La Cantatrice Chauve : chef d’œuvre de l’absurdité et petit bolide dramaturgique !!!

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Quand elle est jouée pour la première fois en 1950, la première pièce de Ionesco -et la plus dingue – fait scandale au point d’être retirée de l’affiche. C’est que la très traditionnelle société française des 50’s n’aime guère le reflet peu glorieux que lui renvoient ces répliques désynchronisées. Le théâtre de l’absurde n’est pas tendre avec les rigidités codifiées qui régissent les rapports humains ; il se fait même un devoir d’en dynamiter les fondations avec une jouissance palpable.

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Si Genêt s’adonne à cet exercice avec un sens prononcé de la poésie, du sensuel et de la perversité, Ionesco préfère quant à lui provoquer par le burlesque le plus total. S’inspirant des phrases utilisées dans les méthodes d’enseignement de l’anglais, il déroule un dialogue sans queue ni tête ni nageoires, ni tentacules, ni écailles, un serpent de mer verbal où les Smith et les Martin, bourgeois propres sur eux et ineptes, se renvoient les mêmes réponses stéréotypées, sans jamais rien se dire au final, sinon qu’ils sont vides, creux, sans intérêt et parfaitement grotesques.

Réjouissante à la base, la pièce devient sauvagement jouissive à la lecture d’un Jean-Luc Lagarce rompu aux exercices de l’écriture dramaturgique et de la mise en scène. En homme de théâtre accompli et un brin taquin, le regretté auteur de Music Hall, Juste la fin du monde ou Hollywood pour ne citer qu’une infime partie de son palmarès, s’empare du chef d’œuvre de Ionesco et en prolonge la démence dans une version particulièrement abracadabrante, dont il n’hésite pas à perturber la fin en effaçant les limites entre plateau et public.

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Sur scène une façade de maison de poupée, un gazon synthétique d’un vert aveuglant, une Madame Smith et une Madame Martin de fushia vêtues, coiffées de bibis ridicules autant que leurs tailleurs simili Chanel, à leur bras leurs maris respectifs en costume gris, chemise jaune et cravate orange. Mal assortis, coincés, pompeux et caricaturaux, les personnages vont progressivement s’affronter tandis que leur discours se décompose en un long cri inarticulé. En arrière plan, Mary la bonne et le capitaine des pompiers observent d’un œil affûté cette farce, et la dénoncent.

Lagarce choisit de souligner l’hypocrisie à l’œuvre, dans une ambiance de série télé à l’eau de rose, comme si la bande son des Feux de l’amour déraillait soudain pour devenir une partie de Cluedo sous acide. Le verbe se déconnecte du sens, tandis que les acteurs se désarticulent comme des automates fous. Asile psychiatrique ou garderie pour enfants hyperactifs ? Ce qui est sûr, c’est que Lagarce prolonge la pièce, y ajoute une conclusion désopilante sur les possibles chutes à apporter à cette non intrigue, quitte à faire fusiller le public par des flics tandis qu’auteur, commissaire de police et directeur du théâtre se féliciteraient de cette judicieuse modernité !

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Dehors le public, indigne du vrai théâtre qui doit se jouer à vide ! La mise en scène, datée des années 90 a tellement marqué les esprit qu’elle fut reprise quinze ans plus tard avec une brochette d’acteurs tout simplement géniaux, et une cascade de rires qui prouve combien Ionesco était en avance sur son temps. Alors « Anti pièce » comme l’indiquait le sous titre de l’œuvre, La Cantatrice chauve est aujourd’hui l’archétype de ce que l’absurde peut produire de meilleur et de plus juste. La mise en scène de Lagarce en exprime l’essence pour la doper et faire de ce classique un petit bolide dramaturgique. A ne louper sous aucun prétexte.

Et plus si affinités

http://boutique.arte.tv/f2035-cantatricechauve

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