Kaili Blues étonne Entrevues, 30ème Festival International du film de Belfort

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Remarqué et primé à Locarno cet été, la projection en compétition de Kaili Blues, premier long-métrage de Bi Gan est d’ores et déjà un des événements majeurs de cette édition anniversaire d’Entrevues. Cette chronique familiale située dans la province chinoise du Guizhou, ne se contente pas des codes du drame réaliste, ce n’est pas sa seule audace.

La première partie urbaine du film est ainsi progressivement contaminée par d’autres volontés, d’autres forces en présence. Une montre ou horloge dessinée sur un mur, une discussion aperçue dans un rétroviseur, ou encore une plongée sur l’oreille d’un personnage… Quelques instants de sidération, qui au-delà de leur impact, illustreraient aussi un peu crânement l’enjeu dramatique autour d’un enfant protégé par son oncle et presque ignoré par son père. La citation qui ouvre le film, implique également la sagesse et la spiritualité…

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Pourtant, Kaili Blues va basculer, ne plus tenir en place. Comme si Bi Gan avait décidé de partir à l’aventure, emportant avec lui, ses nombreuses références cinématographiques, son récit, ses personnages, pour une grande évasion, une célébration du déplacement, quel que soit son mode de transport … Sur la carte, c’est à Dangmai, village reculé et sans doute ancestral de cette province. Un lieu où les époques semblent cohabiter, jusqu’à accueillir un concert pop d’un groupe local dans une ruelle devant une dizaine d’habitants.

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Pour le héros et le spectateur, un itinéraire en scooter ou à l’arrière d’un pick-up qui ressemble fort à une ascension vers un nouveau territoire de cinéma. Accompagné par la musique de Lim Giong, par une chanson enfantine, traditionnelle ou pop, le décor naturel est filmé avec virtuosité, mais n’écrase ou néglige personne. Comme pour cette jeune habitante qui se rend au concert après avoir emprunté, elle-aussi, un trajet pas comme les autres, devenant l’héroïne du film pour quelques minutes.

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La quête du personnage principal, Chen Sheng, n’est pas oubliée, mais il y a d’autres préoccupations à Dangmai. Celles plus ou moins réjouissantes du quotidien et celles qui relèvent de l’enchantement. Il y a sans doute, pour le jeune réalisateur, une part autobiographique, une connaissance ou familiarité avec ce village. Mais c’est son appétit presque inquiétant pour la mise en scène qui sidère, sa manière de s’inscrire dans le cinéma contemporain, en reconnaissant ses maîtres, pour aller vers d’autres fulgurances et échappées poétiques.

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On prendra bien soin d’éviter toute association avec de grands noms actuels, chinois, asiatiques ou non. Bi Gan nous a transportés, pour ne pas dire baladés pendant près de deux heures. Loin d’un pittoresque charmant, ou d’une misère spectaculaire, Kaili Blues est un voyage au cœur du cinéma, du temps et de leurs sortilèges.

 

Et plus si affinités
http://www.capricci.fr/kaili-blues-bi-gan-2015-370.html
La sortie française du film est prévue en février 2016

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