Joyeux Noël : la paix soit sur le no man’s land …

Lundi 12 Novembre 2018 : on a remballé les drapeaux, les fanfares, les tribunes, les chefs d’état et les média, chacun est reparti chez soi après avoir ou non pataugé dans la gadoue des commémorations.

La fin de la Grande de Guerre vient d’avoir 100 ans, mais les corps des Poilus n’en finissent plus de se décomposer en hurlant à l’injustice du fin fond des tranchées fantômes. Honorer les héros … la belle affaire pour ceux qui, nationalistes en diable et chauffés à blanc par les politiques, partirent au front la fleur au fusil se faire dessouder quatre ans durant dans la merde et le sang. Qui aurait pu prévoir la Grande Boucherie, la Der des der, celle qui allait enfanter la guerre moderne et son cortège d’horreurs technologiques ?

Pour se souvenir, livres, documentaires et films ne manquent guère, mais il conviendrait, pour rendre véritablement hommage à ces pauvres gars broyés par le système, de voir ou revoir Joyeux Noël. Nous sommes en décembre 1914 quelque part sur un front qui s’embourbe à une heure de marche de Lens, près d’une ferme dévastée par les bombardements. Allemands, français écossais, … ce conflit n’aura rien d’un éclair et les soldats qui se terrent dans les tranchées l’ont compris, malgré leurs disparités géographiques : ils ne sont pas prêts de revoir leurs familles, pourtant si proches pour certains.

Ils s’apprêtent donc à célébrer la Nativité entre eux, en surveillant l’ennemi qui pourrait profiter de ce répit sacré pour faire un mauvais coup. Seulement voilà : les choses ne se passent jamais comme on l’attend. Un air de cornemuse, un ténor qui chante en écho, un sapin illuminé entre les barbelés … on reprend l’air de l’autre … et puis l’un s’enhardit, sort sur le no man’s land, un autre fait de même, puis un autre … et on se retrouve tous à écouter la messe de Noël en partageant champagne, chocolat et rires … un peu de réconfort, de chaleur humaine, de bon sens …

Une parenthèse enchantée de deux jours durant laquelle on joue au foot, aux cartes, on échange des adresses, on tisse des amitiés, on partage … et quand il s’agit de reprendre les hostilités ? Eh bien on va prévenir l’ennemi devenu ami du prochain bombardement et on l’accueil dans sa propre tranchée pour le protéger … Une fiction ? Un beau rêve ? Une utopie ? Non. Les autorités militaires, atterrées, constatèrent plusieurs cas de fraternisation sur le front lors de ces fêtes de fin d’année … et y mirent bon ordre, déplaçant, sanctionnant, arrêtant, exécutant ; niant l’instinct humain de dialogue, la volonté de survie. Il fallait que la guerre se fasse.

Réalisateur d’ Une hirondelle a fait la printemps, Christian Carion se saisit de cette anecdote avérée par les historiens pour façonner un film d’une rare sensibilité, poignant et juste, où l’art, la religion et le respect aux morts annulent la haine et l’incompréhension savamment entretenus par les puissants. Un moment de lumière dans les ténèbres, un élan du cœur … et le sentiment oppressant que le pire aurait pu être évité, que si tous s’étaient dressés ensemble pour dire non, rien n’aurait eu lieu et qu’on aurait pu sauver 18,6 millions de vies humaines. 18,6 millions de vies humaines …

Porté par un casting hors pair recruté à l’international dont Diane Kruger, Danny Boon, Guillaume canet, Gary Lewis, Daniel Brühl et Benno Furmann, ce film magnifique capté dans un paysage d’apocalypse métamorphosé en décor de conte de fée, profite de l’évidente complicité de ses interprètes pour transmettre cet incroyable sentiment de partage, en soulignant combien l’union des êtres peut s’avérer aussi surprenante que dynamique et transcendante, en mettant aussi en exergue l’absurdité de ce conflit et des autorités qui en menèrent le cours néfaste avec autant de conviction que de connerie.

Et plus si affinités

http://www.artemisproductions.com/fr/films/Joyeux_Noel

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