessaires pour comprendre la logique et les mécanismes de l’ascension fabuleuse de notre président … et en interroger, sinon l’avenir, du moins le contexte.

Geste macronienne

Et là, une petite anecdote qui ne fait rire que moi, mais c’est toujours ça de gagné. Car je n’ai pas ouvert L’Ambigu Monsieur Macron, puis Le Grand manipulateur par hasard. A la base, curieuse d’aller au-delà du cirque médiatique enfumant l’affaire Benalla, je voulais en savoir plus sur l’actuel chef de l’État, qui, avouons-le, constitue une véritable énigme, à la limite du roman balzacien, dont le monsieur se réclame du reste. La considérable webographie qui lui est consacrée à longueur d’articles racoleurs ne m’ayant pas affranchie, je me suis tournée vers cet outil séculaire et solide qu’est le livre.

Passage direct chez Gibert Jeune, sur une table de présentation, une bibliographie conséquente, un bouquin m’accroche qui a l’air un peu moins partisan, ce sera la version poche de L’Ambigu Monsieur Macron, biographie relatant sa progressive arrivée sur le ring politique, depuis son enfance jusqu’à son élection… un récit palpitant que je vais proprement dévorer, d’une traite ou presque, comme un véritable thriller politique ! La dernière page terminée, je me dis que l’auteur devrait, vite fait bien fait, reprendre la plume pour statuer sur ces deux premières années de présidence ô combien mouvementées.

Je comptais attaquer ma chronique en ces termes, quand, bim ! j’apprends que Monsieur Endeweld, qui a sans nul doute entendu ma muette prière (et celle de nombre de ses lecteurs) vient tout juste de publier le second volet de ce qui prend tournure de saga. Vite vite, je me rue dans la première librairie venue, m’empare du Précieux et retourne m’enfermer dans mon chez moi, pour boulotter Le Grand manipulateur qui s’avérera aussi passionnant à parcourir que le premier volet de la geste macronienne. Et vous me voyez venir, si d’aventure vous voulez lire le deuxième, faites-vous le premier avant, pour donner du sens, et parce que les deux se complètent harmonieusement.

La réalité du marigot politique

Objectif : relater l’évolution de notre super président dans son rêve de start-up nation, tout en la questionnant sur ses points forts et ses zones d’ombre. Ce dont l’auteur s’acquitte avec grâce, style et élégance, ne tombant pas dans le piège du graveleux ni du sensationnalisme, écartant les rumeurs tapant sous la ceinture (et Dieu sait s’il y en eut) pour se concentrer sur l’action des réformes, la pulpe des projets et des décisions, les stratégies adoptées pour parvenir à ses fins … et fouiller la réalité du marigot politique avec ses us, ses coutumes, son langage, ses modes d’interaction … ce qui, il faut bien l’avouer, n’a que peu à voir avec nos préoccupations quotidiennes de quidam.

En lisant ces chapitres, on est moins étonné que la plupart de nos représentants ignorent le prix d’une baguette de pain ou d’un ticket de métro … mais cela ne nous rassure guère, loin de là. Pour plusieurs raisons :

  • Très nettement, les affinités politiques s’arrêtent à l’entrée de l’Assemblée et des ministères, où tenants des partis de droite, du centre, de la gauche et des extrêmes négocient à qui mieux mieux, et en toute amitié, notre avenir et le devenir de notre belle nation.

  • La délimitation sanitaire séparant public et privé ? Elle était déjà mal en point, on peut désormais affirmer sans trop se planter que son démantèlement est largement amorcé et que les restes finiront à la décharge.

  • Tout ce petit monde protège ses arrières, quitte à y vendre son âme (beaucoup trop cher à mon avis) et à fricoter avec des individus aux dents longues qui n’hésitent pas à en croquer sur le dos de la République et du contribuable.

Vous m’objecterez qu’on le sait depuis longtemps … sauf que Endeweld, en bon journaliste qu’il est, donne à voir et à analyser cette déconfiture par l’exemple approfondi, la référence sourcée, grâce à une connaissance pointue du gotha et des interactions constantes et complexes entre grands patrons et gouvernants, le tout avec un style accrocheur, doublé d’un ton ironique … qui va en se durcissant considérablement sur le second opus.

Docteur Emmanuel et Mister Macron ?

C’est qu’en deux années de gouvernance relatées dans Le Grand Manipulateur, Docteur Emmanuel et Mister Macron ont accumulé coups de force et ruses subtiles pour consolider ce pouvoir acquis par « effraction », séduisant pour mieux éradiquer, virant certains fidèles amis de plus de vingt ans qui ont joué les marche-pied, s’acoquinant avec de nouveaux fusibles qui ne tarderont pas à griller quand ils ne serviront plus, s’entourant d’une garde rapprochée où les profils complexes, pour ne pas dire ténébreux, se multiplient. Le Nouveau Monde vampirise l’Ancien et ses méthodes afin d’enraciner en première ligne une nouvelle génération de dirigeants qui profite des mêmes systèmes, deux crans plus haut en matière d’injustice et de violence sociale.

Et sans beaucoup d’éthique, semble-t-il. Nous voici avertis. Mon clin d’œil au roman de Robert Louis Stevenson n’est pas un hasard. S’il citait le cardinal de Retz pour introduire sa première enquête, Endeweld s’appuie sur Oscar Wilde et son Portrait de Dorian Gray pour commencer sa seconde investigation, ce qui n’est pas forcément de bon augure, quand on connaît le fonctionnement de ce héros fantastique qui cache sous des traits d’ange un comportement de sadique. Personnellement et au terme de ma lecture, je me rabattrai, en bonne théâtreuse que je suis, à Macbeth et Richard III de Shakespeare, ainsi qu’à La résistible ascension d’Arturo Ui de Brecht … ce qui n’est pas plus réconfortant, mais assez juste au final.

Car les aventures de notre président, déjà colorées et trépidantes, semblent être parties pour se révéler toujours plus prolixes en rebondissements : Endeweld met en évidence les axes de développement problématiques, les chantiers contestables, les modes de fonctionnement critiquables … et surtout les incompréhensions, les frustrations, les inimitiés s’accumulant, teintées de ressentiments et d’un certain esprit de vengeance, courant dans cet univers où les explications « viriles » ne manquent guère … ni les ennemis qui méditeraient des coups fourrés pour le moins malveillants, les vilains … bref voici qui promet son lot de frissons en devenir … si ce n’était aussi navrant. Car ces gens, toutes tendances confondues, portent notre avenir entre leurs mains. Nous leur avons confié. Et ils en font au final peu de cas.

C’est probablement ce qu’il faut retenir de ces deux ouvrages prenants, qui dégagent une sombre aura à l’heure d’élections européennes hautement instables, où une fois de plus, la classe politique jongle avec le feu de l’extrémisme pour orienter le jeu démocratique et instaurer de force un schéma de société que beaucoup contestent. Qu’adviendra-t-il ? On ne sait … sinon, pour sûr, un troisième volet signé Endeweld, de cette saga qui nous concerne tous.

Et plus si affinités :

http://www.lecerclepoints.com/livre-ambigu-monsieur-macron-marc-endeweld-9782757870990.htm

https://www.editions-stock.fr/livres/essais-documents/le-grand-manipulateur-9782234086562

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