La Guerre des mondes : un sentiment d’abandon

Une fois de plus, le roman de H.G. Wells connaît les honneurs d’une adaptation à l’écran. Depuis 1898, ce chef d’œuvre de la sci-fi a subi moult lectures , cinématographiques, BD, jeu vidéo … L’univers de la série TV n’échappe pas à cette fascination, boostée par le passage du livre dans le domaine public.

Ce qui nous vaut actuellement deux versions, dont l’une contemporaine, enfantée par le show runner Howard Overman, les réalisateurs Gilles Coulier et Rochard Clark, pour le compte de Fox Television Network et Canal +. Une production anglaise mais au spectre européen, avec des acteurs britanniques et français dont Gabriel Byrne, Elizabeth McGovern, Léa Drucker ou Adel Bencherif.

Et bien sûr une approche moderne de cette histoire d’invasion extra-terrestre, avec apocalypse à la clé et éradication planifiée de l’espèce humaine. Question : que font les survivants 1. pour échapper à ces agresseurs venus d’ailleurs ? 2. Tenter de les combattre sans plus aucun moyen technologique viable ? La problématique se pose à nos héros, familles disloquées qui tentent de se retrouver dans ce chaos jonché de cadavres.

La mise en scène ici proposée insiste sur l’effondrement des êtres dans un climat intimiste qui évacue les effets spéciaux à grand frais et le spectaculaire hollywoodien. Exit donc les grosses explosions, les combats homériques dans l’esprit Independance Day et consort. Si c’est ce que vous attendiez, vous risquez fort d’être déçu. Manque de moyens ou choix esthétique, la focale est surtout opérée sur des protagonistes confrontés à une crise existentielle sans précédent.

Il s’agit ici de rester en vie, de faire front au côté d’inconnus, de tenter de retrouver les siens, malgré la distance, malgré le danger, et sans aucune certitude que ses proches soient encore vivants. Un pari multiple sur l’avenir donc, qui se traduit par de douloureuses prises de conscience, des retrouvailles compliquées, des échanges tendus, des confrontations violentes, des règlements de compte familiaux. Et dans tout ça, un peu d’amour.

Il en faut pour tenir bon, car l’univers dépeint par Howard Overman est sans pitié, comportant son lot de scènes d’autant plus éprouvantes qu’elles sont débarrassées du sensationnel pour jouer la carte du réalisme le plus cru. Et concentrer l’attention des spectateurs sur la question de la survie. Pour les humains et les aliens. Car on saisit vite que l’intérêt des uns comme des autres se portent sur la question de la descendance. Les enfants, la parentalité, la transmission du patrimoine, génétique, mémoriel, affectif est un point central de ce drame.

Un drame sanglant qui évoque notre capacité à nous entre-tuer, à coloniser et détruire l’Autre. Sans pitié. Comme un automatisme. Conçus comme des biomécaniques assez primitives, les aliens ressemblent à s’y méprendre avec les robots canins de la firme Boston Dynamics … et ils sont aussi effrayants qu’efficaces. Est-ce un hasard quand on sait les efforts menés par les armées du monde entier pour passer au cyber-soldat et remplacer l’homme par la machine ? Subtilement, on aborde ici la question des guerres du futur, qui perpétueront en l’amplifiant, la capacité humaine à s’autodétruire.

D’où le côté sombre de l’image, des tonalités froides, gris bleu, de rares instants de lumière, des scènes d’enfermement, ce huis-clos prolongé même en extérieur et un grand sentiment de vraisemblance, quand on voit les personnages évoluer dans une zone pavillonnaire (le tournage a en partie eu lieu à Charleville-Mézières), un couloir de métro, un rue de Londres … un sentiment de vraisemblance et une sensation d’abandon, de détresse palpable, qui nous étreint bien plus fortement que tous les effets visuels du monde.

Et plus si affinités

https://www.canalplus.com/series/la-guerre-des-mondes/h/12584919_50001

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