Internet vs COVID19: l’heure du confinement digital a-t-elle sonné ?

Voilà, ça y est … le grand confinement a commencé à midi heure locale, à grand renfort de flics dans les rues et d’autorisations de sortie sur l’honneur. Nous allons enfin découvrir les joies et les frustrations du contingentement at home, avec conjoint, gamins et animaux de compagnie ou en solitaires. Dans tous les cas, ça ne va pas être une partie de plaisir et si les premiers jours vont être vécus dans un fébrile mélange de panique et d’humour bravache, il y a de fortes chances que d’ici peu, l’ennui nous ait tous gagnés, avec un rien de démence. La claustration, c’est jamais bon.

En travers du gosier numérique

Mais là, on n’a pas le choix. Et puis on a le streaming, les plateformes de VoD, le gaming, la lecture en ligne, les réseaux sociaux, autant d’outils de divertissement qui nous permettront de rester connectés à une forme de réalité et de nous vider les méninges de l’angoisse qui va immanquablement nous tomber dessus. C’est marrant, le temps de cerveau disponible, l’idiocracy, ce qu’on reproche habituellement aux social médias va enfin trouver son utilité … si tout ce bazar ne craque pas devant l’afflux de connexions. C’est là le hic, qui pourrait nous rester en travers du gosier numérique.

C’est que la charge est soudainement très lourde (70 % de hausse de bande passante en Italie dixit 01.net). Conscients du black out et désireux de participer à l’effort de guerre, les acteurs culturels qui ont survécu à la curée budgétaire imposée par l’État y vont tous de leur mise en ligne. L’Opéra de Paris comme le MET de NY mettent leurs spectacles à disposition, histoire de ravir les mélomanes et de gagner de nouveaux publics, la liste des musées ouvrant leurs collections virtuelles s’allonge, les musicos se sont engouffrés dans la brèche du live stream, webmags et internautes se refilent les sites où télécharger des bouquins, on ne compte plus les applis d’initiation à la composition … même Canal+ a ouvert ses émissions au pecus vulgus.

Un joyeux bordel connectique

S’ouvrir. Gratuitement. Les deux termes reviennent en boucle, dans ce grand mouvement de soutien international. Il faut dire que la fenêtre de tir est unique. Les 3/4 de la population mondiale mis à l’arrêt at home, sans rien d’autre à foutre que de s’emmerder. Forcément, le marché de la culture et du divertissement a sauté sur l’occasion. Chez nous, c’est même notre président qui a porté la bonne parole dans son discours du 16 mars, encourageant ses auditeurs à profiter de la quarantaine pour s’ouvrir au savoir (il aurait peut-être mieux valu ne pas flinguer le secteur artistique à vue depuis des années, serais-je tentée d’objecter, mais on va encore me traiter d’emmerdeuse et de réac …).

Résumons : nous allons beaucoup surfer les semaines qui viennent … trop peut-être. Car dans le même temps, il va falloir continuer de taffer quand même un peu … en télé-travail. Une majorité de zozos (vive un monde de services) vont engorger le trafic en bossant numériquement. Explosion des visioconférences, des docs partagés, des sites de gestion de projet, techniques surmultipliées de marketing digital … pour le coup, les entreprises qui rechignaient vont devoir se digitaliser à marche forcée et dans un joyeux bordel connectique. Dans le même temps, les écoles ont basculé dans les splendeurs et les misères du e-learning et des cours à distance. Avec un lot impressionnant de plateformes qui sautent à qui mieux mieux sous l’afflux de connexions.

Une nation numérique au bord de la crise de nerfs ?

Streaming + réseaux sociaux + cours en ligne + télé-travail = une nation numérique au bord de la crise de nerfs ? Faudrait pas. Vraiment pas. Car rappelons que nous sommes ultra-digitalisés désormais et pour tout : télécommunications, news et informations, démarches administratives, gestion bancaire, assurances, Pole-Emploi … santé. Les téléconsultations étaient déjà en vogue, bénéficiant de la protection enamourée de nos dirigeants bien décidés à transformer la France en tech paradise ; avec l’épidémie, elles deviennent cruciales et vont bientôt encaisser un afflux énorme, augmentation exponentielle des cas oblige + le positionnement en première ligne de la médecine de ville.

