La ville qui tue les femmes – Enquête à Ciudad Juarez … « capitale mondiale du féminicide »

Notre Dauphine nationale vient donc de chroniquer le poignant documentaire Féminicides diffusé en début de semaine sur France 2. La réalisatrice y démonte la mécanique perverse qui mène au meurtre d’une femme par son compagnon. Une réalité horrible dont nous prenons doucement conscience … mais dont les mexicaines redoutent l’atrocité depuis des années.

En témoigne le livre La ville qui tue les femmes – Enquête à Ciudad Juarez. Cette cité poussée trop vite dans le sillage d’une globalisation chaotique se situe sur la frontière mexicaine avec les USA. Depuis des décennies, elle sert de point de ralliement pour les travailleurs frontaliers, les migrants clandestins, les narco-trafiquants, les flics véreux. Et les tueurs de femmes. Avec plus de 1000 victimes au compteur selon les chiffres officiels …

Victimes qu’on massacre un peu partout, dans les bars, dans les rues, dans les maisons … qu’on retrouve dans des fosses communes également. Tuées par des maris jaloux qui ne supportent pas qu’elles travaillent quand eux sont au chômage. Prises dans des trafics humains où la prostitution mène au snuff movie. Exécutées sur ordre des narcos pour faire poids dur les familles et s’assurer de l’obéissance des populations. Exterminées par des serial killers de passage, en totale impunité.

1000 donc … pour celles dont on a réussi à récupérer la dépouille martyrisée. C’est sans compter sur toutes les autres, disparues par centaines, … quand elles ont été signalées à des autorités corrompues qui n’en ont que faire, des associations complètement dépassées par une situation qui dure. Le comptage des mortes a débuté vers 1993, le livre du journaliste Jean-Christophe Rampal est paru en 2005. Le 18 janvier 2020, l’artiste et militante féministe Isabel Cabanillas, était assassinée en pleine rue.

20 ans que cela dure donc, ou du moins qu’on a compris qu’il y avait un souci … Dans l’indifférence quasi générale, c’est une véritable épidémie qui s’est répandue, selon les termes du média espagnol La Vanguardia qui dénombre 470 meurtres de femmes au Mexique sur la première moitié de l’année 2019. Et cela malgré la mobilisation des ligues féministes. L’enquête menée par Rampal en 2005 dans ce pays qu’il connaît sur le bout des doigts met justement à plat les mécanismes qui banalisent ce qui relèverait presque de l’holocauste.

Et pourrait peut-être apporter quelques clés pour saisir le phénomène qui dévaste notre propre communauté, avant qu’il ne prenne pareille proportion ? Certes, les cultures mexicaine et française diffèrent, mais les motifs qui conduisent à l’extermination de la gente féminine, tous âges et situations sociales confondues, reprennent la même logique. De fait, ces pages sont prenantes, qui explorent les rues de cette ville de mort marquée de centaines de croix roses.

Elles prennent rétrospectivement une dimension supplémentaire à la lumière de la longue liste des féminicides à l’international, dont Wikipédia se fait l’écho : « Selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, sur l’ensemble des 87 000 meurtres de femmes répertoriés en 2017 dans le monde environ les trois quarts relèveraient du féminicide, soit approximativement 65 000 meurtres ». Sombre décompte, disait Dauphine au début de son article, et qui n’en finit plus de s’alourdir …

Pour commencer à en contrer le court, il convient de s’informer, de comprendre, de réaliser l’étendue sidérante du problème. Lire La ville qui tue les femmes – Enquête à Ciudad Juarez fait partie de ce processus. N’en faites pas l’économie.