Les incontournables de Molière par la Comédie Française : le clivage des êtres ?

Une trentaine de pièces emblématiques du répertoire, une écriture mêlant humour, ironie et pertinence, une troupe de théâtre historique : en trois décennies de carrière, Molière va accoucher de la tradition dramaturgique française, inspirant pour des siècles les générations d’auteurs et d’acteurs. Dépositaire de ce patrimoine, la Comédie-Française, héritière de l’Illustre Théâtre originel, en défend depuis les principes, avec la difficile mission de transmettre ces textes aux générations futures.

Cela passe par la révolution du concept de mise en scène, ce qu’on a vu dernièrement avec le travail de Ivo Van Hove sur Les Damnés, ou par la mémoire d’une perception plus classique de la représentation. Classique mais cependant exigeante qu’il s’agisse de représenter les vaudevilles de Feydeau ou Labiche, les subtilités de Marivaux ou le regard scrutateur et critique du patron, JB Poquelin aka Molière. Molière, meulière, mot lierre … le mot solide, le mot envahissant, le mot qui s’accroche : difficile d’en douter après avoir visionné les cinq adaptations d’anthologie compulsées dans plusieurs DVD par les éditions Montparnasse.

Aux commandes de ces lectures particulièrement énergiques de Tartuffe, L’Avare, Le Malade Imaginaire, Le Misanthrope et Les Femmes Savantes, Jacques Charron, Pierre Dux, Jean-Laurent Cochet, Jean-Paul Roussillon, qui dirigent avec bonheur et acuité Jacques Eyser, Michel Aumont, Robert Hirsch, Claude Winter, Simon Eine, Francis Huster, Ludmilla Mikaël, Isabelle AdjaniGeorges Descrières, Jacques Toja, Françoise Seigner, Bérengère Dautun, Catherine Hiegel, François Chaumette, Denise Gence, Jean-Luc Boutté, Jacques Sereys, Dominique Constanza, Catherine Ferran, Bernard Dhéran, Michel Duchaussoy, Catherine Salviat …

Costumes et décors sont peut-être ancrés dans le XVIIeme siècle d’origine, la modernité du propos, de l’écriture, du verbe, des thèmes transparaît par la diction et le jeu de ce véritable commando théâtral, dressé avec discipline et bonheur au combat culturel. Les vers et les répliques du patron subissent un dépoussiérage qui tient du dynamitage de fond, en témoigne la manière dont Hirsch casse, appuie, murmure les vacheries de son Tartuffe, dessinant ainsi le profil d’un dangereux psychopathe, un véritable gourou de secte. Idem pour la Malade imaginaire que Charron va transformer en déséquilibré atteint d’un syndrome de Munchhausen avant l’heure.

Si on doutait de la profonde perversité des héros molieresques, le visionnage de ces pièces remet les choses en place avec poigne. Parents tyranniques, obsessions sociales, égocentrismes avides, s’ils sont traités sur le ton de la farce sont néanmoins clairement pointés du doigt au point que parfois la farce s’étoile au profit d’une comédie e mœurs qui frôle le drame dixit Tartuffe ou Le Misanthrope. Interprété avec une précision chirurgicale et un sens percutant du texte, ces œuvres dévoilent un Molière sans pitié pour l’humanité, particulièrement juste dans sa perception des dérives psychologiques de personnages que Freud se serait plu à psychanalyser.

Trop souvent assimilé à un amuseur, un homme de spectacle chargé d’éblouir la Cour du Roi Soleil, Molière apparaît soudain comme un décrypteur des âmes, dans ce qu’elles peuvent avoir de plus sombre, de plus tortueux et de plus isolé. On ne s’en remet pas, ni de la brutalité des échanges, ni de la violence des punchlines, ni du caractère universel des profils étudiés, qui aujourd’hui encore sont perspicaces. Et c’est justement le choix de mises en scène réalistes qui met en exergue cette actualité dure et cruelle, cette violence domestique sidérante, ce clivage des êtres, ce conflit éternel des générations.

Et plus si affinités

http://www.editionsmontparnasse.fr/recherche?q=moli%C3%A8re

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