Kalifat : une série qui fait froid dans le dos

Décidément les séries venues du nord ont la pêche … et beaucoup à nous dire en matière de société. Nouveau spécimen tombé sous la loupe de The ARTchemists : Kalifat. Soit huit épisodes d’une cinquantaine de minutes chacun qui nous racontent le destin croisé de trois nanas à l’heure du règne de Daesch.

Destins de femmes

La première, Pervin, a suivi son mec, membre de l’EI, jusqu’à Raqqa pour vivre le rêve d’un islam pur … et se réveiller en plein cauchemar terroriste. La prise de conscience est brutale pour cette jeune mère de famille qui refuse que sa petite fille vive dans pareil chaos. Son but ? Se tirer par tous les moyens possibles pour retourner à Stockholm.

C’est ainsi qu’elle croise la route téléphonique de Fatima, agent des services secrets suédois, qui découvre, de conversations en conversations, l’existence d’un enième projet d’attentat, qu’elle entend faire échouer avec le sens de la justice/excès de zèle qui la caractérise. Et de se servir de Pervin comme agent infiltré pour en savoir plus, avec à la clé la promesse de la rapatrier.

Et parmi les missions imposées à la pauvre Pervin, sauver Suleiman, sa sœur et leur copine, adolescentes exaltées tombées dans le fanatisme et bien décidées à rallier l’État islamique, manipulées qu’elles sont par les recruteurs qui ciblent des gamins complètement paumés pour en faire de futurs pondeurs de petits soldats et/ou des martyres plus ou moins consentants.

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Extrêmes, rusés et insaisissables

Voici donc l’intrigue, dont vous imaginez bien, qu’elle va se ramifier de minute en minute. D’abord parce qu’on ne s’exfiltre pas de l’EI comme ça, surtout quand on est une femme. Ensuite parce qu’on y entre au contraire très facilement, en toute opacité, au nez et à la barbe des autorités. Enfin parce que stopper le noyautage opéré par Daesch au sein même de l’Europe est ardu.

Et Kalifat met tout cela en évidence, de manière aussi spectaculaire que tragique, avec un réalisme qui fait froid dans le dos, et sans jamais juger qui que ce soit. Outre qu’il signe là un thriller oppressant, Wilhelm Behrman explore avec un grande justesse le terreau qui alimente ces dérives, les problématiques multiples qu’elles pausent … et notre impuissance ?

Son récit, remarquablement interprété, décortique les mécanismes de l’endoctrinement tout en explicitant les difficultés qu’il y a à l’endiguer. Certes l’État islamique aujourd’hui n’existe plus officiellement, mais beaucoup de ses membres, disparus dans la nature, sont encore actifs, abreuvés de fanatisme, aussi extrêmes, rusés et insaisissables que certains des protagonistes de la série.

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Aussi Kalifat résonne-t-il comme un avertissement autant qu’un rappel, avec une amertume toute particulière quand on met la série en regard du procès de la tuerie de Charlie Hebdo, à laquelle il est d’ailleurs fait allusion dans un épisode. Ainsi le récit percute brutalement la réalité, comme pour dire que tout cela est loin d’être fini.

Et plus si affinités

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