La Maison de la Radio : les butineurs de l’information

Il y a des gens qui ont un don pour raconter. Avec des mots, avec des sons, des images. Nicolas Philibert est de ceux-là. Après Etre et avoir, La Ville Louvre, le réalisateur se glisse à l’intérieur de la Maison de la Radio pour en explorer les méandres. De plan en portrait, d’émission en couloir, de plateau radio en conférence de rédaction, il dévoile les mécanismes qui s’enclenchent pour amener l’information jusque dans nos oreilles.

Oui, cette chaîne est longue, complexe, surprenante. Et humaine. Une ruche en somme, où des centaines d’hommes et de femmes se pressent tels des abeilles, chacun à sa tâche, chacun avec sa fonction, sa mission : rédacteur en chef, animateur radio, musicien, metteur en voix, secrétaire, assistant, ingé son, mais aussi pilote, mécanicien, ou restaurateur : entre ceux qui trient l’info, qui distribuent le courrier, apportent le café, entretiennent le parc automobile qui véhiculent les journalistes, la Maison de la Radio révèle des visages insoupçonnés et pourtant logiques.

Philibert en capte les attitudes et les expressions pendant 24 heures, tournant d’un matin à l’autre pour saisir le pouls de cette activité multiple. Avec des moments incroyables comme l’interview de Umberto Ecco ou celui du chasseur d’éclair, Babette la standardiste qui reçoit avec tant de peps et d’attention les appels des auditeurs désireux de dédier une chanson à leurs proches, Laetitia animatrice zélée, précise et aveugle, …

Et partout la culture à l’œuvre, dans ce gigantesque observatoire de la connaissance en marche, qu’on capte, qu’on dissèque, qu’on met à jour pour tous. Sans jamais interviewer qui que ce soit, en filmant ces individualités dans leur quotidien, en évitant commentaires et digressions, le réalisateur en dit plus que dans n’importe quelle analyse. On comprend notamment le talent qu’il faut aux journalistes pour confesser leurs interlocuteurs. Un des moments les plus forts du film demeure en effet celui où Bénédicte Aïm concentre son regard sur celui de son interviewer, saisissant au travers de ses questions et de sa lecture un aspect insoupçonné de son écriture.

En 103 minutes, Philibert montre et démontre ce qui fait la magie de ce média historique, son incroyable émotion, sa rigueur, et son pouvoir, autant de facettes qui échappent à la facilité séductrice et trompeuse du visuel parce qu’elles sont écoute pure. Et une part vivante de notre patrimoine.

Sortie en DVD le 5 novembre 20123 aux éditions Montparnasse.

 

Et plus si affinités

http://www.editionsmontparnasse.fr/p1594/La-Maison-de-la-radio-DVD

 

 

 

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