Kamikazes : le vent des dieux entre effet de propagande et gâchis de masse

Derrière toute gloire guerrière se cache généralement une réalité plutôt minable : le mythe des kamikazes ne fait pas exception à la règle. Pour preuve l’enquête de Constance Sereni et Pierre-François Souyri qui en 250 pages et quelque tord le coup aux idées reçues, héritées d’une propagande certes efficace mais totalement galvaudée.

Exit donc la figure de l’aviateur samouraï, qui se sacrifie volontairement au nom de son divin empereur et de la grandeur de son pays. Après avoir décortiqué l’étymologie du mot, les deux auteur de cette étude historique fouillent les archives pour retracer l’émergence de cette stratégie militaire désespérée, orchestrée par des généraux visiblement à cours d’idées et de moyens pour faire reculer l’ennemi américain.

On apprend donc que les kamikazes, loin d’être des guerriers aguerris, s’avéraient finalement fort jeunes, absolument inexpérimentés, formés avec un lance pierre, à peine recrutés pour être envoyés à la mort : pas besoin donc de leur enseigner les techniques d’atterrissage vu qu’ils n’allaient pas revenir ; l’essentiel était qu’ils arrivent à piquer bien droit sur les porte avions ennemis pour faire un maximum de dégâts. Une technique qui fut appliquée dans l’aviation et la marine, sans beaucoup de succès …

Pourtant les généraux de l’armée nippone s’accrochèrent à cette tactique, multipliant les unités spéciales vouées à la boucherie tout en orchestrant une propagande de grande échelle destinée à vendre cette image du héros absolu, qui fait don de sa personne pour atteindre au rang de divinité. Les méthodes de manipulation des esprits ne manquèrent pas pour convaincre ces gamins, leurs familles, la population entière d’adhérer à ce principe, d’où ces vagues de suicides collectifs, ces bataillons luttant jusqu’au dernier souffle, se faisant écharper pour l’honneur.

Être fait prisonnier était considéré comme une honte, et les cadres militaires ne manquaient de brutalité pour enfoncer ce précepte dans le crâne des jeunes engagés, quitte à les faire crever sous les coups pendant leur entraînement. D’une rare violence, la formation des soldats japonais participait à cet effacement de la personnalité, laissant à voir un modèle d’une rare efficacité pour fabriquer des monstres … mais finalement peu de pertinence en matière de logique et de méthode.

Chaque page de cet ouvrage précieux lève le voile sur une mystification décortiquée étape par étape, à grand renfort d’anecdotes, de statistiques et de directives de l’époque. C’est avec consternation qu’on découvre l’envers du décor, la manière dont une pseudo élite joua sans vergogne avec la vie de ces enfants, à grand renfort d’images de propagande et de références à l’Histoire et à la poésie. C’est aussi l’occasion de saisir les nuances de l’Histoire, d’aller au-delà du discours formaté qu’on nous sert dans les films et de comprendre, une fois encore que les choses ne sont jamais simples.

Et plus si affinités

https://editions.flammarion.com/Catalogue/au-fil-de-lhistoire/kamikazes

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