Killing Eve : l’une tue, l’autre pas ?

Certes je l’avoue, ce n’est guère glorieux de détourner ainsi le titre du film d’Agnès Varda, mais la référence s’imposait : quelque part, les héroïnes de Killing Eve sont les filles des deux amies de L’une chante, l’autre pas … mais cinquante ans ont passé, les féministes d’hier ont engendré une nouvelle race de guerrières doublées de garces surdouées, cruelles et sarcastiques, pires que les hommes quand il s ‘agit de détruire … ou de séduire.

Oubliez donc James Bond : les nouveaux agents secrets sont des femmes ! D’un côté Villavelle au trouble passé, belle jeune fille épanouie dans le crime en série, tueuse à gage d’une rare efficacité joignant l’utile à l’agréable puisqu’œuvrant au service d’une organisation mystérieuse qui la paye grassement pour éradiquer les fâcheux. De l’autre Eve, agent du MI5, enquêtrice émérite aux compétences sous-exploitées, parquée dans son bureau comme dans sa vie de couple et qui aspire à des horizons plus aventureux.

De meurtre en dossier, la seconde remonte la trace de la première … qui va découvrir l’existence de cette compétitrice … et s’en délecter. Enfin une rivale à sa hauteur … et potentiellement une âme sœur ? Pourtant ces donzelles sont diamétralement opposées, mais les contraires s’attirent, dit-on … Ainsi une course poursuite haletante au travers de l’Europe et de la Russie va se mettre en place, avec en filigrane tous les codes d’une séduction faite de violence, de transgression … et de tendresse complice ?

Captivées l’une par l’autre, Eve et Villanelle nous fascinent également, dans cette valse de mort où elles entraînent et broient tout ceux qui les entourent, aimantées, reculant la rencontre finale, qui ne peut déboucher que sur une passion à la Tolstoï ou une vraie boucherie, voire les deux.  Éros et Thanatos à la sauce saphique, dans un grand élan d’amour et de mort ? La réalisation flamboyante et particulièrement musclée de Phoebe Waller Bridge, soulignée par un travail des couleurs et des lumières, une BO adaptées, joue sur cette ambiguïté tandis qu’Eve (Sandra Oh from Grey’s Anatomy) perd ses repères (les abandonne?) pour pénétrer dans l’univers et la logique de Villanelle (Jodie Corner, sidérante).

Intronisation initiatique ? Passation de pouvoir ? Phénomène de mimétisme ? Inspirée des romans de Luke Jennings, Killing Eve superpose une intrigue prenante, sulfureuse, et des profils atypiques, aux problématiques de vie tortueuses, des individus complètement dingues il faut bien le reconnaître, et qui privilégient les interactions à la dynamite, à la source de séquences mémorables et d’affrontements d’anthologie. Une redéfinition de l’hystérie ? La féminité des protagonistes ajoute cependant ici une touche glamour de veuve noire parant sa proie avant de la dévorer morceau par morceau … et en toute sincérité c’est délectable … et hautement addictif.

Et plus si affinités

http://www.bbcamerica.com/shows/killing-eve

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