Idiocracy : comédie débile entre anticipation, prise de conscience et action

C’est au cours d’un de mes nombreux moments d’errance sur Arte que je découvre avec surprise la programmation du film Idiocracy, que j’avais déjà eu l’occasion de visionner et qui ne m’avais pas laissé un grand souvenir. Connaissant la qualité des programmes d’ARTE, je m’interroge sur ce choix pour le moins détonnant … et décide de le regarder à nouveau, histoire de comprendre, j’ai peut-être raté quelque chose.

L’intrigue est simpliste : Joe Bauers, un bidasse américain doté d’une intelligence plus que moyenne est enrôlé bien malgré lui par ses supérieurs dans une expérience d’hibernation censée durer un an. A ses côtés Rita, une prostituée, arrivée là après des négociations plus que douteuses entre un gradé et son souteneur : tous deux finissent en prison … et l’expérience tombe dans l’oubli ainsi que les deux cobayes … qui sortent enfin de leur stase en 2500, suite à une avalanche d’ordures ménagères qui dégagent leurs caissons ensevelis. Ils se retrouvent alors au cœur d’une société rongée par la bêtise la plus totale, le mercantilisme, la dégradation de l’environnement. Bref, au milieu d’idiots au QI frisant le zéro. Dans cette « Idiocracy », Joe passe pour un génie, … et se retrouve bombardé secrétaire d’état chargé de régler tous les problèmes du pays en une semaine et il a de quoi faire, ce qui engendre pas mal de gags …et un énorme malaise.

Au-delà de la bouffonnerie, ce film offre un second de niveau de lecture qui ne donne plus du tout envie de rire dans le contexte actuel. En effet, il met en exergue l’abrutissement d’une société qui ne réfléchit plus, prête à croire le premier quidam venu. Le consumérisme érigé en religion autour du tryptique sexe-argent-bouffe donne des nausées : publicité omniprésente, hyper sexualisation de la moindre réclame, de la moindre relation, langage grossier, appauvri et primaire, éradication de l’éducation et de la culture, perte complète de la logique la plus élémentaire, incapacité à résoudre un problème simple, la vision est d’autant plus cauchemardesque qu’elle nous renvoie en pleine figure les dérives du monde moderne, Monsanto et Trump en tête.

Entre film pour geeks sur canapé et chef d’œuvre d’anticipation, Idiocracy n’a jusqu’ici guère marqué les esprits. Sa gestation fût difficile. Sortie retardée en 2006 dans très peu de salle au Etats-Unis puis en 2007 en France. Ce film est resté très discret, la faute à une communication réduite. Néanmoins, le casting est solide. Citons Luke Wilson (frère de l’acteur Owen Wilson), ainsi que deux icônes du stand up américain, inconnus dans nos contrés : Maya Rudolph (Saturday Night Live) et Dax Shepard (Parenthood). On retrouve également Justin Long (Dodgeball) et Terry Crews (Expendanbles). Le tout sous la direction de Mike Judge pour un scénario co-écrit avec Etan Cohen, qui tous deux se sont illustrés via la série particulièrement décapante Beavis and Butt-Head.

On comprend mieux le caractère gras et corrosif du propos, … qui s’avère prémonitoire ? La communauté décrite dans ce film annonce-t-elle le futur de notre société dévorée par le fric et le consumérisme ? Le film finit sur une note positive, soulignant qu’il est de notre responsabilité à chacun de protéger le groupe, la nature et le monde, qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire et redresser la barre.

Et plus si affinités :

http://cinema.arte.tv/fr/article/idiocracy-de-mike-judge-lundi-16-janvier-22h50

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