JIFA 6eme édition : quand la démarche cinématographique interroge le processus créatif.

Fin janvier, nous annoncions les VIèmes Journées Internationales du Film sur l’Art. Programmées à l’Auditorium du Louvre, cette semaine proposait une série de films documentaires dédiés à des artistes, des mouvements créatifs. Une démarche au long cours puisque âgée de 6 sessions. Preuve qu’il y a un public pour ça.

Il était en tout cas au rdv le samedi 26 janvier lorsque je me présente pour assister aux projections d’une après-midi thématique consacrée à la musique classique. A l’affiche :

Gustav Mahler. Autopsie d’un génie Andy Sommer – 2011

Ou 88 minutes pour évoquer le parcours de ce chef d’orchestre et compositeur hors pair. Juif autrichien d’origine, Malher va réussir à s’imposer comme directeur de l’opéra impérial dans un pays pourtant fortement antisémite. Dans une Vienne culturellement brillante où Brahms et Klimt rayonnent, Malher va faire de la scène musicale lyrique un laboratoire d’avant-garde d’une qualité exceptionnelle. Son départ pour raisons de santé va laisser un vide évident qu’il comblera en se consacrant à la composition.

Entre tragédies personnelles (la mort de l’enfant, l’adultère de l’épouse), Malher cherche l’exutoire et le repos dans une musique qu’il construit en écho avec la nature qu’il aime tant. Un chant d’oiseau, un bruit de cloche, une noce yiddish, … de grands chanteurs comme Thomas Hampton, des chefs d’orchestre comme Pierre Boulez ou Claudio Abbado ajoutent à ce récit déjà très pointu leur vécu d’interprètes, expliquant ce que Malher leur a apportés.

L’ensemble est émouvant, très simple, structuré et clair. Un excellent medium pour découvrir l’univers et la profondeur d’un artiste dont on ignore trop le parcours, le fonctionnement et les richesses.

Kathleen Ferrier Diane Perelsztejn – 2011

Ce deuxième film complète harmonieusement le premier dans la mesure où la cantatrice anglaise Katleen Ferrier fut l’une des plus grandes interprètes de Malher. De fait sa version anthologique du « Chant de la Terre » clôt Gustav Mahler. Autopsie d’un génie pour amorcer le générique du documentaire de Diane Perelsztejn présente dans la salle durant les projections, la réalisatrice australienne d’origine belge a d’ailleurs confessé avoir suivi avec attention le travail de Andy Sommer, attendant d’entendre résonner la voix formidable de Ferrier.

C’est d’ailleurs cette voix qui fait l’étoffe du documentaire retraçant le parcours fulgurant de cette chanteuse au timbre exceptionnel. Une carrière tardive, que personne n’aurait pu prévoir, une carrière foudroyante qui portera Katleen Ferrier au sommet de la gloire, une carrière foudroyée par un cancer à la fleur de l’âge. La chanteuse disparaît à l’âge de 41 ans après avoir conquis et enflammé un public nombreux et le cœur de nombreux artistes dont le chef d’orchestre  Bruno Walter. C’est lui qui l’initie à Malher ; il lui fera enregistrer le Chant de la terre quelques temps avant sa mort, comme un chant funèbre. Une version qui fait date et école encore à ce jour.

Les JIFA vues par Pascale Raynaud

Difficile de regarder ces deux films sans avoir la chair de poule, et la larme à l’œil. Ici le film sur l’art prend tout son sens : un travail  d’analyse, de recherche, une enquête au cœur du mystère de la créativité qui interroge le lien entre le parcours d’un être humain et les œuvres qu’il enfante.

Des œuvres qui reflètent joies et tristesses, pertes et victoires, comme des miroirs de l’inconscient et de l’imaginaire ? Certes mais encore ? Quid des films sur l’art ? Qu’apportent-ils ? Pourquoi leur consacrer des journées dédiées ? Le mieux était encore d’aller poser ces questions à Pascale Raynaud, en charge de la programmation cinéma pour le Louvre, histoire de découvrir un peu plus cette interface et l’ensemble d’une démarche qui excède de loin les JIFA pour s’ancrer sur un calendrier annuel des plus vivants.

Au finish 20 minutes de conversation sur l’art contemporain, le statut de l’artiste aujourd’hui, le socle d’une politique culturelle efficace …

 

 

Merci beaucoup à Pascale Raynaud pour son temps et ses explications

Merci également à Marie-Jo Lecerf qui a initié cette rencontre.

 

Et plus si affinités

http://www.louvre.fr/films

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.