Autant dire qu’il n’y a pas intérêt à ce qu’Internet nous lâche. Parce qu’on aura alors un souci de taille à gérer, et nos appétits culturels ne pèseront guère plus dans la balance des fournisseurs d’accès. Les leaders du secteur se veulent rassurants … mais n’hésiteront pas à réduire la portée de Netflix, Youtube, Fortnite et compagnie, si jamais le fonctionnement du télé-travail est menacé. On les remercie de participer à la protection de notre économie, on aurait préféré qu’ils mettent en avant le souci de notre sécurité sanitaire, mais bon on va pas être plus royaliste que le roi, comme dit ma mère. J’exagère ? J’aimerais.

L’heure de la diète

Il se trouve que depuis 48 heures, les articles fleurissent sur le sujet, comme un avertissement qui ne dit pas son nom. Il faut dire que nous sommes 84,6 % dans l’Hexagone à être connectés (merci Médiamétrie relayée par le Journal du net), 4,54 milliards à l’échelle de la planète (toujours merci au Journal du Net qui cite cette fois le Digital report 2020 réalisé par We Are Social et Hootsuite) et qu’en prime nous multiplions les points de connexion entre ordi fixe, ordi portable et smartphone : 3 en moyenne par Français pour 18 heures de connexion quotidienne (merci Alioze). Forcément quand tout ce petit monde surfe au même moment, pour travailler, se divertir et appeler le médecin, ça a de fortes chances de clasher le système.

Une diète s’impose ? Va-t-on avoir le choix ? Quelles pratiques adopter pour alléger des réseaux surexploités ? Virer le trop-plein de mails (ça fera du bien à la planète) ? Arrêter de publier des conneries et de relayer des fake news à tout bout de champ ? Restreindre la publication des contenus de marques et d’infos ? Tourner sept fois son doigt autour du bouton « Publier » avant de balancer un enième selfie à la con qui ressemble à tous les autres et ne satisfait que son ego sans rien apporter que frustration à autrui ? Contrôler sa FOMO à grand coup d’anxiolytiques et de jeux de société ?

Et là, la question : que faire en cas de disette numérique imposée ? Vous reste-t-il encore des jeux de société en dur quelque part dans vos placards ? Petits chevaux ? Jeu de l’oie ? Cartes de tarots ???? Pas dit. Et des DVD ? Des CD ? Des bouquins papier ? Certains d’entre vous, j’en suis sûre, ont conservé tout ça précieusement … et vont bientôt en redécouvrir la saveur. D’autres devront improviser. Ce qui est sûr, c’est que la situation actuelle, cette pandémie qui rattrape l’homo connecticus pour le rétrograder à l’époque des grandes pestes médiévales, interroge bien plus que la liquidation de notre système de santé et de nos services publics. Il s’agit de méditer sur notre dépendance digitale. Et d’y remédier.

Et plus si affinités

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/calvados/caen/coronavirus-netflix-fortnite-youtube-bientot-interdits-1800932.html

https://www.rtl.fr/actu/futur/coronavirus-vers-un-acces-limite-sur-netflix-et-youtube-pour-le-teletravail-7800262496

https://www.01net.com/actualites/coronavirus-les-operateurs-telecoms-n-excluent-pas-de-brider-youtube-et-netflix-1875723.html

https://www.lefigaro.fr/decideurs/coronavirus-et-si-netflix-youtube-et-fortnite-etaient-coupes-20200316

https://www.journaldunet.com/ebusiness/le-net/1071394-nombre-d-internautes-en-france/

https://www.journaldunet.com/ebusiness/le-net/1071539-nombre-d-internautes-dans-le-monde/

https://www.alioze.com/chiffres-web

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